Steve Hackett - Chroniques

 

Steve HACKETT - The Tokyo Tapes (Camino Records)

Depuis son départ de Genesis, et après plus de vingt ans de carrière en solitaire, il n'est plus à prouver le réel talent créatif de Steve HACKETT, visible de par la diversité et la richesse sonore de ses albums. Ce véritable virtuose de la guitare n'hésite pas à franchir les frontières d'un progressif symphonique pour se diriger vers le classique (Momentum, et plus récemment A Midsummer Night's Dream (tiré de l’œuvre de SHAKESPEARE, et enregistré avec le prestigieux Royal PhilHarmonic Orchestra), ou même vers le blues (Blues with a Feeling nous rappelle que Steve est, depuis longtemps, un fervent admirateur de musiciens comme John MAYALL).

A l'instar d'artistes tels que Robert FRIPP ou Peter HAMMILL, HACKETT reste l'un des rares musiciens prolifiques de la vieille école progressive, qui dispose d'une œuvre impressionnante et réussie. Il est par conséquent indéniable que la sortie de cet album, intitulé The Tokyo Tapes, ne peut que susciter notre enchantement. Ce tout nouveau double CD est le témoignage de concerts enregistrés à Tokyo, au Koseinenkin Hall, les 16 et 17 décembre 1996, et réunissant une formation plutôt exceptionnelle. Autour du guitariste nous retrouvons Chester THOMPSON, John WETTON, Ian Mc DONALD, et Julian COLBECK. Ce dernier est, ici, le seul musicien attitré de Steve HACKETT depuis 1990 et le fabuleux Time Lapse Live. Cette tournée fait suite à la sortie de l'album Genesis Revisited, où, comme son titre l’indique, HACKETT s'amuse à reprendre des morceaux-cultes du GENESIS de la grande époque (1971-1976).

Avec The Tokyo Tapes, HACKETT et ses acolytes nous replongent dans l'univers purement génésien d'antan, grâce à des pièces maîtresses qui ont fait la renommée du groupe, en particulier les célèbres Watcher of the Skies et Firth of Fifth, chantés par WETTON, le joyeux I Know What I Like interprété par HACKETT, et les instrumentaux In that Quiet Earth et Los Endos. De plus, Steve n'oublie pas de rappeler cette dualité marquante entre le côté rock progressif et l'aspect purement classique du groupe, en interprétant des titres acoustiques, comme Horizons et le medley Black Light (où nous pouvons reconnaître des extraits de Blood on the Rooftops, Unquiet Slumbers for the Sleepers, Cuckoo Cocoon et The Colony of Slippermen).

Mais HACKETT sait également rester dans l'ombre et profite de l'occasion d'avoir à ses côtés deux anciens membres de King Crimson, pour les laisser interpréter des morceaux autres que les classiques de GENESIS. Ainsi, John WETTON a le soin de reprendre deux titres mythiques de KING CRIMSON, issus du premier album : In the Court of the Crimson King et I Talk to the Wind en duo avec Mc Donald. Il semble peu probable que le CRIMSON d'aujourd'hui rejoue sur scène ses deux trésors ; aussi, profitons-en. Les seuls moments regrettables, voire très commerciaux de ces prestations se caractérisent par les reprises de WETTON et ASIA (Battlelines et Heat of the Moment), toujours avec WETTON au chant, et qu'il nous faut hélas mettre aux oubliettes. Heureusement, cette déception est vite dépassée grâce aux extraits provenant des travaux de Steve HACKETT. Celui-ci offre un échantillon assez large de son répertoire, puisque ce sont les albums Voyage of the Acolyte, Defector, Highly Strung et Guitar Noir qui sont mis à l'honneur. Ce choix est plutôt judicieux, parce qu'il nous permet de constater sa capacité à passer du rock (avec le quelque peu méconnaissable Camino Royale, l'inquiétant Vampyre with a healthy Appetite et l'énergique Riding the Colossus, déjà présent sur Time Lapse sous le titre Depth Charge), à une musique plus calme (avec le romantique Walking away from Rainbows), voire féérique (avec le magnifique, mais trop court, Shadow of the Hierophant, et The Steppes, une autre véritable merveille du son hackettien).

Outre ces dix-sept titres " live ", ce double CD se conclut en beauté avec deux inédits enregistrés en studio en compagnie d'Aron Friedman, autre comparse de notre musicien. Ces instrumentaux, intitulés Firewall et The Dealer, pourraient être la suite logique de Guitar Noir, et présentent un Steve Hackett en forme et électrique.

