30 ANS DE MAGMA<
Paris - Le Trianon, 12-13 et
14 mai 2000<
"Engagez-vous,
rengagez-vous, qu’ils disaient…" N’empêche : on
n’aurait pas cru que le Kommandoh kobaïen sévissait
depuis déjà 30 ans. Il faut dire qu’on a tenu
compte des années d’hibernation de MAGMA, son dernier album
remontant à 1985. Bon, OK, on peut considérer l’aventure
OFFERING comme partie prenante de la longévité magmaïenne.
Et puis il y a eu LES VOIX DE MAGMA au début des années
90… Mais pendant ces trois soirées de résidence dans
l’ancien théâtre libertaire de la capitale, c’était
MAGMA que l’on fêtait, le Grand, le Beau, l’Unique… Retour
donc à l’essentiel ? <
En tout
cas, tout le monde savait ce qu’il venait écouter :
la trilogie Theusz
Hamtaahk. Retour
à l’essentiel, ouais… A force de l’avoir rêvé,
on ne l’attendait plus. Ce fut donc une grande première,
à moins d’avoir déjà assisté au concert
que MAGMA avait donné en octobre 1999 au festival Nancy Jazz
Pulsations.<
D’abord,
accueil dans le hall du premier étage : Ouvrez les portes de la musique, au piano avec Céline
FABRE, la fille de Lydia DOMANCICH, pianiste injustement méconnue
qui a fait un temps partie de OFFERING. Puis, dans la salle, séance
obligée de congratulations nostalgiques et de prières
apologétiques adressées à Christian VANDER,
sa vie, son œuvre, avec la projection de la vidéo Les Combattants de la Zeuhl, recueil de témoignages
d’anciens compagnons de la cause kobaïenne. Ton grave de rigueur :
"Au cours de ce combat titanesque, beaucoup d’entre nous sont
tombés mais aucun n’a rendu les armes." Là, désolé,
mais plusieurs rictus se sont lâchés… Je crains fort
que l’image de MAGMA, "groupe maudit, persécuté
et victime de maints procès d’intentions" appartienne
désormais au passé. Parions plutôt que, durant
ces trois soirs de mai, la plupart sont venus voir une légende,
un groupe qui appartient à l’Histoire et finalement reconnu,
de gré ou de force. Pour tout amateur d’"autres musiques
progressives", MAGMA est un passage obligé, un sujet
de bac… Ceux qui ne l’ont pas compris sont d’ores et déjà
condamnés à repasser l’épreuve. (Et ceux qui
en sont restés là sont peut-être aussi à
plaindre, mais cela est une autre histoire…)<
Revenons-en
à la vidéo. Tout de même, ça fait quelque
chose de voir ou de revoir tous ceux qui ont partagé l’aventure
de Christian-Zebehn : musiciens, techniciens, roadies, concierge,
voisine de table à la cantine, etc. <
Évidemment,
les propos tenus avaient tous un air de leçon apprise par
cœur bien que récitée différemment en fonction
des caractères. On aura tout de même retenu l’intervention
de Janik TOP (très attendue et applaudie), le seul à
avoir évoqué Christian VANDER d’un point de vue occulte
et spirituel. "Christian a la force en lui, mais ce n’est pas
un sage", a-t-il approximativement déclaré, renvoyant
chacun à sa libre interprétation, etc., etc.<
Ensuite,
début du concert proprement dit avec, en apéritif,
une prestation pertinente à la batterie de Fabien DECHAUMONT,
"un des jeunes cadets de la zeuhl" (une dizaine d’années
au plus). Déjà, pour les 25 ans de MAGMA, on
avait eu droit à Baba-Yaga
la sorcière,
version "couche-culotte" de MDK.
Pas de doute, la relève se prépare et le "cri"
se transmet de générations en générations…
En attendant, révision générale et intense
avec l’interprétation des trois mouvements de la mythique
trilogie Theusz
Hamtaahk.<
MAGMA
2000 apparaît sur scène : Christian VANDER, Stella
VANDER (chant, clavier, percussions), Isabelle FEUILLEBOIS (chant,
percussions), Antoine PAGANOTTI, fils de qui vous devinez (chant,
clavier), Jean-Christophe GAMET (chant), James MAC GAW (guitare,
clavier, chant), Emmanuel BORGHI (piano Fender Rhodes) et Philippe
BUSSONNET (basse). Tant pis pour ceux qui sont restés scotchés
aux anciens protagonistes, il n’a pas fallu longtemps pour se rendre
compte que la nouvelle génération magmaïenne
ne démérite aucunement. La flamme et la conviction
ne se sont visiblement pas ternies. <
A sang
neuf interprétation neuve et l’on se délecte d’entendre
Theusz Hamtaahk et Mekanik Destruktiw Kommandoh avec des séquences remaniées. Le pompon
va à Wurdah
Itah, dont l’interprétation
live constituait à elle seule un événement
inédit. Mais de plus, le "deuxième mouvement"
avait fait peau neuve par rapport à la version album et fut
largement repensé. A chaque mouvement, de nouveaux membres
faisaient leur apparition : les choristes Julie VANDER et Claude
LAMAMY sur Wurdah
Itah, et une
section de cuivres (Benoit GODICHE et Yannick NEVEU aux trompettes,
Fred BURGAZZI et Ronan SIMON aux trombones) sur MDK,
dont on regrettera qu’elle se soit contentée du minimum syndical…<
Un appel
avait été lancé aux partisans de la zeuhl afin
qu’ils votent pour entendre leur morceau préféré
en rappel : ce fut Hhaï, ce dont on ne peut que se féliciter,
mais il s’en est, selon certaines sources, fallu de peu pour que
ce soit Köhntarkhosz ! Apparemment, les musiciens
furent heureux du choix. Ils se voyaient mal jouer encore un morceau
d’une demi-heure, Stella VANDER ayant fait allusion – avec
la délicatesse qu’on lui connaît – aux mauvaises
conditions atmosphériques et sonores. Force nous est d’admettre
qu’elle n’avait pas tort. <
Votre
serviteur se doit même d’avouer que le manque de clarté
et de relief du son a quelque peu amenuisé ses inclinaisons
à se laisser porter par la transe magmaïenne. Précisons
que nous avons assisté à la première représentation.
Il semble que les auditeurs du dernier jour eurent plus de chance,
d’autant qu’ils ont eu droit en sus à un nouveau morceau.
Eh oui, ça existe ! Voilà même qui a de
quoi rassurer sur l’avenir du groupe… Un nouvel opus est du reste
en préparation.<
On n’arguera
pas davantage sur la nostalgie prédominante à ces
30 ans. Espérons simplement qu’il ne faille pas attendre
les 60 ans pour entendre l’intégrale de cet opus inachevé
qu’est Ëmëhntet-Rê. <
"A
vie. A mort. Et après…", disait l’autre. C’est l’"après"
qui nous occupe désormais.<
MhëgahoK-Têt
et S.F.<
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