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Soig SIBERIL – Gitar (Coop Breizh)

Il y avait beaucoup de monde et de couleurs sur les Gwenojenn qu’avait précédemment foulé SOIG SIBERIL, il y a à peine 2 ans (voir ETHNOTEMPOS n° 6). Volte-face avec Gitar : les cordes de Soig, en accord toujours aussi ouvert, se mettent plus volontiers à nu. Là où Gwenojenn s’imposait par l’inventivité de ses arrangements, Gitar séduit par son intimisme aérien.

Qu’il emprunte à des sources bretonnes (Gilbert BOUDIN, Jean-Marie PLASSART), irlandaises (Joe BURKE), écossaises ou encore asturiennes  (LLAN DE CUBEL), Soig SIBERIL sait mettre la main à la corde comme d’autres à la pâte, jouant à saute-mouton avec les obstacles que peut recéler telle ou telle modèle d’écriture. Soig SIBERIL sait toujours y apposer sa signature, sans jamais forcer l’auditeur à ne «zoomer» que sur sa maîtrise technique, que l’on sait énorme. Ce que l’on capte d’emblée chez ce guitariste abreuvé au folk anglais d’un John RENBOURN ou d’un PENTANGLE et nourri de différents terreaux de celtitude, c’est sa verve raffinée qui sait traverser tous les labyrinthes mélodiques et négocier tous les virages rythmiques. De ce qui pourrait être un fastidieux et austère exercice de style, Soig SIBERIL en fait une gâterie maison pour les oreilles. Mais ça, ce n’est pas nouveau. Que l’on réécoute ce qu’il a fait au sein de KORNOG, GWERZ, ORION et LES OURS DU SCORFF, par exemple. Tout au plus pourra-t-on, à l’écoute de ce plaidoyer pour la guitare (surtout) acoustique, regretter l’absence de toute «indiscipline» qui aurait pu lui procurer une saveur plus aventureuse.

Pour éviter cependant que la solitude devienne trop pesante (sait-on jamais), Soig n’a pas souhaité non plus nous la jouer constamment «tour d’ivoire».  Le guitariste Jean-Félix LALANNE a ainsi été convié à mêler ses cordes à celles de Soig sur le premier morceau. Ailleurs, ce sont celles de Patrice MARZIN, qui a aussi assuré quelques discrètes programmations de claviers. Jean-Loup CORTES égrène quelques notes au piano et aux claviers, et l’on a même droit à un épatant duo guitare/violon avec Sylvaine GUICHEN. La convivialité, c’est aussi dans les cordes de Soig !

Druidix

Lors JOUIN & Soïg SIBERIL
– Tan Dehi (Kan ha Gitar)
(Coop Breizh)

En bons plantigrades avides de liberté, le conteur-chanteur Lors JOUIN et Soïg SIBERIL délaissent un temps leur tribu griffue du Scorff pour explorer et déguster à eux les tranches de vie des gwerzioù traditionnels. Le ton est évidemment plus sombre, plus feutré qu’avec les OURS ; la nostalgie humide suinte dans le timbre tendrement bourru de Lors, tandis que les cordes de Soïg cernent le moindre des pincements de coeur qui se cache à grand peine derrière chaque strophe. Mais comme un coeur qui pince est une coeur qui vit, le drame n’impose jamais la complaisance dans un malaise sans issue. Alors jaillit quelque rayon de gaillardise lumineuse, de cette chafouinerie peinte à jamais sur le visage de Lors et qui sait tracer cet improbable trait d’union entre la complainte et la gavotte, moyennant quelque détour par une revivifiante grivoiserie. La guitare de Soïg sculpte des contours élastiques à cet univers traditionnel à la respiration âpre et à la langue bien terrée, et l’on surprend parfois d’autres cordes, voire des vents (cuivres, bombarde...), égrener des notes en forme d’ombres chinoises, puisqu’aucun autre musicien n’est ouvertement mentionné en dehors des deux compères. Ce «kan ha gitar» (chant et guitare) n’autorise donc de participations que subreptices et fantomatiques. On ne pourra guère lui reprocher l’attitude du repli boudeur, mais plutôt louer son aspect de recueil d’émotions. Et comme qui dirait, en Bretagne, tout finit par... rigoler !

Stéphane Fougère

Soïg SIBERIL & DIGOR –
Du côté de chez Soïg...
 (Coop Breizh)

Le trio formé par le guitariste breton Soïg SIBERIL avec le saxophoniste Karl GOURIOU et le bassiste Alain GENTY n’a pas eu le temps de graver un disque qu’il s’est transformé en quintet à la faveur d’un spectacle «Carte blanche à Soïg SIBERIL» donné en mars 2003 à Carhaix. C’est ce concert que l’on retrouve sur ce CD. La combinaison guitare acoustique/guitare basse/saxophone était déjà porteuse d’audace et de finesse inventive dans le monde de la musique bretonne, eu égard aux parcours atypiques et colorés des trois musiciens. Mais comme, «du côté de chez Soïg», on a le sens de l’hospitalité, le guitariste d’origine algérienne Camel ZEKRI a été convié à prendre part à l’aventure et à entrelacer ses cordes avec celles de Soïg. Le jeu consiste donc sur ce disque à reconnaître le jeu de chacun, sans l’image...