Au final, ce document est un joyau indispensable pour tous les fans. Il faut noter également que Steve a eu l'excellente idée de sortir une vidéo, admirablement filmée, de l'un de ses shows, manière de consoler tous ceux qui n'ont pu assister à ces fameux concerts dans ce lointain pays... et qui attendent vainement un possible passage en France, et dans notre bonne vieille capitale.

(C.P.)

 Steve HACKETT – Darktown (Camino Records)

Une pochette plutôt lugubre et un titre inquiétant révèlent d'ores et déjà l'ambiance sonore du nouvel album de Steve HACKETT. Darktown se présente comme la continuité logique de Guitar Noir (1993). Il montre un Steve très créatif, ayant atteint une maturité certaine, tant au niveau musical (arrangements mélodiques impeccables) que vocal (voix de plus en plus travaillée, allant du grave à l'aigü). Cet album est encore une fois la preuve de sa réelle volonté d'explorer de nouveaux horizons sonores, n'hésitant pas à dépasser les limites d'un progressif qui le caractérise depuis tant d'années. Nous sommes donc bien loin de ses premiers disques, entre 1975 et 1980, qui sonnent résolument GENESIS. Aussi, son œuvre la plus récente (depuis Blues With a Feeling) risque de décevoir les nostalgiques de ses débuts qui l'ont redécouvert dernièrement avec le live The Tokyo Tapes, véritable hommage à GENESIS. Il serait vraiment dommage de passer à côté de ce nouvel album, qui propose une musique progressive intelligente et d'une grande richesse.

Steve HACKETT n'a rien perdu de son énergie électrique, avec le premier titre instrumental Omega Metallicus. Ne vous attendez pas à entendre un auto-plagiat de Shadow of the Hierophant ou Clocks. Ici, c'est un morceau véritablement progressif, insistant sur des rythmes modernes, et développant un style assez métallique, froid, qui se rapproche de celui du KING CRIMSON actuel avec Thrak. Omega reste un bel exemple des performances que Steve peut réaliser avec une guitare. A l'exception de la basse et de la batterie, c'est la guitare électrique qui produit tous ces sons incroyables. A noter qu'il reprend, pour l'occasion, un court extrait de Cassandra (co-écrit avec Brian MAY et figurant sur Guitar Noir), un clin d'œil et une touche d'humour à son travail antérieur. Une atmosphère lourde et macabre, toujours électrique, se fait ressentir avec le deuxième titre, Darktown (critique virulente sur les dérives du système éducatif dans les grandes écoles anglaises). HACKETT en profite pour redonner un ton très vampirique à sa voix, rappelant justement Vampyre With A Healthy Appetite. Avec, en prime, la présence au sax de Ian McDONALD, il nous plonge dans un univers fantomatique à la VAN DER GRAAF GENERATOR. C'est, sans conteste, du grand HACKETT. Après ces déchaînements sonores, nous nous dirigeons, le temps de quatre morceaux, vers des ambiances plus reposantes et acoustiques. Le magnifique Man Overboard est une pièce romantico-classique, à l'instar du l'inoubliable There Are Many Sides To The Night. Le surprenant The Golden Age Of Steam, allusion à la période tragique de la seconde guerre mondiale, est une sorte de grande parade épique, empreinte d'un certain classicisme au niveau de l'orchestration et des chœurs. Nous laisserons de côté les titres Days of Long Ago et Dreaming With Open Eyes (avec son rythme de basse quelque peu latino), qui apparaissent comme les moments commerciaux de cet album. A l'opposé, comment ne pas résister à l'instrumental Twice Around the Sun ? Ce mélange de mellotron, au son si fragile, et de cette guitare torturée, demeure un moment intense de progressif purement hackettien : à la fois féérique et émouvante, cette merveille se classe dans la lignée des superbes Sierra Quamada ou The Steppes. Rise Again est aussi une autre belle réussite, qui commence comme une simple ballade médiévale dont il a le secret, pour devenir un morceau prog-rock énergique au son très 80's, digne de ses albums Highly Strung et Till We Have Faces. Ces derniers resurgissent d'ailleurs dans les mémoires, à l'écoute du puissant instrumental Darktown Riot : de courte durée, il reprend le thème principal de Darktown, tout comme Hackett To Pieces avec Camino Royale il y a une quinzaine d'années. De même, l'envoûtant Jane Austen's Door, mi-slow mi-blues se situe dans la lignée d'anciens titres comme Weightless (1982) ou Let Me Count The Ways (1984). Pour terminer en beauté, Steve nous offre le moment le plus mémorable de l'album : In Memoriam. Il s'agit d'une pièce mélancolique et symphonique de plus de 7 minutes qui force l'admiration. Jamais un titre n'a autant dévoilé un Steve d'une aussi grande sensibilité, à la voix magique et irréelle, créant une ambiance quasi-religieuse. Et cette introduction, mêlant le mellotron à la guitare, n'est pas sans rappeler le célèbre Starless de KING CRIMSON. D'ailleurs, nous retrouvons comme invité John WETTON à la basse.

