ALIO DIE

Ou « comment en appuyant à fond sur le(s) champignon(s)
vous pouvez effectivement dépasser la vitesse de la lumière »

Les amateurs d'ambient sont familiers des musiciens californiens comme Steve ROACH ou Robert RICH. Ils ne sont pas sans avoir remarqué que la qualité de l'oeuvre des deux maîtres sus-cités l'emportait de peu sur une quantité (et une diversité) conséquente, signe de créativité et de longévité. Rivés aux catalogues de cette musique, qui par sa transcendance adoucit les moeurs, ils ont aussi remarqué que quelques autres individus voient leur discographie s'allonger au fil des années, parfois comme le maître ROACH au rythme de deux, voire trois albums par an. Et, surprise, ces artistes sont européens. Parmi eux des Allemands, normal puisque l'Allemagne, avec Klaus SCHULZE et TANGERINE DREAM, fut la Terre primitive des musiques électro-spatiales ; mais plus surprenante est la présence d'Italiens comme ALIO DIE ou OOPHOI (Stefano MUSSO et Gian Luigi CASPARETTI pour leurs état-civils respectifs). Si les Allemands comme Matthias GRASSOW gardent parfois des traces (légères) de leurs aïeux, les Italiens sont l'aboutissement direct de la branche californienne mêlée aux aspirations européennes les plus nobles. L'ambient anglaise à la Brian ENO ainsi que la musique électronique des pays de l'Est semblent faire partie des influences de nos voisins transalpins.

Comptant à peu près une trentaine d'albums à son actif, ALIO DIE (qui signifie en latin « les jours d'autrefois » et non en anglais « à mort le ministre des armées ») est depuis quinze ans le principal pôle d'attraction de la vie ambient transalpine, ayant créé pour les besoins de la cause son propre label, Hic Sunt Leones. Ses collaborations, nombreuses, rappellent celles de Steve ROACH dans le sens où, comme le maître de Tucson, Stefano MUSSO absorbe littéralement toujours son partenaire tant sa présence est gigantesque. Pour le public, il crève le voile de l'anonymat en 1997 avec une fabuleuse collaboration avec Robert RICH, Fissures, alors qu'il avait déjà, depuis 1990, six albums à son actif. Le manque d'une distribution conséquente fera perdre sa trace à ceux qui furent conquis par cet album. Après 2000, la banalisation de l'internet fera prendre conscience à tous ceux-là que le maître sur Fissures n'était pas RICH, mais bien Stefano MUSSO.

Toute l'œuvre de cet Italien, un peu illuminé, est marquée par la recherche spirituelle, l'exploration des niveaux de conscience transcendentaux. Dans ce voyage vers l'au-delà, la nature, le bouddhisme et les champignons font bon ménage. La récurrence, chez les créateurs d'ambient, du thème des champignons hallucinogènes (que pour ma part je ne cautionne pas), semble d'ailleurs tourner à l'obsession et s'installe comme une routine ces dernières années, créant insidieusement hélas une limite quant aux univers traversés. C'est pour cela que craignant qu'après l'ouverture par les organismes mycéliens des portes de la perception, on assiste à cause de ces mêmes organismes à l'ouverture des portes de l'hôpital psychiatrique, je profite de ce moment d'acmé créative de cet Italien pour vous en dresser une discographie sélective. Au passage seront brièvement commentées également d'autres œuvres italiennes périphériques de celles d'ALIO DIE.

Sit Tibi Terra Levis (Hic Sunt Leones – 1990) est le premier album d'ALIO DIE. Il est épuisé mais selon les chroniques que j'ai pu lire à son égard, la barre était déjà placée très haute, puisqu'on cite comme référence le One Land de Brian ENO, chef-d'œuvre de faux statisme mais vraie explosion d'idées pour ceux qui ont des oreilles pour entendre.

