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Steve ROACH & Jorge REYES - Vine, Bark & Spore (Timeroom Editions)

Il aura fallu attendre six ans pour que les deux monstres sacrés des musiques dites ethno-ambiantes réalisent ce qui peut à bon droit être perçu comme la suite logique de l'aventure SUSPENDED MEMORIES, en compagnie de Suso SAIZ. Vine, Bark & Spore est donc le premier opus que Steve ROACH et Jorge REYES enregistrent en duo, après quatre ans de préparation. Les deux frères spirituels nous propulsent une fois de plus dans une sphère magique et organique dont la force visionnaire doit autant aux vibrations intemporelles de quelque antique relief mexicain isolé qu'aux horizons hallucinatoires du Désert du Sonora en Arizona.

Nappes diaphanes et textures aurorales sont incrustées de motifs acoustiques ethnisants dont on reconnaît l'origine précolombienne ou occasionnellement aborigène (le didjeridoo), mais qui brossent ici un paysage spectral délié de toute attache géographique et temporelle. Dans cet espace imbibé d'ambroisies aux réverbérations capiteuses, le chant et les frêles percussions de REYES (pot de terre, cruche, bâton de pluie.) flottent comme autant de fragments d'écorce d'une mémoire terrestre en proie à une hypnose curative. A la manière de certains rituels pratiqués par d'anciennes traditions, Vine, Bark & Spore agit comme une musique médicinale pour l'âme humaine, une prescription chamanique qui rappelle que l'horizontalité ponctuelle du présent est vouée à se diluer inlassablement dans les circonférences spiraliques de l'existence inconditionnelle.

Stephane Fougere

 

 Jorge REYES & Piet Jon BLAUW - Pluma de Piedra
(Geometrik / Audioglobe)

Depuis El Costumbre (1994), Jorge REYES nous avait habitués à une ligne musicale très roots (certains de ses albums ayant été consacrés uniquement à la musique pré-colombienne à base d’instruments ethniques : Tonami, The Flayed God), où la part de l’improvisation a toujours tenu la place principale (Mort aux Vaches ou Vine, Bark é Spore avec Steve ROACH). Avec Pluma de Piedra, les constructions sont immédiatement plus visibles, car Jorge REYES évolue ici pour ainsi dire «cadré» par les synthétiseurs du Hollandais Piet Jan BLAUW, nous renvoyant à l’éopque de Bajo el Sol Jaguar (1988). Toutefois, la magie aztèque reste entière, et les dieux invoqués (Tlaloc, le Dieu de l’eau avec qui tout homme en vie sur terre fait, qu’il le sache ou non, un pacte, et Quetzalcoatl, The Feathered Snake) sont immanquablement au rendez-vous.

Piet Jan BLAUW n’a pas la classe de Steve ROACH, loin s’en faut, mais mine de rien, en ajoutant une petite touche indus à la musique de REYES, il l’aide à découvrir d’autres horizons. L’osmose d’ailleurs est totale : The Feathered Snake qui n’est autre que Premonition, un titre improvisé pour un live radiodiffusé (Mort aux Vaches) augmenté d’une rythmique électronique due à Piet Jan BLAUW, témoigne par sa grâce de ce mélange réussi. On retrouve les habituelles bandes son de Jorge REYES, qui nous font participer aux festivités des Indiens Huichols, ces montagnards mexicains, adeptes du peyotl.

L’atmosphère de dignité spirituelle liée à un sentiment visionnaire, typique d’une certaine indianité à laquelle Jorge REYES nous avait habitués, est toujours présente. Mais on remarquera quelques nouveautés. Le titre le plus indus, Radio Marcos, se place ostensiblement sur le plan très profane du politique. On y entend une bande enregistrée d’un discours du fameux sous-commandant Marcos (qui à mon sens, s’il défend les droits indigènes – c’est bien –, n’a pas forcément une vision très élaborée du monde, se cantonnant dans une position post-soixante-huitarde assez rigide – c’est moins bien). Au rayon mauvaise nouveauté, on remarquera deux titre d’un très mauvais goût variétoche/new-age (même DEEP FOREST n’en voudrait pas) qui sont a priori (j’espère) le fruit de la création de Piet Jan BLAUW (Pluma de Piedra, le titre qui ouvre l'album, en fait hélas partie).

Sinon, on remarquera aussi le très beau et très réussi Nacimiento del Sol, qui est avec son discours (un vieillard indigène) un des titres les plus nostalgiques de Jorge REYES, alors que sa rythmique est assez enlevée.