Incontestablement, Darktown est un superbe album, à la fois moderne et classique, tout comme Guitar Noir. Il est l'expression d'un véritable artiste, qui ne se soucie pas des modes et des contraintes commerciales.

(C.P.)

Steve HACKETT & John HACKETT – Sketches of Satie (Camino Records)

Steve HACKETT s’avère être un grand admirateur d’Erik SATIE et son nouveau CD, intitulé Sketches of Satie, en est la preuve. Adolescent, Steve passait ses fins de journée à écouter, dans sa chambre, les pièces au piano de ce compositeur français (1866-1925), qui marqua son époque en même temps que DEBUSSY, COCTEAU et le mouvement dadaïste. Sketches permet de découvrir l’univers de cet artiste inclassable, unique et qui influença une multitude de musiciens, de John CAGE à Brian ENO, en passant par Anthony PHILLIPS (Ivory Moon) et même David SYLVIAN avec son groupe JAPAN.

Pour la première fois, les deux frères HACKETT sont réunis pour interpréter cinq pièces composées par SATIE entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Avec seulement une simple guitare classique pour Steve, et une flûte tenue par John, ils reprennent de manière très émouvante des œuvres célèbres (Gnossiennes, Gymnopédies) ou nettement moins connues (Pièces froides, Avant-dernières Pensées, Nocturnes). L’ensemble de cet hommage se caractérise par un classicisme intimiste assez dépouillé, où les vingt pièces généralement très courtes (entre une et trois minutes) délivrent une atmosphère féerique et romantique, mais aussi fortement mélancolique. Un profond sentiment de solitude plane tout au long de l’album (Gnossiennes, Nocturnes…). Nous retiendrons ici les superbes versions des six Gnossiennes (1989-1897) et des trois Gymnopédies (1888), qui constituent les moments les plus intenses du disque. Les trois premières Gnossiennes procurent de grandes émotions, et le duo guitare classique-flûte rappelle cette sensibilité présente sur des titres inoubliables de Steve, tels que Lost Time in Cordoba (Spectral Mornings) ou Cavalcanti (Momentum). Avec les trois Gymnopédies, la musique mélancolique et déchirante paraît si proche de celle de Steve HACKETT que la ressemblance en est même assez troublante. Par exemple, en écoutant le jeu de guitare (toujours aussi subtil) sur Gymnopédie n°1, nous avons l’impression de reconnaître Kim, pièces incontournable figurant sur l’album Please Don’t Touch (1978). Les autres morceaux, Pièces froides (1897) et Avant-dernières Pensées (1915) démontrent que Erik SATIE était bien en avance sur son temps et que son œuvre a fortement marqué l’ambient music (côté minimaliste et répétitif des cinq Nocturnes datant de 1919). Sketches of Satie entre dans la continuité logique des œuvres dites classiques de Steve HACKETT (Momentum, Bay of Kings, A Midsummer Night’s Dream). La particularité, ici, est que Steve et John ont eu cette excellente idée de remettre au goût du jour un artiste attachant. Cet album est donc à recommander, à la fois pour toutes les émotions engendrées à son écoute, mais aussi pour rendre hommage à un musicien incompris par son époque, et n’ayant pas connu le succès tant mérité, surtout face à DEBUSSY. A titre purement informatif, la pochette du CD, dont le livret nous dit que l'auteur est " unknown ", serait un autoportrait de SATIE dans sa maison (il songe), provenant d’un extrait d’une lettre écrite à Jean COCTEAU le 31 août 1917.

C.P.

    Steve HACKETT - Feedback 86 (Camino Records)

L'album «perdu» post- GTR de Steve HACKETT , Feedback 86 sort finalement 14 ans après, mais risque de décevoir par son aspect commercial et sa musique au son très pop-rock FM des années 80 assez déplaisant. Cet album réunit autour de Steve et de son complice Nick MAGNUS de nombreux invités : Brian MAY (QUEEN), Pete TREWAVAS, Ian MOSLEY (MARILLION) et, pour le chant, Chris THOMPSON (MANFRED MANN) ou Bonnie TYLER. A l'écoute de titres comme Cassandra, Don't Fall, Slot Machine et Prizefighters , il y a de quoi être sceptique tant l'ensemble a mal vieilli !