Under an Holy Ritual ** (Projekt – 1992) est un album à l'aspect plus industriel, même si le drone (les nappes de soutien) lisse un peu le côté mécanique/bruitiste des samples. Certains titres sont franchement réussis (The Secret of Shady Gorges, Invocation of the Source of Life ou Cryptic Spell), d'autres sont plus ennuyeux, mais la durée relativement courte des onze morceaux arrive à faire de cet album une oeuvre variée et intéressante, très moderne dans l'esprit. Le ritualisme indiqué sur les titres de la jacquette n'est pas vraiment passé dans la musique ; le lien le plus évident, spirituellement parlant, s'établit d'emblée avec RAPOON (pour les drones samplés, les percussions en moins) ou CONTROLLED BLEEDING (Cryptic Spell), voire de très loin TEST DEPARTMENT. De fait, on ne peut pas vraiment parler de musique chaleureuse. L'Europe n'est pas la Californie.

Suspended Feather *** (Amplexus – 1996) est le sixième album d'ALIO DIE. Que de chemin parcouru en quatre ans ! Ici l'Italien trouve ses marques, délivrant de l'ambient semi-acoustique (il joue des flûtes) et semi-synthétique de haute volée. L'album est profondément poétique et son titre le définit parfaitement. L'ambiance est devenue ouatée, contemplative, un brin nostalgique. Un long titre, Descending Past, par sa progression, fait monter d'un coup Stefano MUSSO sur le podium des grands (Robert RICH ne s'y est pas trompé). Les autres titres, plus courts mais surtout moins puissants, étoffent l'album avec goût. L'aspect indus a été expurgé, et l'ensemble glisse vers une musique foetale plus cosmique, plus « californienne », même si l'accent nostalgique de certains titres est typiquement européen. Vidna OBMANA joue, sans composer, dans cette oeuvre inspirée.

Fissures **** (Fathom – 1997). Le drône de Stefano MUSSO dérivé du meilleur titre de son précédent album (Descending Past) se lie avec les flûtes et la guitare/chant de sirène du Californien Robert RICH pour accoucher du meilleur album d'ambient de tous les temps. S'il n'y avait qu'un seul album, ce serait évidemment celui-ci. Le son, la grâce du son, rendent cet album une source inépuisable de vie, contrairement à ce qu'indique la pochette, hideuse à souhait. Fissures est un album secrètement solaire, qui tourne résolument le dos à une certaine conception glacée de la musique (CONTROLLED BLEEDING, ART ZOYD). Sauf que cette lumière solaire, ce soleil, est transcendant.

Password for Entheogenic Experience **** (Hic Sunt Leones – 1997) a la difficile charge de faire suite à un album gigantesque, néanmoins bien qu'enregistré très vite, il ne pâlit pas face à son prédécesseur. La grâce de Fissure est encore dans cet album constitué d'un seul, long et puissant titre. La jaquette nous abreuve d'un discours ésotérique tiré apparemment d'un ouvrage de RAPHAEL, La Triple voie du feu et d'un moine Tibétain, Ngampa CHOGYAM, Prendre le corps visionnaire. La force de l'artiste, ici, est évidemment de faire pressentir de manière concrète ce qui dans un texte ne peut être qu'une vue de l'esprit. Puissant et inspiré, Password... doit être absolument écouté par tout méditant. S'il n'y avait qu'un seul album de drone...

Descendre cinq lacs au travers d'une voile (& Yannick DAUBY) (Amplexus – 1998). Deux « ambiencers » se réunissent ici pour donner l'album le plus subtil de cette discographie. Une finesse aux aspects assez contemporains s'en dégage. Imaginez le groupe LIGHTWAVE mais en plus chaleureux. Hélas, un seul titre (celui de l'album) nous laisse un peu sur notre faim. On voit ici que l'Europe s'émancipe, et avec quel talent, des schémas américains. Par ailleurs, je découvre que la France compte un talent caché qui fait rimer intellectualisme avec bon goût (c'est exceptionnel, car en général SCHAEFFER, REDOLFI, BOULEZ and Co m'emmerdent). Un texte d'Alice BAILEY, théosophe, glosant sur l'ubiquité de la conscience et donc de la perception, figure sur la jaquette. Après écoute de ce CD, on y croit. Suivra après ce joyau une collaboration (5 000 Spirits) dont le résultat est assez dispensable (Mesmeric Revelation en 1999 et le précédent, A Tapestry of Sorcerers en 1995, vous feront épargner des sous).

