OÖPHOI & Klaus WIESE
– Wouivre (Aurora)
Le Wouivre dans la
mythologie celtique est l’esprit divin. OÖPHOI, l’œuf primordial
cosmique, ou de son nom courant Gianlurgi GASPARETTI, s’est paraît-il
inspiré d’un ouvrage de Louis CHARPENTIER, Les Mystères de la cathédrale de Chartres, pour nous pondre une œuvre primordiale
cosmique. Pendant 73 minutes non-stop, le souffle divin, qui semble-t-il
se confond de plus en plus avec le souffle du label Amplexus (dont
Aurora est une sous-division) vous emmène, vous transporte,
vous transforme grâce à des nappes puissantes et profondes.
Bol, flûtes et autres instruments acoustiques sont évidemment
traités de manière à s’intégrer, à
se fondre dans ces nappes. Le résultat en est un grand degré
d’abstraction, mais allie un côté organique que ne
possédaient pas des œuvres comme Zeit de TANGERINE
DREAM ou Dune de SCHULTZE, et surtout (le plus) en conservant
une puissance énorme (merci Steve ROACH). Les amateurs de
mélodie, et plus encore de mélodie celtique, seront
invités à passer leur chemin malgré la consonance
des titres. Par ailleurs, la spiritualité évidente
d’OÖPHOI le place très loin en orbite au-dessus des
LFO, Future Sounds of London, et lui donne un caractère d’authenticité
propre aux âmes nobles. Klaus WIESE, au violoncelle, est purement
et simplement phagocyté. C’est le signe des grands, des très
grands (on se rappellera le duo ROACH/RICH, ROACH/OBMANA ou ROACH/n’importe
qui présentant le même symptôme). Allez en Paix
l’acheter ; Steve ROACH vous bénisse, mes frères.
(Disponible chez Wave ; avec un peu de chance, vous ferez partie
des 500 acquéreurs les plus heureux de l’hémisphère
nord de la planète.)
Hery, Le Chroniqueur Fou
OÖPHOI & TAU CETI
Celestial Geometries (Arya)
Celestial Geometries est une pure perle du
dark-ambient. Dans le style, certainement l’un des albums du millénaire à
placer aux côtés du Atmospheric
Condition de Steve ROACH. Au lieu d’enrichir le style (nappes de synthé
et voix fondues) OÖPHOI n’a de cesse de l’épurer drastiquement. Cet exercice
pourrait s'avérer dangereux dans un genre où les constructions mélodiques
sont nulles, où les notions d’accord ou de changement d’accord sont plus que
floues, s’il n’était soutenu par une intégrité spirituelle sans faille, un
désir sincère d’échapper aux limites corporelles et matérielles plutôt que de
s’inscrire dans un genre. Le seul moyen d’écouter pleinement Celestial Geometries est donc de
méditer, même si sournoisement ou subitement cet album peut vous ravir (au
sens de rapt, c'est-à-dire de vous enlever de votre corps).
Cette collaboration entre OÖPHOI
et TAU CETI, deux synthétistes, a la rare qualité d'être à la fois le summum
de la profondeur, dans son intention, et le summum de la finesse, dans le
minimalisme de sa construction. Dans son précédent opus, Wouivre, on pouvait regretter les
coups d’archer trop appuyés du violoncelliste Klaus WIESE, mais derrière on
devinait le potentiel d’OÖPHOI. Ce potentiel est ici pleinement déployé,
enrichi par la présence raffinée de TAU CETI. On pense à LIGHTWAVE, mais un
LIGHTWAVE dégagé des tics de l’IRCAM, profond, simple, sincère. Même si les
ingrédients chez ces derniers et OÖPHOI sont les mêmes, l'intention de pureté
au-delà de l'aspect transcendental chez les deux, rattache confusément
OÖPHOI à la sphère du new-age, voire par l’esprit du rock (si ENO et BUDD
sont rock). Arya ne diffusait que des œuvres de très grande classe, Celestial Geometries ne le dément
aucunement (trouvable chez Wave, 36, rue Keller, Paris 11e).
Héry
OÖPHOI – Bardo (Electro-shock
Records)
On savait Gian Luigi
GASPARETTI (dit OÖPHOI) porté sur l’ésotérisme. Wouivre, composé à
partir du livre de Louis CHARPENTIER sur la cathédrale de Chartres (Les
Mystères de la Cathédrale de Chartres), en était la preuve. Son intérêt sur
la chose cosmique était évident dans les titres de son superbe album Celestial
Geometry. Deux domaines à priori éculés pour tous les habitués de la
question new-age et des amateurs d’ambient. Pourtant ce qui était intéressant
chez OÖPHOI était le regard essentiel, voire quintessentiel, qu’il portait sur
les thèmes, cela grâce à une musique dépouillée à l’extrême de tout artifice.
Souvent une nappe d’un accord, où vient se greffer en une vague montante une
autre nappe par moment, le reste étant tapissé (de manière très aérée) de sons
atonaux. Même GRASSOW ou Steve ROACH ressemblent à Steve VAI ou Joe SATRIANI
par rapport à lui. Ce dépouillement extrême mène l’auditeur à une sensation
d’austérité et de profondeur extrême. De tous les «ambiencers» c’est le plus
abstrait, celui qui jouxte de plus près les espaces de la musique
contemporaine. Il semble être frappé par la même grâce que Brian ENO sur On
Land, mais en restant dans un cadre musical identique, l’ambient, il
choisit une démarche inverse à celle d’ENO qui, dans une musique sans mélodie,
décide de faire preuve de «surcréativité». Le pari, à priori fou, d’OÖPHOI, est
de capter l’auditeur grâce à la rareté des événements sonores. Cela ne peut
être réussi que si l’œuvre est magnétique, car aucun tour de force musical ne
viendra sauver les meubles en rendant à défaut de prenante l’œuvre proposée
intéressante, voire écoutable.
Dans ce Bardo, qui
est l’espace séparant deux incarnations chez les bouddhistes tibétains, ce pai
fou est encore gagné. Voire plus, OÖPHOI semble s’améliorer. On ne sait pas où,
car les ingrédients n’ont pas changé, mais on le sent à l’intérieur. L’auditeur
est porté plus haut que dans les albums précédents. Et pourtant, Bouddha sait
que la collusion du genre avec la spiritualité tibétaine est une sorte de
marronnier dans la musique synthétique. Pour l’instant, les fruits n’en furent
guère savoureux ; excepté le Dorje-Ling de David PARSON, et le Terma
de TUU, tous les autres albums furent des réussites mitigées (Call to the
Protector de Steve ROACH) ou alors de franches galéjades (Jean-Philippe
RYKIEL et toute la clique des new-agers exotico-mystiques à deux balles, Oliver
SHANTI et consorts).
Par ailleurs, les notes du
livret sur les différents types de Bardo sont très bien faites. Artemy
ARTEMIEV, qui est un électro-synthétiste russe assez «prise de tête», produit
l’album, et Klaus WIESE, qui sait souvent manquer d’intensité, a fourni les
samples. Entouré par deux personnages capables de gâcher un album et sortir une
telle perle, c’est vraiment le signe évident que l’esprit est descendu parmi
nous sous la forme de Gian Luigi GASPORETTI. Sinon, je ne vois pas. Non.
Vraiment pas. C’est la seule solution possible.
Vous pouvez acheter l’album
sur :
www.electroshock.ru - ou : www.hypnos.com
Après, partez visiter le
musée Guimet avec Bardo dans un walkman. Planerie garantie.
Héry
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