Seuls les morceaux Stadiums of the Damned (inspiré du Crime et Chatiment de DOSTOIEVSKI) et surtout The Gulf , qui figurent également sur l'album Till We Have Faces , relèvent quelque peu le niveau et proposent un Steve fidèle à lui-même (période 1981-84). Quant à Oh How I Love You , la version live sur There are many Sides to the Night en duo avec Julian COLBECK aux claviers était nettement plus convaincante. L'unique pièce instrumentale, Notre Dame des Fleurs, montre que Steve est beaucoup plus inspiré muni de sa seule guitare classique et ravira sans nul doute les nostalgiques de Momentum .

Sinon, Feedback 86 vaut essentiellement pour son CD-Rom proposant 20 «greatest hits» et des extraits live (dont un extrait de la vidéo Tokyo Tapes ) permettant ainsi de mieux connaître le catalogue de son label Camino Records et ses artistes, et sa superbe pochette que nous devons à Kim POOR (l'épouse de Steve), datant de 1987, et intitulée Blood on the Rooftops . Cela ne vous rappelle rien ?

C.P.

 

STEVE HACKETT - Live Archive
70, 80, 90's
(Camino Records)

Le contenu de ce «box set» retrace trois décennies de la carrière du guitariste : trois témoignages en public de son évolution musicale, depuis l'époque de Spectral Mornings (1970'), en passant par Cured (80') jusqu'à celle de Guitar Noir (90'). Un livret accompagne ce coffret, contenant de nombreuses photos (de scène), et des annotations de Steve HACKETT donnant ses impressions, teintées de nostalgie, sur chacune des périodes présentées. Une liste complète de tous les concerts donnés depuis 1978 jusqu'en 2000, nous fait hélas remarquer que son dernier passage à Paris (New Morning) remonte au 19 août 1988. Une absence bien regrettable.

Les deux premiers CD présentent un concert à Londres, à l'Hammersmith Odeon, datant du 30 juin 1979, pour la tournée Spectral Mornings. L'atmosphère y est féérique, fortement progressive, à l'image de ses premiers albums. Le groupe inoubliable représenté par Nick MAGNUS (claviers), Dik CADBURY (basse), John Shearer (batterie), Pete HICKS (chant), et John HACKETT (flûte, guitare...) livrent des instants d'une grande puissance, entre le rêve ( The Red Flower of Tai Chi, Spectral Mornings ) et le mystère ( Please Don't Touch, Tigermoth, Clocks révèlent une ambiance de science fiction), Les titres pop chantés montrent le côté plus accessible et commercial de l'oeuvre de Steve. Néanmoins, il reste des classiques : les extraits de l'album Please Don't Touch comme Narnia, l'irrésistible Carry on up The Vicarage, Racing in A, ou la première partie de Every Day (du deuxième album) ont assez bien survécu au temps. Mais, comment rivaliser devant les pièces magistrales de Voyage of The Acolyte (l'énergique Ace of Wands ou l'inquiétant A Tower Struck Down, précédé de la fameuse intro The Optigan ) ? Sur le deuxième CD, nous retrouvons l'intégralité de la face B. Le mélodique Star of Sirius cède la place au lyrisme du superbe The Lovers (avec Dik CADBURY au chant), puis au chef d'oeuvre Shadow of The Hierophant : l'ombre du «Gardien du Temple» plane de toute sa splendeur antique sur l'Hammersmith, au point de rendre bien fade le célèbre I Know What I Like (seul titre de GENESIS repris par HACKETT lors de ses concerts, en guise de premier rappel). Les célèbres passages de guitare classique ne sont pas oubliés et permettent de retrouver nos esprits devant ce déluge de magie : Etude in A min., les pièces génésiennes Blood on The Rooftops et Horizons, le romantique Kim, ou le final Racing in A coda , qui termine cette fabuleuse prestation, désormais ancrée dans nos mémoires.