Camel ZEKRI a lui aussi un bagage hors du commun : il a beau représenter, comme il le dit lui-même, le Diwan, la musique gnawa d’Algérie, son histoire artistique dépasse amplement l’univers traditionnel. Il a à son actif d’éloquentes expériences sonores que certains esprits rechigneraient à qualifier de musique. Qu’importe. Les mêmes pourraient très bien refuser au quintet de SIBERIL l’appellation musique celtique. Mais comment qualifier autrement une musique qui puise allégrement dans le répertoire de Bretagne, d’Irlande et intègre des compositions qui, placées entre deux trad’ réarrangés, font illusion, épousant les contours traditionnels tout en les déplaçant.

Car ce n’est pas le collage des cultures qui importe pour le groupe de SIBERIL, mais l’exploration de mélodies, de rythmes et de modes qui peuvent se combiner, se fondre les uns dans les autres. Il faut que chacun s’y retrouve sans sacrifier son histoire. Tout le monde ici a des choses à dire, fort belles au demeurant, mais jamais l’individualité n’impose sa loi au collectif ; l’esprit d’équipe prévaut et garantit la cohésion et le dynamisme de l’ensemble.

Je m’en voudrais d’oublier la cinquième roue du carosse, à savoir Pierre-Yves PROTHAIS (également à l'action chez OBREE ALIE). Avec son kit de percussions, pourtant assez profus, il sait «frapper fort» sans noyer ses camarades sous ses scansions rythmiques, et fait même preuve d’une (trop ?) remarquable retenue (d’autant que ZEKRI joue aussi de la derbouka quelque part).

Ce quintet, dont on espère qu’il ne restera pas une expérience éphémère, s’est baptisé tout naturellement DIGOR, ce qui signifie «ouvert» en breton. C’était déjà le titre d’un album de Soïg SIBERIL, son premier. Comme quoi l’ouverture est une constante chez lui, un idée moins fixe que renouvelable, et dont ce disque offre une bien plaisante illustration.

Druidix

 

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Soïg SIBERIL - Gwenojenn (Coop Breizh)

Rien de tel que d'arpenter les " chemins creux ", qu'ils soient d'ardoise ou de granit, pour se refaire une santé artistique. Ceux de Bretagne ont, depuis bien longtemps, marqué l'inspiration de Soïg SIBERIL, l'un de ceux grâce à qui la guitare acoustique a trouvé en l'Argoat un terrain nourricier via l'accord ouvert (open tuning).

Pour son troisième opus solo, Soïg SIBERIL nous convie donc à traîner nos guêtres vers ces carrefours de Bretagne où se mêlent, au gré de l'orientation des vents, des airs de chants de tous les pays bretons ou des thèmes de gavottes, de ridées et même, quand ces vents soufflent vraiment fort, de reels échappés d'Erin. Où les " gwenojenn " mènent aussi à la connaissance, puisque traversés de racines. Le co-fondateur de GWERZ et de KORNOG se livre certes ici à des randonnées guitaristiques en solitaire dont il a l'expérience et le don, mais il croise la plupart du temps plusieurs autres explorateurs (c'est qu'ils commencent à être fréquentés, ces chemins vicinaux !), et quoi de plus naturel que de faire un bout de route, sur le morceau éponyme de l'album, avec Alan STIVELL, lui aussi fin limier des chemins de terre ?

Il faut dire que Soïg SIBERIL s'est entouré de gens dont l'apport n'est pas du genre à rendre la marche sur les sentiers plus lourde, au contraire ! Les violons de Jacky MOLARD et les claviers et " griffes de chèvre " d'Alain GENTY (tiens, des potes de GWERZ !) donnent plutôt la sensation de baguenauder tapis volant aux pieds, alors que la balade en compagnie de Didier SQUIBAN semble s'égarer très complaisamment vers quelque rivage armoricain.

Et puis il y a d'autres chemins qui s'éloignent encore plus loin, poussés par la pulsion délicate des derbuka, karkabou, bendïr et tar de Bachir MOKARI et les brises contrôlées des saxophones de Karl GOURIOU et du trombone de Jean-Philippe LE COZ. Il y a là de quoi faire mentir les " traîne-la-patte " qui prétendent avoir déjà foulé tous les tracés buissonniers de la Terre bretonne. Les nouvelles compositions de Soïg SIBERIL procurent sans conteste d'imprévues rêveries, toujours sur une base familière mais tellement ouverte, et dont Alain GENTY, réalisateur artistique de l'ouvre, a traduit les reliefs avec subtilité et audace. (Même le rythme " plombé " de Ramdam, marié aux percussions de MOKARI, passe très bien !) Voilà une collaboration qui devrait donner de nouvelles ailes aux amateurs d'excursions sur les roches celtiques.

Stéphane Fougère 

 

 

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