< 21st
Century Fripp's ProjeKCs<
Trente ans après
sa première parution, In the Court of the Crimson King, œuvre
érigée en modèle de référence
absolue par les amateurs et les défenseurs des musiques dites
progressives, fait l’objet d’une nouvelle réédition
CD " re-remasterisée " sous forme d’un
digipack reproduisant à l’identique l’aspect du 33 tours
d’origine, en format réduit bien sûr, et comprenant
de plus un livret avec photos et coupures de presse de l’époque.
Les autres albums de KING CRIMSON des années 70 et 80 devraient
progressivement bénéficier des mêmes faveurs…
Le maître de restauration n’est évidemment autre que
Robert FRIPP, qui nous avait déjà fait le coup de
la " definitive edition ", et qui a de plus
publié diverses archives sur son label indépendant,
DGM (Discipline Global Mobile). < <
De là à
prétendre que les petites maisons de production et de diffusion
fondées par les artistes n’exploitent que le mythique passé
de ces derniers, il n’y a qu’un pas. Mais ce n’est bien souvent
que la partie immergée de l’iceberg (forcément plus
médiatisée que la partie submergée). DGM ne
se contente pas de publier les fonds de tiroir de KING CRIMSON et
de Robert FRIPP. Le label fait aussi état de leur activité
discographique au présent, et publie également les
œuvres d’autres artistes qui ne font peut-être pas la même
musique, mais dont l’intégrité et la démarche
correspondent à celles défendues par Mr FRIPP. Si
KING CRIMSON fut un laboratoire musical expérimental pour
les années 70, DGM est un laboratoire de production soucieux
de proposer une éthique commerciale alternative pour le 21e
siècle, toute schizoïdie mise à part. Les lignes
qui suivent présentent quelques-unes des récentes
publications du label côté cour et… côté
cour !<
< <
KING CRIMSON : The ProjeKCts
– Box Set (DGM 9913)<
Including :<
PROJEKCT ONE – Live at the Jazz
Cafe PROJEKCT TWO – Live Groove PROJEKCT THREE – Masque
PROJEKCT FOUR – West Coast Live<
Résumé des épisodes
précédents : la renaissance de KING CRIMSON en
1995 sous forme de double trio n’ayant pas bénéficié
d’une totale liberté de manœuvre, il a été
décidé en haut lieu que l’entité royale cramoisie
se " fractaliserait " en petites unités
indépendantes et intelligentes (comme au bon vieux temps
du punk, n’est-ce-pas, Mr FRIPP ?), de manière à
explorer de nouveaux panoramas sonores. Il a ainsi été
convenu que ces unités porteraient le nom " ProjeKCts "
(encore des OGM ?). Il y a deux ans, le premier à s’être
lancé dans le grand bain fut PROJEKCT TWO (cf. Traverses
no 2),
qui fit état de ses premières expériences dans
un double CD. Space Groove (c’est son titre) ayant généré plus
de questions que de réponses, les amateurs attendaient les
" comptes rendus " des trois autres ProjeKCts,
dont on savait qu’ils s’étaient déjà produits
sur scène. L’indignation et la colère prirent le relais
de l’impatience lorsqu’on apprit que les disques de chaque ProjeKCt
n’étaient disponibles que par la coûteuse voie de l’importation
japonaise… Certains se sont laissés tenter, au grand dam
de leur portefeuille. Ils ont eu tort : aujourd’hui, après
maints sursis, ces quatre disques sont disponibles sur le marché
européen sous forme d’un coffret qui ne manque pas d’allure.
< <
Deux quartets, deux trios :
quatre ProjeKCts, quatre propositions d’avenir pour KING CRIMSON.
La perspective de ces quatre unités fractales pouvant être
définie brièvement par les expressions " carte
blanche " ou " quartier libre ", il
serait malvenu de s’attendre à écouter du déjà-entendu.
Tant pis pour ceux qui en sont restés à Lizard, il n’est pas dans
la mentalité du Roi cramoisi d’alimenter son instinct de
créativité à grands coups de chopes nostalgiques.