Le troisième CD contient un concert à Rome (Castel Sant' Angelo), le 13 septembre 1981. C'est l'époque de Cured, l'album marquant la rupture avec les années précédentes, par son style à résonance pop, où HACKETT essaye difficilement de tenir la place de chanteur. Steve et John HACKETT et Nick MAGNUS (seul survivant de la formation précédente) sont rejoints par le bassiste Chas CRONK et le batteur Ian «MARILLION» MOSLEY. Ils interprêtent quatorze titres, dont la plupart provient surtout de Cured et Defector. Par rapport au magnifique concert de New York au Savoy Theatre (novembre 1981) figurant sur Time Lapse Live, ici le son est nettement plus faible et manque de souffle. De même, les applaudissements du public, certes enthousiastes, peuvent déranger l'écoute, en particulier sur The Steppes. Certaines chansons ont veilli ( Funny Feeling, Picture Postcard et The Show sonnent assez pop F.M.), par rapport à celles dont les mélodies sont plus convaincantes ( Overnight Sleeper, Hope I Don't Wake et le célèbre Every Day ). sonore de Steve HACKETT se ressent toujours avec l'imposant The Air Conditioned Nightmare, les favorites ( Ace of Wands, Jacuzzi, The Steppes, A Tower Struck Down, Spectral Mornings ), ou l'inquiétant Slogans. Le mérite de ce show à Rome est de nous offrir probablement l'une des plus belles versions du fameux titre Clocks, avec ce superbe final, où des bruits de sirène se mêlent aux percussions déchaînées, créant un décor violent et assourdissant tel un bombardement.

Le dernier CD s'intéresse à l'album Guitar Noir avec un concert donné le 8 juin 1993 à Londres (The Grand Theatre). Par rapport au live de Rome, nous pouvons apprécier grandement la qualité excellente de l'enregistrement sonore. Plus de dix années ont passé depuis Cured, et la nouvelle formation assistant Steve, composée de Julian COLBECK (claviers), Doug SINCLAIR (basse) et Hugo DEGENHARDT (batterie) est assez convaincante. Pour preuve, ce medley électrique et puissant nous plonge rapidement dans l'ambiance, en nous remémorant quelques vieux classiques de Steve ( Myopia, Ace of Wands ), de GENESIS ( Los Endos ) et de GTR ( Imagining et Hackett to Bits, et non le Hackett to Pieces indiqué sur le boîtier, qui est en fait l'instrumental final de Highly Strung ). HACKETT enchaîne ensuite avec plusieurs titres de Guitar Noir. Les versions proposées, souvent bien meilleures qu'en studio, sont un mélange de rock ( Vampire With a Healthy Appetite ), de blues "commercial" ( Lost in Your Eyes ), et d'ambiances romantiques (avec les magnifiques Walking Away From Rainbows, Take These Pearls, There Are Many Sides to The Night, Dark as The Grave ) ... sans toutefois négliger les atmosphères progressives ( In the Heart of the City ), et les envolées à la Steppes avec le grandiose Sierra Quemada. Parmi les anciennetés, nous avons plaisir à entendre Kim (dans un somptueux duo avec Steve à la guitare et John à la flûte), et une rareté rescapée de Highly Strung (la pièce instrumentale Always Somewhere Else, complétée d'une introduction improvisée par le bassiste et le batteur). Un deuxième medley, comprenant les pièces maîtresses Spectral Mornings / Firth of Fifth / Clocks, permet de ne pas oublier la grande époque. La nostalgie surgit une dernière fois, avant de quitter Londres, avec la reprise de l'émouvant Cinema Paradiso d'Ennio MORRICONE, et le légendaire In That Quiet Earth de GENESIS.

Ainsi, ce live archive est un sacré document par son précieux contenu, et résume parfaitement la diversité musicale omniprésente chez Steve : des débuts progressifs proches de GENESIS (1975-1980) à une certaine maturité avec Guitar Noir en 1993, après un passage à vide dans les années 1980 ( Cured, Highly Strung, Till we Have Faces ).

Pour terminer, les fans seront ravis de savoir qu'il existe un CD bonus avec 10 titres enregistrés au Newcastle City Hall le 26 octobre 1979, et trois issus d'un concert donné au Hammersmith le 30 octobre 1978. Cet "extra show" est uniquement disponible via internet par le site de Steve HACKETT (http://www.stevehackett.com) à côté des splendides Please Don't Touch, Tigermoth ou Ace of Wands, nous profitons tout de même de quelques raretés, comme l'étonnant Sentimental Institution, le subtil Hands of the Priestess, ou d'une nouvelle composition pour l'époque (nous sommes en 1979 !) : le magistral The Steppes ... une raison suffisante pour ne pas rater cela. Aussi, pour ceux qui ne possèdent pas Internet, il n'y a plus qu'à trouver une bonne âme charitable pour vous le commander (merci à mon rédacteur en chef préféré et à sa fidèle lieutenante).

C.P.

 

Steve HACKETT – Somewhere in South Africa (Camino Records)

S’il y a une chose à dire sur ce live à Buenos Aires (1er juillet 2001), disponible en double CD, en VHS et en DVD (avec en bonus sa tournée italienne), c’est que Steve HACKETT n’a rien perdu de son panache. Accompagné d’une nouvelle formation, il livre pour nos yeux et nos oreilles, plus de 100 mn de pur bonheur progressif.