Healing Herb's Spirit *** (& Antonio TESTA) (Crowd Control Activity – 1999) est un très bon album, fait par deux Italiens qui se prennent pour deux chamanes de la forêt amazonienne. Sans avoir la classe de Jorge REYES, nos deux Européens sans doute champignonés jusqu'au cou arrivent à ne pas se couvrir de ridicule dans cet exercice de style. C'est beaucoup. En comparaison, Password... qui fut enregistré en décembre 1997, pendant Healing Herb's Spirit, est vraiment une taille au-dessus. Comme quoi on gagne toujours à rester soi-même. Cela dit, la présence de vraie percussions amène un peu d'ouverture à une œuvre dans son ensemble assez refermée sur elle-même. Le duo donnera une suite en 2002 à cet album (Prayer for the Forest).

Le Stanze della Trascendenza ***(*) (HSL – 1999) s'affaire à recycler de vieilles sources sonores (1994), et avec quelle réussite ! Ce travail de recyclage à travers des processeurs avait déjà commencé avec The Hidden Spirit en 1998. Moins chaleureux que Fissures, moins puissant que Password..., moins fin que Descendre cinq lacs..., l'album pose néanmoins le cachet définitif du maître de l'ambient européen prouvant que ses réussites n'étaient ni accidentelles, ni dues à ses collaborateurs. On peut affirmer qu'à partir de 1999 ALIO DIE passe du statut d'espoir au statut de valeur confirmée. Inspiré par les Californiens RICH et ROACH, il devient à son tour une borne de repère pour les artistes et les auditeurs de la nouvelle génération (comprenez par là toute personne n'ayant pas connu le vinyle). L'album est une potion de nappes, voix et flûtes sur fond de bruits naturels ; une telle description pourrait renvoyer à de la musique new-age (gnou âge ?) si le mixage (reverb englobante) et la tension (l'attention) mystique ne nous renvoyaient pas à la présence de la conscience pure, plutôt qu'à une rêverie champêtre. La densité de l'être est l'opposé même d'un rêve cristallin vide et gentil. C'est la musique d'un être prêt à sauter à l'assaut, prêt à mourir ou à recevoir une révélation mystique. Il s'agit de mystère et non de relâchement. La pochette ne paye, hélas, pas de mine.

Echo Passage *(*) (& Vidna OBMANA) (Musica Magnetica Maxima – 1999). A force de saluer sur ses pochettes Dirk SERRIES (le vrai nom de Vidna OBMANA, « illusion d'optique » en yougoslave), la rencontre devait se faire. Fruit d'un travail sur bande de trois ans (1997 à 1999) entre ces deux fans de Steve ROACH, le résultat est un peu décevant connaissant la pointure du Belge (co-auteur de Wells of Souls et géniteur de Spiritual Bonding, deux albums intemporels) et les récents albums d'ALIO DIE d'alors. L'album se divise en plusieurs parties de qualité assez inégales (Vidna impose un style franchement ennuyeux avec ses orgues et ses gammes majeures, ALIO DIE égal à lui-même délivre les meilleures parties). Hélas, Echo Passage, qui débute d'ailleurs assez bien, ne comporte qu'une plage. Vidna à cette époque (et même par la suite) n'est plus un facteur favorable à une quelconque progression, et c'est donc à un air de déjà-entendu qu'on a droit. L'ambient, qui par essence est plate, non-événementielle et répétitive, ne vaut que par la puissance de fascination qu'elle génère. Et ici cette puissance ne parle qu'en pointillés. Pour une fois, la pochette, le détail d'un thangka tibétain, est belle, mais une pochette ne fait pas la musique.