Autant le dire, le contenu musical de ce coffret a tout, à
priori, de la " Grande Inconnue " et risque
fort d’indisposer l’auditeur moyen, dont la nature prudente l’encourage
toujours à chercher les balises de références
musicales sécuritaires avant d’entreprendre son expédition
auditive. La seule que l’on puisse à la rigueur lui recommander
ici est l’album THRaKaTTaK, ce qui ne risque pas de le rassurer forcément…
Vaille que vaille : avec les ProjeKCts comme avec le disque
susnommé, nous sommes dans le domaine de l’improvisation
live totale et surtout en territoire très inédit.
Il y a certes des réminiscences " thrakattakiennes "
dans ces quatre CD, mais la couleur globale est plus teintée
de climats stratosphériques insidieux et ambigus que des
humeurs belliqueuses qui formaient le leitmotiv d’un VROOOM ou d’un THRAK. Moins d’agressivité,
plus de menace sourde, tel est l’univers général des
ProjeKCts, ce qui n’exclut ni les coups de sang ni les contemplations
mystiques.< <
Les enregistrements les plus anciens
de ce coffret sont ceux de PROJEKCT ONE, dont l’activité
scénique a été circonscrite entre le 1er et le 4 décembre
1997. Sans vouloir imposer le respect de l’ordre chronologique et
numérique, il y a tout lieu de conseiller à l’auditeur
un peu effarouché par l’orientation futuriste des ProjeKCts
de commencer son parcours par le Live at
the Jazz Cafe du PROJEKCT ONE (Tony LEVIN,
Trey GUNN, Bill BRUFORD, Robert FRIPP). En effet, la musique de
ce dernier semble prolonger l’esprit des impros de la période
72-74. Cette réminiscence paradoxale est très probablement
due au fait que Bill BRUFORD ne participe pas au prochain album
du Roi. On l’a appris avec le Space Groove du PROJEKCT TWO : la nouvelle norme rythmique à
la Cour cramoisie impose l’usage des V-Drums, plus high-tech, de
même que la simple guitare basse s’efface devant le Stick
(Tony LEVIN) et la Touch " Warr " Guitar (Trey
GUNN). PROJEKCT ONE est donc le seul à proposer une palette
rythmique combinant la panoplie " electronica "
avec la panoplie " old-fashioned " et, à
ce titre, devrait permettre une intégration plus graduelle
dans le monde projeKCtal qui, on l’aura deviné, fait cause
commune avec la technologie instrumentale de pointe. Les horizons
visionnaires des soundscapes frippiens et les reliefs anguleux ou
sinueux du Stick et de la Warr Guitar envahis par des lignes rythmiques
et percussives grouillantes, vindicatives et frénétiques :
PROJEKCT ONE est le trait d’union qui manquait entre l’époque
mythique de KING CRIMSON et l’avenir que ses musiciens tentent de
lui " projeKCter ". Bill BRUFORD y est excellent ;
aussi, profitez-en bien, car la voie ouverte par PROJEKCT ONE est
d’ores et déjà une " rue barrée ".< <
Dans la course à la surprise
que se font les ProjeKCts, PROJEKCT TWO (Adrian BELEW, Trey GUNN
et Robert FRIPP) ne partait pas gagnant, du fait qu’on connaissait
déjà Space Groove, qui, il faut bien l’avouer, laissait un peu sur sa faim
du fait de quelques longueurs et facilités. Eh bien, il faut
croire que le contexte live sied davantage que le contexte studio
au groove transonirique et cyberspatial de PROJEKCT TWO ! Sa
maturité est en effet effective sur ce Live
Groove, et Adrian BELEW affiche de surcroît
une belle maîtrise des V-Drums. Les mauvaises langues diront
que cette réussite est la moindre des choses compte tenu
que PROJEKCT TWO a donné beaucoup plus de concerts que ses
petits frères (32 dates contre une quinzaine pour PROJEKCT
FOUR et 4 pour PROJEKCT ONE et PROJEKCT THREE). Il n’y a pas de
miracles… Cela dit, je ne serais pas surpris que des pièces
comme X-Chayn-Jiz, Heavy ConstruKCtion (qui porte bien son titre !) ou The
Deception of the Thrush soient réquisitionnées
pour le prochain album de KING CRIMSON. Un clin d’œil lui est du
reste adressé avec une version " dance "
de 21st Century Schizoid Man en
guise de rappel. Un conseil : évitez de prendre des