Bien meilleur que sur Tokyo Tapes, HACKETT enchaîne des versions splendides piochées dans son propre répertoire (The Steppes, Sierra Quemada, The Tower struck down, In Memoriam), ou dans celui de GENESIS (avec des reprises abrégées et instrumentales de Watcher of the Skies, comme en 1976, Firth or Fifth, le très rare Hailess Heart, ou le final Los Endos). En prime, Steve interprète plusieurs inédits  Mechanical bride sonne très KING CRIMSON (un brin «schizoid»), ou le plus commercial Serpentine Song (ballade-slow à la GTR, pas vraiment convaincante).

Les autres nouveautés (The Floating Seventh, The wall of knives, Lucridus) sont des pièces atmosphériques dans le style impro (Pollution), et servant d’introductions à des classiques tels que The Steppes ou l’imposant Darktown. Aussi à l’aise en électrique (Vampyre with a healthy appetite, Camino Royale) qu’en acoustique (avec des instants émouvants représentés par Gnossienne 1 de SATIE, Walking Away from Rainbows ou Horizons), HACKETT a certainement atteint ici une puissance sonore jusque-là inégalée. Son groupe y est pour beaucoup (probablement le meilleur depuis bien longtemps) : Roger KING (synthé), Gary O’TOOLE (batterie, percussions), Terry GREGORY (basse) et surtout Rob TOWNSEND (sax et flûte). Les titres joués gagnent en intensité (le sax très présent est fabuleux, et s’avère même indispensable, faisant prendre de l’ampleur aux compositions de HACKETT). Ce Somewhere in South America surpasse de loin les précédents témoignages en public, comme Time Lapse ou Live Archive, certes déjà merveilleux. Pour terminer, on est bien triste que sa tournée 2001-2002 ne soit pas passée par la France.

Site Web : www.stevehackett.com

Cédrik Pesqué

Steve HACKETT –
To Watch the Storms
(Camino Records)

Il n’y a pas à dire mais, ces temps-ci, l’actualité de Monsieur HACKETT est assez chargée : une tournée européenne passant un peu partout sauf en France, le plus près étant en Belgique ; mais il faut avoir la possibilité d’y aller !!!

Ce n’est pas encore cette fois que nous allons pouvoir l’apprécier sur scène. Contentons-nous donc de son dernier album, To Watch the Storms, du coffret DVD/CD Hungarian Horizons et du live Nearfest 2002 (seulement disponible sur son site). C’est déjà mieux que rien.

Malgré plusieurs écoutes, To Watch the Storms n’apparaît pas comme son meilleur opus studio. Le résultat est décevant par cette impression de déjà-entendu (avec le blues de Fire Island, ou les titres à la guitare acoustique), de remplissages inutiles : Marijuana Assassin of Youth affublé de ce medley douteux incluant The Batman Theme (la version d’Iggy POP au Palace en 1979 est bien meilleure), Wipeout (celle de MIDNIGHT OIL à leurs débuts également), et l’horrible Tequila (qui ne vaut pas mieux que la reprise faite par Tony LEVIN sur Double Espresso).

Nous n’échappons pas aux passages commerciaux montrant un steve peu inspiré (Brand New rappelle ce rock FM démondé, le désastreux Come Away et la ballade Serpine Song). Heureusement, il y a de bonnes surprises qui valent le détour. Steve HACKETT nous offre des titres inoubliables comme Mechanical Bride, à la sonorité crimsonienne, le puissant The Silk Road (avec cette résurgence de rythmes ethniques qui renvoie à son album de 1984), ou le trop court Pollution B, qui développe une atmosphère rappelant les soundscapes. La reprise de Thomas DOLBY, The Devil is an Englishman, est tout aussi réussie, avec cette ambiance rock-blues électronique disco des plus dansants. Il nous envoûte encore par des mélodies plus calmes, romantiques (Wind, Sand and Stars, This World) et mélancoliques (avec le fantastique Strutton Ground, où Steve utilise de nouveau l’optigan, cet orgue-jouet si particulier).

To Watch the Storms a ce défaut d’être plutôt long (17 titres pour ce «special edition») et inégal. Comme pour KING CRIMSON, HACKETT semble tourner en rond. Ce disque est très varié (peut-être même trop !), piochant dans de nombreux styles musicaux (blues, jazz, classique, rock). Ce manque d’unité fait d’ailleurs penser à un best of ou à une sélection de faces B oubliées. Malgré tout, cet album reste attachant. Nous retrouvons des sonorités propres à son univers. De même, il est marqué par les souvenirs personnels (Strutton Ground), la littérature (Daphné du MAURIER, SAINT-EXUPÉRY), et renvoie au passé, au rêve (l’intro à l’orgue sur le fabuleux Circus of Becoming nous ramène au temps de GENESIS)... des thèmes si caractéristiques à son œuvre. Steve semble s’être fait plaisir sur ce CD, et c’est sans doute le principal.