Ad Infinitum **** (SOLA TRANSLATIO) (HSL – 2001). Matteo ZINNI et Stefano MUSSO rattrapent cette année-là amplement la déception qu'a constitué la parution, pourtant prometteuse, de l'album Echo Passage. Lié à un autre Italien sorti de nulle part, ALIO DIE délivre ici l'album de référence de son oeuvre à égalité avec Fissures. Ad Infinitum est le rejeton de Descendre cinq lacs... avec en plus le bonheur de la durée. Jamais un groupe n'aura porté aussi bien son nom : SOLO TRANSLATIO, le mouvement solaire. L'âme selon la philosophie de l'aïkido se divise en quatre âmes : l'âme joyeuse, l'âme douce, l'âme sauvage et, la plus haute, l'âme mystérieuse. Aucun doute qu'ici nous avons affaire à l'expression la plus aboutie (musicalement) de l'âme mystérieuse. Il y a dans Ad Infinitum une révélation d'ordre métaphysique. Fissure ouvrait des portes, Passwordnous guidait sur le chemin de la méditation, mais Ad Infinitum constitue la révélation finale que devait nous délivrer ce grand inspiré italien. Après cette œuvre que je considère comme définitive, il me semble improbable qu'ALIO DIE puisse aller plus haut ; il ne peut plus que passer le temps, s'occuper en attendant la venue de la mort puisque sa mission a été accomplie.

Incantamento *** (HSL – 2001). L'album se divise en deux titres : Lunae, en majeur sur fond de bruit de nature, est relaxant (n'entendez pas ce terme comme un compliment dans ces colonnes) ; Waters, le plus court, mais vingt minutes quand même, renoue avec « la » présence à laquelle nous habitue ALIO DIE. Ces deux titres, en possédant les mêmes ingrédients, sont radicalement différents dans leur essence. Waters, qui est une sorte de titre archétypal de notre artiste (il sera repris dans un album ultérieur, sous un autre titre, avec Matthias GRASSOW), est rythmé par une cymbale hypnotique. Ce titre à lui tout seul justifie amplement les trois étoiles de l'album et son achat. La pochette, de plus, avec ses fleurs séchées, est très réussie.

Apsaras * (& Amelia CUÑI) (Projekt – 2001). La chanteuse de dhrupad (la tradition indienne du chant sacré) Amelia CUÑI était déjà citée en remerciement sur la pochette de Descendre cinq lacs... (1998). Les drones sont superbes, mais « la » présence est partie. Amelia CUÑI n'arrive pas à convaincre. Pourtant dans l'idée cet album aurait dû être gigantesque de grâce et de mystère. Et c'est à une musique d'invertébré et de mollusque à laquelle nous avons droit ici. La ligne, étroite, entre mollassonnerie et transcendance vient hélas ici d'être franchie du mauvais côté. Steve ROACH cite cet album comme l'un de ceux qu'il écoute le plus. Pour une fois, je ne suivrai pas le maître californien dans ses choix, puisqu'en terme de dhrupad n'importe quel album des frères DAGAR fait figure de chef-d'œuvre face à la très lénifiante Amelia CUÑI. Ce compact gagne à être écouté en musique de fond (son son est excellent, mais c'est hélas tout).

Aquam Metallicam ** (& Nick PARKIN) (MMM – 2001). Après les mièvreries d'Asparas, ALIO DIE entreprend une collaboration qui le fait virer de bord à 180° puisque Nick PARKIN de l'ex-TUU représente le côté dur de l'ambient, son côté oppressif. Ici les espaces sont touffus, certaines fréquences sonores nous ramènent à Under an Holy Ritual. On a affaire ici à du post-indus contemporain assez glacial, mais fait avec panache (Regio Lucis et Aquam Metallicam). Cette musique d'effroi convoque à coup sûr les esprits malveillants, et est à conseiller à tous les amateurs de diableries genre Diamanda GALAS ou RAISON D'ÊTRE.