photos au flash de Robert FRIPP lors d’un prochain concert. Vous
comprendrez pourquoi en écoutant la fin du disque…< <
Le troisième ProjeKCt à
s’être illustré sur scène est PROJEKCT FOUR
(c’est la logique frippienne…) et avec lui, on monte d’un (sérieux)
cran dans l’expérimentation. Prenez PROJEKCT ONE, remplacez
Bill BRUFORD par Pat MASTELOTTO et donnez à ce dernier des
V-Drums, vous aurez une idée de la démarche de PROJEKCT
FOUR. A bien des égards, il constitue la jonction et la synthèse
entre PROJEKCT ONE et PROJEKCT TWO (avec lequel il a un répertoire
en partie commun ; cf. The Deception
of the Thrush), à ceci près
qu’il a su développer en plus un paysage instrumental qui
lui est propre, inattendu mais envoûtant. West
Coast Live décontenancera celui
qui pensait que tout avait été dit avec les deux premiers
ProjeKCts. En fait, avec PROJEKCT FOUR, c’est une autre dimension
qui prend forme, et il est clair qu’on ne peut en appréhender
tous les contours à une première écoute. Son
hermétisme tout relatif s’estompe toutefois dès qu’on
se laisse prendre dans les spirales du stick, de la Touch Guitar
et des soundscapes et qu’on s’accommode des pulsations électroniques
de MASTELOTTO, qui développe des sons encore différents
de BELEW (et plus variés). On a même droit – pincez-vous ! –
à quelque touche d’humour au début de Ghost-2, quand FRIPP " transforme "
sa guitare en basse bien rauque, au grand amusement de Tony LEVIN,
ce qui déclenche l’hilarité dans la salle. De par
l’ampleur des territoires qu’il défriche, PROJEKCT FOUR est
appelé à jouer un grand rôle dans le renouvellement
de KING CRIMSON.< <
On aurait très bien pu
en rester là, mais le PROJEKCT THREE (Robert FRIPP, Trey
GUNN et Pat MASTELOTTO) s’est finalement manifesté en mars
1999 à Texas. Le Vénérable de la Cour accompagné
de ses deux plus récents féaux sujets : voilà
qui aurait pu tourner au cours didactique. Ce n’est nullement le
cas, et on réalise, avec l’album Masque, que Trey GUNN et Pat MASTELOTTO ne déméritent
aucunement face à leurs aînés Tony LEVIN et
Bill BRUFORD. Mais sans doute le fait de jouer avec eux dans la
formule en double trio de KING CRIMSON les a quelque peu intimidés.
Dans le cadre des ProjeKCts, ils donnent enfin leur pleine mesure,
et a fortiori dans le PROJEKCT THREE. Étrange album en vérité
que ce Masque,
titre de la mystérieuse peinture de PJ CROOK :
les plages du CD ne portent pas de titres, si ce n’est… Masque, à croire qu’il
s’agit d’improvisations conceptuelles ! C’est en tout cas l’album
le plus déconcertant du coffret et qui est loin de livrer
tous ses secrets et ses richesses même après plusieurs
écoutes. L’univers sonore sculpté ici renvoie certes
par endroits aux climats de THRaKaTTaK comme à ceux de The Sheltering
Sky, mais dans l’ensemble, les amarres
référentielles ont plutôt été
larguées ! De plus, Pat MASTELOTTO a effectué
un titanesque et méticuleux travail de studio en découpant,
en déplaçant et en recollant diverses séquences,
et en manipulant les pistes individuelles de chaque instrument :
telle ligne de guitare se retrouve ainsi avec telle ligne de percussions
jouée la veille ou le lendemain, etc. Bref, ce qui est donné
à écouter sur disque diffère radicalement de
ce que certains " happy few " ont pu entendre
en concert. La création s’est donc effectuée à
deux niveaux distincts. (De telles manipulations ont également
été faites sur l’album de PROJEKCT FOUR, mais dans
une moindre mesure.) Si KING CRIMSON choisit d’explorer la brèche
ouverte par PROJEKCT THREE, nul doute qu’il sera méconnaissable !< <
A l’arrivée, il est indéniable
que les ProjeKCts s’acquittent avec brio de la mission pour laquelle
ils ont été créés et ce, au-delà
des espérances. Reste à s’accorder du temps pour se
familiariser avec les quatre opus de ce coffret… tout en sachant
que le prochain album du Roi cramoisi risque d’arriver bientôt !
