Steve ROACH & Vidna
OBMANA – Innerzone (Projekt)
Apparemment, l’année 2002
sera pour Steve ROACH à peine moins créative que les très prolifiques
années 2000 et 2001, avec semble-t-il malgré tout une petite
baisse de régime sur la quantité autant que sur la qualité.
Avec Blood Machine, tout en rythme et en séquenceurs, Steve
ROACH signait son meilleur album de collaboration avec Vir UNIS.
Qu’allait-il en être de ses nouvelles trouvailles avec son alter
ego belge, Vidna OBMANA, après Ascension of Shadow, un album
célébrant le millénium, comportant quelques longueurs, et hélas
trop peu de passages rythmés (qui constituent toujours les meilleurs
passages de ce duo). Entre-temps, Vidna OBMANA s’était lancé
dans une musique ultra ambient, ultra expérimentale à base d’instruments
(orgue, orchestre de jazz) dont le son était retravaillé pour
fournir des nappes. Un retour avec Tremor, qui de nouveau le
rapprochait de ROACH, à une musique mi-acoustique mi-électronique
intégrant des rythmes complexes, semblait d’évidence préparer
cette nouvelle rencontre, dont on peut faire 3 remarques : l’album
est bon, mais n’apporte rien, en tout cas à Steve ROACH ; la
tonalité est dark, complètement dans la lignée de Tremor, donc
un album qui ravira plus les amateurs de Vidna que de Steve
(bien qu’en général, ceux-là sont les mêmes) ; les moments rythmés
sont les meilleurs, et sont trop rares.
Bref, si Steve et Vidna n’étaient
des géants du genre ambient, on pourrait en conclure en replaçant
Innerzone dans la perspective de leur discographie respective,
que cet album est moyen. Que nenni ! Hormis quelques longueurs
sur le titre éponyme de l’album, Innerzone s’écoute aisément.
La seule innovation pour les fans, sera l’emploi des sonorités
très aiguës et roulantes (faites au flanger) utilisées en intro
sur At the Edge of Everything qui sont plus la marque des musiciens
contemporains que des spacionautes de l’ambient. Sinon, pour
le reste, rien de neuf : les nappes sont gigantesques, ultra-subtiles,
ultra-travaillées, ultra-complexes, les rythmes, rares hélas,
sont souvent géniaux (souvent, car ceux sur la plus grande partie
du morceau Innerzone ne soulèvent pas pour ainsi dire mon enthousiasme
; par contre, Isolation avec la rythmqieu à deux vitesses, constitue
de très loin le meilleur moment de l’album). On remarquera également
l’emploi fréquent et réussi d’une flûte exotique (le fujara)
par Vidna OBMANA.
En conclusion :
– vous êtes fan de Vidna OBMANA
: achetez ce disque en double exemplaire ;
– vous êtes fan de Steve ROACH
: essayez d’obtenir une copie par un fan de Vidna ;
– vous aimez Steve ou Vidna
sans être fan : faites des économies ;
– vous êtes amateur de musique
électronique mais vous ne connaissez pas Steve et Vidna : achetez
Well of Souls ;
– vous êtes amateur de new-age
style LOGOS ou Michel PÉPÉ : n’achetez l’album qu’après avoir
doublé votre dose habituelle d’anxyolytique ;
– vous êtes curieux de nature
: achetez Strata ou Soma de Steve ROACH ;
– vous êtes bricoleur : vous
vous êtes trompé de magazine, ceci n’est pas le catalogue Bricorama.
Héry
Steve ROACH & Jeffrey FAYMAN – Trance Spirits
(Projekt)
Ouch ! Après les divagations nocturnes et invertébrées des
derniers temps (collaborations «obmaniennes» comprises) Steve ROACH décide de
frapper un grand coup pour nous prouver qu’il possédait toujours la maîtrise
terrestre, incarnée par les mondes du rythme. Le monde de la nuit, les espaces
cosmiques et éthérés sont derrière. Déjà Bloodmachine, avec ses
cybergrooves africains, annonçait la couleur de ce brutal Trance Spirits
mais de loin, de très loin.