Au total, Pluma de Piedra est un très bon album, mais les rares personnes en France qui ont eu la chance de voir REYES sur scène attendent toujours l’album explosif qui reflète réellement la puissance chamanique du jaguar mexicain.

Contacts : www.bluezone.nl
jreyesymetcalf@prodigy.net
www.steveroach.com  

Héry

 

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AUTHENTIC PRECOLOMBIAN MUSIC
Prehispanic (Spalax / Socadisc)
Forgotten Spirits (Spalax / Socadisc)

D'aucun soupçonnera sans doute une éventuelle ambiguïté, pour une collection discographique, à prétendre présenter l' " authentique " musique précolombienne. Qu'on se rassure : si l'on ne fait pas ici dans la pure ethnomusicologie, on verse cependant encore moins dans le folklorisme débilisant ou l'exotisme putassier.

Ces deux disques issus de cette collection sont en réalité des opus majeurs d'une personnalité bien à part dans la sphère des musiques nouvelles ethniques : Jorges REYES, l'un des rares artistes mexicains à avoir su investir une voie aux antipodes des canons conventionnels à la représentation " folklorique " de son pays, une voie située au carrefour des traditions précolombiennes et des technologies de pointe.

Avant d'entrer dans ce sanctuaire sonore qui ne ressemble à nul autre, on est prié de jeter rageusement à la poubelle toute caricature du Mexique et du Mexicain typiques qu'ont véhiculés de navrants médias télévisuels ou cinématographiques et se rappeler (ou apprendre) que le Mexique recèle une culture dite indigène pour le moins impressionnante, car comprenant une cinquantaine d'ethnies et autant de langues. Son histoire d'avant les invasions espagnoles menées par Cortès (favorisées par le mythe de Quetzalcoatl, qui a fait croire aux Aztèques que l'envahisseur était leur dieu blanc " civilisateur ") est ainsi riche d'une tumultueuse succession de civilisations (olmèque, zapotèque, mixtèque, totonaque, toltèque, maya, aztèque, etc.) dont Jorge REYES a recueilli tant les mythes que les vestiges, principalement sous forme d'instruments de musique. A cet égard, sa collection regorge de trésors inestimables, tant d'un point de vue archéologique que sonore : ocarinas, flûtes, conques, coquillages, pierres fossiles, os, percussions d'eau, bâtons de pluie, tambours tarahumara, crécelles, et bien d'autres percussions dont le détail éloquent vous est fourni dans le glossaire inclus dans Prehispanic, sans oublier le corps humain ! Jorge REYES utilise effectivement le sien comme percussion (cf. The People with Painted Faces, dans Prehispanic).

En véritable mémorialiste de traditions qui appartiennent désormais au royaume de l'ombre, REYES ne dissocie pas sa musique de sa quête initiatique. Ses performances scéniques correspondent ainsi à un rituel cathartique et ses disques nous projettent d'emblée dans une géographie par-delà la perception consciente, dans la dimension des esprits de la nature auxquels les rites anciens rendaient hommage. L'espace musical de REYES fait alors office de nouveau miroir fumant dans lequel vibrent les émanations du Serpent à plumes Quetzalcoatl, le dieu guerrier Tezcatlipoca ou l'Essence suprême Omeoteotl.

Si Jorge REYES a un temps utilisé la technologie moderne, c'est à seule fin de mettre en valeur les sonorités viscérales de ses instruments natifs et d'en actualiser la résonance. Mais les deux disques qui nous occupent font état d'un dépouillement extrême, quand bien même les cinq années qui les séparent (1991 et 1996) sont celles où REYES a collaboré avec deux grands maîtres de l'ethno-ambient, Suso SAIZ et Steve ROACH (qui a du reste produit Forgotten Spirits). Et même si Prehispanic est à l'origine un recueil de musiques composées pour divers documentaires et vidéos (pardon pour cette remarque d'un prosaïsme outrancier !), il préfigure déjà la direction de l'épure que Forgotten Spirits allait officiellement initier.

C'est dire si Spalax a réédité deux disques-phares du parcours de REYES, et l'on en regrette d'autant que les commentaires relatifs aux quatre derniers morceaux de Forgotten Spirits aient été omis. On a sans doute pensé que, arrivé à ce niveau d'excursion astrale, toute attache théorique devenait inutile ! Ce n'est pas faux, remarquez.

Stephane Fougere

  

 

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