Expanding Horizon **(*) (& Matthias GRASSOW) (Relapse Records – 2003). La rencontre d'ALIO DIE avec Matthias GRASSOW, le roi du drone germanique, était évidente et pour ainsi dire attendue. Les deux artistes procèdent du même style, sauf que GRASSOW travaille moins ses sons de claviers qui sont plus proches des sons d'usines. L'Allemand, métaphysiquement moins aventureux, reste dans la zone lumineuse de la conscience. Et deux ans après avoir voyagé dans les enfers avec Nick PARKIN, c'est aux portes du paradis que veut nous emmener ALIO DIE. Et c'est une demi-réussite. Plus réussi qu'Echo Passage, plus tendu qu'Apsaras, l'album a néanmoins quelque chose de ces deux prédécesseurs dans la mesure où, comme dans le premier, rien de neuf ne s'y passe et, comme dans le deuxième, une réunion potentiellement géniale n'aboutit pas au résultat génial espéré. Cela dit, Expanding Horizon, sorti d'abord en vinyle, contient de très bons titres, comme The Falcom et sa percussion rituelle et sourde (quand les ambiancers s'apercevront-ils donc que la moindre percussion réhausse incroyablement leur musique ?), ou Enchanted Land, qui est une reprise de Water de l'album Incantamento, réhaussée par les claviers de GRASSOW. Par ailleurs, pour tous ceux qui ne connaissent pas ALIO DIE, mais aiment ROACH ou RICH, l'album se révélera un régal. L'appréciation étant juste une histoire de référence, tant il est vrai que Ad Infinitum m'a fait encore revoir à la baisse le jugement que j'avais sur beaucoup d'albums.

Il Tempo Magico di Saturnia Pavonia *** (HSL – 2003). Cet album reprend des atmosphères ambient/indus du début (Under an Holy Ritual), passe par des phases plus contemplatives/méditatives de l'époque de Password... pour aboutir à de l'accordéon passé par des processeurs d'effet (que tout ceux qui redoutent la présence de l'esprit malin de VERCHUREN se rassurent, car l'instrument sonne alors quasiment comme du synthé. La technique, c'est magique !). A noter la présence de Gian Franco CUALBU et Pierantonio DALCORSO aux percussions.

Sunja **** (& ZEIT) (HSL – 2003). Le musicien qui œuvre pour ce magnifique album avec ALIO DIE a visiblement été traumatisé par un groupe allemand (TANGERINE DREAM) alors que celui-ci venait de pondre son œuvre la plus abstraite et la plus ambitieuse. Sauf que Tomaso CIMO, au lieu d'œuvrer au synthé, joue dans la droite ligne de l'album précédent de l'accordéon (là aussi que tous les contempteurs d'Yvette HORNER se rassurent...) et de la khen, un orgue à bouche du Sud-Est asiatique, qui possède à la base le même processus sonore que l'harmonica tout en ayant le son de l'harmonium. Sur deux titres, longs, denses et créatifs, nos compères mettent tout le monde d'accord. Pour les aficionados, l'album est à rapprocher d'El Hadra de WIESE/DEJONG/GRASSOW.

Khen Introduce Silence *** (HSL – 2003). Sur la lancée de la khen (ou kien) ALIO DIE nous délivre ici sept titres d'ambient environnementale (croassements de crapaud et compagnie), à la gloire du calme avant le tonnerre. C'est beau, c'est magique, c'est ALIO DIE.

The Sleep of Seeds ** (& Saffron WOOD) (HSL – 2003) fait en collaboration avec Lorenzo SCOPELLI, et toujours entre autres instruments de l'accordéon (ce qui n'a toujours aucun rapport avec la MANO NEGRA ou les GARCONS BOUCHERS), l'album marque un (petit) pas en arrière.

Sol Niger *** (HSL – 2004). Fait à partir de vieilles bandes datant de 1990 avec à l'époque Massimo IADAROLA à la guitare et aux effets, l'album a été réhaussé par des flûtes et des percussions (merci Gian Franco CUALBU), des bruits de radio, des chants de muezzin et... des ambiances enregistrées à Notre-Dame de Paris en septembre 2002. Tous les Parisiens, soit 2,5 millions d'âmes, se doivent d'acheter ce disque, à l'ambiance légèrement plus électronique qu'à l'accoutumée, et de fait renvoyant aux premières œuvres d'ALIO DIE.