On a affaire ici au frère musclé de Serpent’s Lair pour
ceux qui connaissent déjà un peu Steve ROACH. Un frère grandi aux épinards,
élevé dans la jungle parmi des gorilles qui ont bouffé tous les matins des
champignons hallucinogènes. Steve ROACH, spirituellement, est un éveilleur, on
le savait. Ici, son message d’éveil se fait franchement physique, il écrit en
lignes frappées noir sur blanc sur la peau des djembés pour les aveugles et les
sourds, qui ne savent entendre que mollassonneries derrière son discours
habituel où l’intensité, plus souterraine, n’en est pas moins toujours
présente.
Le message devient évident, et de fait ce n’est pas un grand
coup que le Californien décide de frapper, mais une suite ininterrompue
d’uppercuts au foie et de crochets bien sentis du gauche et du droit. Bref, cet
album est quintessentiel et marque l’arrivée d’une ère musicale nouvelle, comme
l’avait fait en son temps Dreamtime Return en 1988. Pour 10 ans, Steve a
de nouveau indiqué la route à suivre.
Mais m’objecteriez-vous que cet album, il ne l’a pas conçu tout
seul ? Effectivement, mais comme pour le Memories of Forgotten Gods ou le
Wells of Souls, parler de ses collaborateurs est un non-sens puisque
Steve les phagocyte tous spirituellement. En un sens, Jeffrey FAYMAN et Momodou
KAH aux djembés, ainsi que Robert FRIPP à la guitare, sont bien plus qu’en
osmose avec Steve ROACH. Ils sont digérés. Par ailleurs, même si les parties aux
djembés sont le fait de virtuoses, rythmiquement le titre le plus abouti, The
Year of the Horse, est le fait du maître seul (saupoudré d’un peu de guitare
frippienne).
FRIPP, cette ancienne montagne des 70’s, rencontre ROACH, mais
à l’écoute l’un a son futur devant lui, alors que l’autre a certes fait
l’histoire, mais ne semble pas avoir grand chose à dire (Steve étant lui-même
guitariste dans le même genre que Robert, on peut dire que la présence de ce
dernier est surtout spirituelle, la filiation quant à une recherche permanente
semble évidente). Fébrile et époustouflant, deux mots que vous pourrez
rendontrer dans les bacs new-age et ambient grâce à ce nouveau chef-d’œuvre du
genre, alors que l’industrie du disque voudrait absolument nous refourguer
l’intégrale des «musiques d’ennui».
Que les adeptes du Seigneur se rassurent, car malgré le titre
de l’album, il n’y a pas ici plus de référence au son et à l’univers transe (au
sens transe-techno) que de beurre en broche, comme auraient pu le faire craindre
les rajouts technoïdes dus à Vir UNIS dans les derniers albums. Au contraire,
c’est l’album le plus acoustique, le plus biologique de ROACH et la transe dont
il est question ici est la transe primitive, qui fait de cet album le
continuateur africain des classiques du maître (le fonds de commerce de Steve
était plutôt le chamanisme amérindien, meso-amérindien et aborigène).
Site Web : www.steveroach.com
Site du label :
www.projekt.com
Héry

Steve ROACH – Mystic Chords & Sacred Spaces (Projekt)
Steve ROACH est un grand
mystique à n’en pas douter. Dans une de ses interviews, il déclarait vouloir
pousser toutes ses expériences jusqu’à la limite, voire au-delà. En terme de
méditation, qu’il pratique, au même titre que les membres du groupe TUU, les
résultats qu’il a obtenus sont ceux d’un méditant de haut degré (il cite entre
autres, sans rentrer dans les détails, les épiphanies – comprenez les
événements à caractère surnaturel – dont il a été témoin).
Cet homme, qui vit dans le
désert de l’Arizona, a vu quelque chose. Quoi précisément, nous n’en saurons
sans doute jamais rien, tant le sceau du silence, malgré une approche simple et
facile, marque les personnages authentiques (il en va de même pour Jorge REYES
qui, tout en répondant par la positive à propos de ce genre d’expérience, a
éludé gentiment la question lors d’une interview qu’il donna à deux membres de
l’équipe de TRAVERSES après son concert parisien de 1999).