Cédrik Pesqué

Steve HACKETT –
Hungarian Horizons, Live in Budapest
(Camino Records)

Après le superbe Somewhere in South America, qui nous fit apprécier le côté rock-prog de Steve, voici un live acoustique donné à Budapest. Ce concert de plus de 100 minutes, enregistré le 26 janvier 2002, se présente sous la forme d’un luxueux coffret incluant un DVD et deux CD : un tel achat s’adresse en premier lieu aux fans véritables.

Pour les plus hésitants, Hungarian Horizons a le mérite de montrer Steve sur scène, accompagné ici de son frère John et de Roger KING (qui succède à Julian COLBECK, remarquable sur le précédent et indispensable live acoustique en Italie, There are many Sides to the Night). L’idée d’un trio évite le côté trop soporifique d’un concert interprété uniquement avec une guitare ; l’ajout d’instruments supplémentaires (flûte, claviers) apporte une touche de féérie et de symphonisme élégant sur certaines compositions (Cavalcanti, Concert for Munich...).

Ce soir-là, le groupe a interprété pas moins de 39 titres, provenant en majorité de ses albums classiques : Bay of Kings, Momentum, A Midsummer Night’s Dream. Nous avons droit à quelques trésors, qui nous ramènent au temps de Voyage of the Acolyte (Ace of Wands, Hands of the Priestess), de Defector/Cured (avec un medley Jacuzzy/Overnight Sleeper), et même de GTR, avec l’intro magnifique d’Imaging. La setlist est complétée par de nombreuses reprises de GENESIS (les classiques Horizons, Blood on the Rooftops, Firth of Fifth, ou le merveilleux et trop rare Hairless Heart), et de compositeurs tels que Erik SATIE (Gnossienne 1, Idyll...), BACH, VIVALDI, DEBUSSY (Syrinx) et MORRICONE (avec son célèbre Cinema Paradiso).

En bonus, un documentaire très court intitulé A Week-end in Budapest (avec interview et extrait live) termine ce fantastique témoignage aux ambiances intimistes et romantiques. Il est utile de préciser qu’il existe un autre DVD de notre guitariste, s’appelant tout simplement Horizons. Rien que la pochette d’une rare beauté à l’ambiance très prog-70’s vaut le coup. Il s’agit en fait du concert filmé de Steve et son groupe (John HACKETT, Ian ELLIS, Julian COLBECK et Fudge SMITH) de 1990 à Nottingham, figurant en partie sur Time Lapse (live); et qui n’était disponible seulement sur le marché japonais sous la forme d’un laser-disc.

Cédrik Pesqué

Steve HACKETT –
Live Archive : Nearfest
(Camino Records)

Et nous gardons le meilleur pour la fin. Un simple conseil de la part d’un fan : allez sur son site et procurez-vous rapidement ce double live enregistré le 30 juin 2002, au Patriots Theater, dans le cadre du festival Nearfest à Trenton. Vous ne serez pas déçus !

Steve est bel et bien en forme : son jeu de guitare le confirme. En quelque sorte, nous le retrouvons tout au long de ces 23 morceaux qui reflètent toute la puissance et la magie de sa musique. La qualité sonore est irréprochable et surpasse même Time Lapse ou certains concerts du coffret Live Archive 70-80-90.

Bien sûr, ce nouveau double CD fait doublon avec le live du 1er juillet 2001 à Buenos Aires : son contenu est quasiment identique. Mais il est vrai que nous prenons toujours un grand plaisir à redécouvrir des versions live de titres anciens (son fameux Medley, le fantastique The Steppes) ou à savourer des œuvres plus récentes (du symphonisme dramatique de In Memoriam aux énergiques Mechanical Bride et Darktown). Les reprises instrumentales de GENESIS, à savoir les emblématiques Watcher of the Skies, Hairless Head, Firth of Fifth ou Los Endossont grandioses, et continuent de transporter, trente ans après, l’auditeur vers des mondes imaginaires... et ceci grâce aux prouesses de ses musiciens, en particulier Roger KING aux claviers, et le bassiste Terry GREGORY.