Angel's Fly Souvenir *** (& Francesco PALADINO) (HSL – 2004). Cet album, bien que toujours dans le champ de l'ambient, témoigne des efforts de Stefano MUSSO pour s'éloigner de son style d'origine. Les techniques d'enregistrement également sont soumises à la nouveauté, puisque la réverbération (l'aspect caverneux des sons) est obtenue en jouant les instruments à travers un long tube. Le livret nous apprend que Francesco PALADINO est responsable des bruits de nez. Plus classiquement, il nous ramène des atmosphères de Kathmandou (et du Népal en général) et du Sud californien. La nouveauté réside évidemment dans la présence de CHAKO (la chanteuse du duo nippon JACK OR JIVE, sorte de sous-copie de COCTEAU TWINS/DEAD CAN DANCE) sur le titre Flowing Out from the Core of the Mountain.

Cette collaboration d'ailleurs va s'étendre au groupe JACK OR JIVE dans son ensemble pour l'album Mei-jyu (Projekt – 2005).

Par ailleurs, les aficionados pourront se procurer The Way of Fire, sorti en 300 exemplaires sur vinyle bleu. Le tout prochain album à paraître de l'ermite des montagnes transalpines se nommerait Aquaplaning. Notre villageois (plus pratique de cueillir des champignons à la campagne qu'en ville) aurait également sous le bras une collaboration en cours de route avec un certain Michel BRIADA. On peut apprécier la capacité de travail sidérante de notre artiste.

A côté de l'œuvre de ce visionnaire qu'est Stefano MUSSO on ne pouvait pas ne pas citer quelques albums satellites choisis, enregistrés dans le sillage du père de l'ambient transalpin, dont l'excellent album d'OPIUM (ou Matteo ZINNI), The Reborn of the Rebel Angel ***(*) (HSL – 2000). Matteo ZINNI est le compère de Stefano MUSSO sur Ad Infinitum, c'est tout dire. L'album ressemble à s'y méprendre à du ALIO DIE, mais avec une touche plus variée et plus tonique. A un titre près, le dernier, il méritait de rentrer dans le panthéon de l'éternité musicale. Les percussions électroniques, très travaillées, restent toutefois secondaires aux drones, et rendent parfois un goût de ce qu'aurait pu être TANGERINE DREAM s'il avait continué à évoluer dans les années 90.

Son-Dha propose avec Red Sector A ** (Relapse Records – 2001) des reprises d'ALIO DIE réhaussées par des sons de rythmiques électroniques. L'ensemble, assez technoïde, est suffisamment hard pour être passé dans une rave-party. Même pour les non-amateurs du genre électro, l'album est intéressant, voire agréable, bien que le côté transcendant d'ALIO DIE, le plus intéressant, soit du coup complètement effacé.

L'avenir, je l'espère pour ALIO DIE, devrait se révéler plein de promesses, avec l'explosion ces cinq dernières années du « e-business ». Artistiquement, la redite d'albums aussi conséquent que Fissure ou Ad Infinitum me semble aléatoire, à moins que, comme le maître de Tucson (Steve ROACH), Stefano MUSSO sache mobiliser un deuxième, voire un troisième souffle. Cela n'est pas impossible, l'esprit souffle là où il veut. On attend en retenant son souffle les résultats du futur et troisième SOLA TRANSLATIO en cours d'enregistrement.

Parmi les collaborations variées, avec en particulier ses compatriotes, il est étonnant que Stefano MUSSO n'ait jamais pensé à celle de OOPHOI, Gian Luigi GASPARETTI, pourtant cité en remerciement sur Descendre cinq lacs... C'est à cette autre montagne, « Little Gigi » (selon Steve ROACH), de l'ambient italienne que nous attacherons prochainement nos pas au cours d'une discographie choisie et commentée.

Héry

Site : www.aliodie.com

 

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