Il ne faut pas perdre de vue que tous ces fractals crimsoniens ne
sont que des ponts jetés sur des rives que la colonie frippienne
se fera un plaisir d’explorer. En théorie, les ProjeKCts,
en tant que groupes, ne sont pas appelés à durer.
Cependant, à force de les écouter, on finit par s’attacher
à eux, au point de croire que KING CRIMSON ne sera peut-être
qu’un ProjeKCt de plus !<
< <
DVD KING CRIMSON - Deja VROOOM<
Le DVD a beau constituer l'une
des dernières révolutions technologiques du XXe siècle,
dans le domaine des musiques nouvelles et progressives, il fait
encore office de produit coûteux à réaliser.
Aussi, on se demande comment une structure aussi indépendante
et marginale que DGM a pu en concevoir déjà un. Même
Peter GABRIEL, plus ancré dans le show-biz, n'a même
pas encore sorti le sien ! Robert FRIPP, toujours un déclic
d’avance…< <
KING CRIMSON étant un groupe
de légende pour tout amateur de musiques " risquées ",
il convient d’avertir de suite que Deja
VROOOM n’est pas une anthologie. On n’y
trouve donc pas d’extraits de concerts de 1969 ou de 1974 (y en
a-t-il seulement d’assez bonne qualité ?). Deja VROOOM est surtout axé
sur la formule de KC en double-trio, et reprend principalement le
concert filmé et enregistré en 1995 au Nakano Sun
Plaza de Tokyo, déjà paru en vidéo. Parlons
peu mais parlons pro (ah ha !) : l’image et le son sont
plus que corrects ; subtilités de mixage indéniables,
finesse de la granulation, multizone, son Dolby Digital AC-3 impeccable,
et tout le toutim… Seule ombre : c’est un DVD double face !
Qu’importe, l’interactivité présente maints surprises,
et ceux qui aiment les bonus (le DVD, c’est fait pour ça,
non ?) seront servis. Signalons d’abord, pour le concert proprement
dit, la possibilité, sur quelques morceaux, de choisir son
angle de vue : si on ne veut pas voir la tronche de FRIPP (toujours
dans le noir !), on peut mettre celle d’Adrian BELEW, par exemple.
Mais à coup sûr, le bonus qui amusera tout le monde,
c’est celui qui permet à chacun de constituer sa propre version
de 21st Century Schizoid Man en
piochant parmi les enregistrements et les musiciens de 1969, de
1971, de 1974 et de 1996. On a compté : 64 versions
sont possibles ! Sinon, nous avons droit au réquisitoire
de FRIPP contre son ancienne maison de disques EG, à l’histoire
de KC " Frame by Frame " ou encore à
des films vidéo amateurs de Tony LEVIN complètement
stupides, mais qui font agréablement sourire. Enfin, il y
a un " ghost track " planqué quelque
part… Qui dit mieux ?<
< CALIFORNIA GUITAR
TRIO An Opening Act (DGM-9910)<
S’il y a un groupe dont l’histoire
croise ou rebondit sur celle de Robert FRIPP et de sa maison de
disques indépendante depuis une dizaine d’années,
c’est bien le CALIFORNIA GUITAR TRIO. Ses trois membres – l’Américain
Paul RICHARDS, le Belge Bert LAMS et le Japonais HIDEYO Moriya –
se sont connus en 1987 à l’occasion d’un stage de " guitar
craft " animé par FRIPP et le trio qu’ils formèrent
accompagna la LEAGUE OF CRAFTY GUITARISTS en tournée jusqu’en
1990, avant d’enregistrer son premier disque sur le label DGM tout
juste naissant et à la notoriété très
confidentielle, à l’image de sa distribution et de sa promotion…
(qui a dit que rien n’avait changé ?) A cette époque,
KING CRIMSON n’avait pas encore sorti VROOOM , et les projecteurs médiatiques étaient
par conséquent loin de s’allumer sur les productions d’un
label dont l’existence n’était assurée qu’au travers
de murmures sous les manteaux… En 1995, KING CRIMSON refait son
apparition sur scène à travers le monde, et c’est
au CALIFORNIA GUITAR TRIO que revient l’honneur (fourré à
la crème) d’assurer les premières parties des concerts
du groupe mythique attendu depuis plus de dix ans par un public
impatient, voire anxieux, et qui n’a pas spécialement envie
de se " farcir " une première partie !