A la différence du show en Amérique Latine, où figuraient Sierra Quemada et A Tower Struck Down, Steve préfère nous ramener ici au temps de son troisième album, de 1979, avec Spectral Mornings aux envolées nostalgiques et féériques, puis avec le très efficace Every Day. Si le rock et le prog sont au rendez-vous, ce live aux Etats-Unis laisse place aussi à des moments plus sereins : Serpentine Song aux allures de I Talk to the Wind de KING CRIMSON, Gnossienne 1 de SATIE, Walking away from Rainbows et Horizon.

Finalement, il n’y a vraiment rien à redire sur ce fabuleux concert. L’alchimie qui se dégage entre Steve et son groupe est évidente. Avec des pièces même plus courtes, comme The Floating Seventh, Pollution ou Lucridus, nous avons l’impression de retrouver l’âme de sa musique. Steve HACKETT ouvre les portes d’un monde de science-fiction inconnu et merveilleux, comme en 1978 lorsqu’il débutait ses concerts avec l’intro Land of a Thousand Autumns/Please Don’t Touch. Sa musique s’écoute tel un conte de fées ; elle est tout simplement un rêve.

Cédrick Pesque

Site Web : www.stevehackett.com

Steve HACKETT – Live Archive 03 –
Live Archive 04
(Camino Records)

I1 n'y a pas à dire, mais depuis qu'Internet a vu le jour, les artistes n'arrêtent pas de sortir, via leur site officiel, une multitude de CDs, introuvables ailleurs (Peter GABRIEL, KING CRIMSON...). HAC­KETT est devenu très prolifique en la matière, concernant la série Live Archive. Après Nearfest 2002, il remet ça avec Live Archive 03, suite à la tournée européenne d'octobre-novembre 2003 pour l'album To Watch the Storms, et Live Archive 04, enregistré à Budapest le 3 avril 2004.

Ce qui m'a poussé à les acquérir vient bien sûr de la set list proposée, qui diffère en partie de Nearfest. Sur Live Archive 03, HACKETT et son groupe interprètent 22 morceaux issus de divers concerts européens (High Wycombe, Stoc­kholm, Croydon, Mannheim, Rotterdam, Lim­bourg). LE CD 1 n'offre pas grand chose de nouveau, à part Acoustic Medley et le romantique KIM (avec John HACKETT).

A l'opposé, le CD 2 est nettement plus intéres­sant. Nous retrouvons des titres de la belle épo­que, comme l'inquiétant Slogans, les magistraux Please don’t Touch, Clocks, à côté des emblé­matiques Every Day, Spectral Mornings, et autres rescapés génésiens (Firth of Fifth, Los Endos incluant Myopia, In that Quiet Earth...). Seul, Brand New, nouveau morceau de To Watch the Storms, laisse quel-que peu perplexe. C'est le Steve HACKETT commercial assez rock FM, qui déplaît ici.

Le Live Archive 04de Budapest contient 21 titres, dont des rare­tés qui valent le coup. Il y a sur le CD 1, l'impo­sant Valley of the Kings, hommage aux grandes pyramides (Genesis Revisited), et qui n'a pas été très souvent joué auparavant. La diversité musicale de To Watch the Storms est mise en avant ici, avec Mechanical Brideau son crimsonien, l'ambiance enfantine de Circus of Becoming, le jazzy Frozen Statues (en version instrumentale) et la ballade Serpentine Song.

La suite de ce CD réserve pleins de surprises, comme Slogans, Ace of Wands, le superbe Ham­mer in the Sand (de l'album Defector) et les repri­ses inattendues de GENESIS (Blood on the Rooftops, Fly on a Windshield). Le deuxième CD commence avec un titre inédit, sorte de rock symphonique, intitulé If you can’t find Heaven : au premier abord, un peu trop commercial dans la veine de Brand New. Parmi les classiques maintes fois joués (Darktown, Every Day, Spec­tral Mornings), HACKETT a ressorti des décom­bres du passé le décapant Air-Conditioned Nightmare (Cured). La nouveauté dans ce con­cert est l'absence du traditionnel passage acous­tique. Comme quoi, il n'y a vraiment pas d'Age pour changer !

Même si ces nouveaux Live Archive proposent souvent des titres identiques, ces témoignages des récentes tournées de Steve données en Europe plairont certainement aux nombreux admirateurs d'un rock progressif de qualité. Les enregistrements sont parfaits; aussi, si vous aimez HACKETT en live, alors, n'hésitez pas. Une seule chose reste à faire : aller sur son site pour les commander. En espérant tout de même que les prochains «Live Archive» couvrent des périodes plus anciennes (1980-1982) !

Cédrick Pesque

 

 

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