Par miracle, le trio échappe aux tomates, au goudron et aux
plumes et bénéficie même de " standing
ovations ", chose rare pour un groupe de première
partie. Mais c’est peu dire que le CGT s’est abonné à
l’essuyage des plâtres frippiens ! En tout bien tout
honneur, puisqu’il jouit désormais d’une reconnaissance méritée.
Depuis, les trois guitaristes ont également assuré
les premières parties des concerts solo de FRIPP, ceux de
John McLAUGHLIN ou de David SYLVIAN. On devine évidemment
tout ce que la musique du CGT doit aux techniques instrumentales
des cours de " guitar craft ", avec ses lignes
mélodiques jouées à l’unisson et ses savoureux
contrepoints, son dynamisme rythmique et sa spontanéité
joviale, mais son répertoire puise dans des domaines différents
de celui de la LEAGUE OF CRAFTY GUITARISTS. Si l’influence classique
(BACH, BEETHOVEN) est commune aux deux formations, le CGT se distingue
par ses compositions et ses reprises de thèmes blues, country,
jazz, B.O. de western (Ennio MORRICONE) et bien entendu de " surf "
californien. An Opening Act comprend donc des versions live de morceaux principalement
tirés des deux premiers albums du CGT (Yamanashi
Blues et Invitation) et permet d’apprécier la vitalité du trio
sur scène en 1995, alors qu’il " ouvrait "
pour KING CRIMSON, qu’il remercie au passage en jouant, au détour
d’une de ses compositions, un extrait d’un des plus célèbres
hymnes crimsoniens. La prise de son est remarquable et constitue
à rendre cet album live souvenir plus que plaisant. Tant
que vous y êtes, jetez aussi une oreille sur le troisième
opus du groupe, Pathways, sorti l’an dernier et auquel participent Trey GUNN et
le saxophoniste Bill JANSSEN.<
< <
The Present Moment
Series<
On sait qu’une partie non négligeable
du catalogue DGM est composée d’albums mettant en évidence
les trouvailles et les expériences de guitare – surtout
acoustique – d’anciens " crafty guitarists "
(CALIFORNIA GUITAR TRIO, GITBOX, EUROPA STRING CHOIR, Tony GEBALLE…),
offrant ainsi à l’auditeur l’opportunité de s’ouvrir
à des espaces musicaux insoupçonnés. Avec la
collection " Present Moment Series ", DGM s’emploie
à faire découvrir des aspects plus ou moins négligés
de certaines musiques de tradition, sans toutefois verser dans la
musicologie abstruse. Ainsi, le " moment présent "
en question est-il défini comme le point où tradition
et innovation se rencontrent. Les œuvres publiées dans cette
collection sont celles d’artistes passés maîtres dans
l’apprentissage d’un instrument et d’une expression musicale plus
ou moins refoulés par l’Histoire et qui souhaitent les soumettre
auprès des oreilles curieuses en faisant valoir leur modernité
et leur capacité à se renouveler.<
Jacob HERINGMAN – Black
Cow (DGM-9906) Matt
SEATTLE – Out of the Flames (DGM-9907)<
Le premier disque publié
est celui de Jacob HERINGMAN, un joueur de luth américain
émigré en Angleterre depuis 12 ans et qui s’est
illustré au sein de moult ensembles de musique médiévale
ou de la Renaissance. On ne compte plus ses participations à
différents CD, mais en tant que soliste, il n’avait à
son actif qu’un seul album (sorti en 1998 sur le label ASV) avant
de publier Black Cow
chez DGM. Dans ce dernier, Jacob HERINGMAN interprète plusieurs
pièces du compositeur hongrois du XVIe siècle Valentin BARKFARK. C’est un vrai travail
de réhabilitation qu’a opéré HERINGMAN puisque
les œuvres pour luth de BARKFARK ont rarement été
jouées sur scène et n’ont pratiquement pas été
enregistrées. Les morceaux présentés sur Black Cow sont en majeure
partie des " intabulations ", c'est-à-dire
des adaptations pour luth de pièces de musique vocale sacrée
et profane. Bien que disposant d’un riche répertoire consigné
dans les manuscrits originaux, ce genre de musique de luth est paradoxalement
celui qui a été le moins exploré, aussi Jacob
HERINGMAN fait-il figure de pionnier en la matière. Il faut
dire que les intabulations de BARKFARK relèvent parfois de
techniques particulièrement complexes, mais Jacob HERINGMAN
s’en tire à merveille… < <
Afin de contraster avec le caractère
introspectif des " intabutations ", notre joueur
de luth interprète également dans Black
Cow plusieurs danses polonaises collectées
par le Prussien Matthäus WAISSEL (contemporain de BARKFARK)
et qui relèvent d’une écriture plus accessible. Évidemment,
tout est relatif, car ce disque nécessite de la part de l’auditeur
une écoute " active ", et il est conseillé
de l’écouter dans les grands moments de crise mystique. Avis
aux amateurs : Jacob HERINGMAN prépare un autre CD pour
DGM qui sera consacré aux œuvres de Josquin DESPREZ.< <
Le deuxième CD paru dans
la collection Present Moment s’avère plus aisé d’accès
et correspond à une réelle tentative de redonner quelque
vitalité au répertoire propre à un instrument
traditionnel avec des arrangements inédits. Son auteur, Matt
SEATTLE, est un joueur de pipes (ou cornemuse), instrument celtique
par excellence. Plus précisément, notre homme a redécouvert
le border pipe ; autrement dit, le pipe de la région
frontière entre l’Écosse et l’Angleterre, instrument
très prisé au XVIIIe siècle, puis occulté au XIXe. Tout instrument traditionnel
a un répertoire spécifique mais, depuis plus de 200 ans,
celui du border pipe avait sombré dans l’oubli. Matt SEATTLE
s’est voué à la renaissance de ce répertoire,
à la fois en tant que " piper ", mais
aussi en tant qu’éditeur d’anciens manuscrits, notamment
l’ouvrage d’un certain William DIXON, de 1733, sans doute le plus
vieux consacré aux airs pour border pipe qui ait existé.
L’album Out of the Flames contient ainsi plusieurs de ces pièces collectées
par DIXON, d’autres thèmes traditionnels de la région
frontière et quelques compositions de Matt SEATTLE. Il ne
s’agit toutefois pas d’un album de border pipe solo. Du reste, avant
de faire du border pipe son instrument privilégié,
Matt SEATTLE a tâté du fiddle (violon) et, avant de
s’investir dans la musique traditionnelle, était un guitariste
rock et jazz-rock, ni plus ni moins ! Aussi, fort de son singulier
parcours, Matt SEATTLE s’est adonné dans Out
of the Flames à des combinaisons
instrumentales que les puristes folk jugeraient hérétiques.
Plusieurs musiciens ont été conviés à
prendre part à l’expérience, et le border pipe de
SEATTLE croise selon les instants une clarinette, un saxophone,
une vielle à roue, un fiddle, des claviers, une basse et
des percussions. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un
" piper " qui se la joue rock n’roll !
Bref, un disque de musique celtique évolutive s’est égaré
dans le catalogue DGM. Dansera-t-on un jour la jig dans la cour
du Roi cramoisi ?< <
Article publié en décembre
1999 (S.F.)< <
< < <
Contact DGM Europe :<
< <
PO Box 1533, Salisbury, Wiltshire, SP5 5ER, UK
Site Web : < http://www.disciplineglobalmobile.com<
E-mail : < DGM@disciplinegm.demon.co.uk< < |