En tout cas, pour
l’auditeur, s’il est méditant, l’immense bénéfice de la musique de Steve ROACH
est de pouvoir se laisser porter sur les ailes du maître et aller aussi loin
que l’a amené sa méditation, ce qui représente une économie non négligeable
d’heures de pratique, et surtout permet d’atteindre avec aisance une qualité et
une profondeur de méditation sidérante. Pour la plupart des auditeurs non
engagés dans une discipline spirituelle concrète, cette musique, fatalement,
les emmène passivement au même point, et ce, quelles que soient les vues
métaphysiques professées.
Quant au plus grand nombre
qui écoute plus qu’il n’entend ce genre de musique, une barrière de sommeil
ferme de manière intégrale la zone d’exil (spirituelle et physique).
Musicalement parlant Mystic Chords n’annonce rien de nouveau dans la
discographie de ce géant, il se contente d’aller juste un peu plus loin. A ce
jour, l’album le plus spatial, et le plus ambient de Steve ROACH était Magnificient
Void. Mystic Chords se situe dans la même voie, mais le son est
globalement à la fois plus ample et plus subtil. Les mélodies sont absentes,
laissant la place à des structures plus ou moins habiles (hormis le magnifique Oracle,
que je considère comme un de ses titres les plus puissants, qui vous soulève à
la manière du final de Magnificient Void). Certains de mes amis le donne
comme étant à ce jour comme le meilleur album de Steve ROACH, un avis que je ne
partage pas : Palace of Nectar, après une intro prometteuse, se
perd dans les limbes, une tonalité claire heureusement est retrouvée avec le
surpuissant Horacle.
Within the Mystique et Presence sont dans leur
simplicité de façade et leur complexité sous-jacente des modèles du genre
roachien. Vortex Ring au caractère plus sombre est moins réussi.
Wren & Raven, qui mélange une gamme chromatique
et une gamme mineure sur fond d’oiseaux et de jungle, est le deuxième titre
phare qui se détache d’emblée avec Oracle du reste de l’album en
première écoute. The Otherworld, qui enchaîne après, conserve bien les
bruits d’oiseau mais repart dans les limbes. Wonderworld et sa tessiture
claire et lumineuse nous en fait sortir. Threshold voudrait rééditer en
2 minutes Oracle mais faillit à sa mission. Quant à Dream Body,
les sons très aigus style Bontempi passé par un pitch-shifter enlèvent le
caractère magistral de ce titre qui, sans cette stupéfiante erreur de goût,
aurait été l’un des meilleurs de l’album.
Les titres finaux à partir
de Slowly Dissolve sont les plus aventureux, à la fois complexes,
habiles, forgés dans des sons de nappes d’une amplitude et d’une subtilité
nouvelle mais n’accrochent jamais l’attention (sauf Slowly Dissolve et Wonb
of Night). Bref, au total, une moitié est superbe, l’autre est relativement
ennuyeuse, même si l’ensemble est toujours original.
Cependant, même si à
première vue cette chronique ne semble pas entièrement flatteuse, on peut dire
sans hésiter que Steve ROACH reste, et de très loin, le grand maître du synthé,
tant la complexité de sons et des structures dépasse de loin tout ce qui peut
s’entendre en matière de clavier. Dommage qu’il n’est pas arrivé à nous pondre
une œuvre sans faille comme le fut Magnificient Void aux sonorités
pourtant moins subtiles.
Sites Web : www.steveroach.com
www.projekt.com
Héry

Steve
ROACH, Byron METCALF et Mark SEELIG – Mantram (Projekt)
Pour
nos plus fidèles lecteurs, il m’avait échappé
qu’aucune chronique du dernier Steve ROACH, Fever Dreams,
n’était parue dans leur revue favorite. Et pour cause, car
même votre serviteur, pourtant grand apôtre du maître
de l’ethno-ambient, avait trouvé l’œuvre des moins
intéressantes (la présence de Patrick O’HEARN, que
j’aime bien par ailleurs, ne faisant qu’en accroître la
fadeur). Signe périlleux s’il en est, venant d’un artiste
n’ayant fait aucun album mauvais à ce jour.
Juste
avant ce malheureux Fever Dreams, les aficionados du
Californien visionnaire n’avaient pas manqué d’écouter
l’album de Byron METCALF et de Mark SEELIG produit par le
maître. Même si celui-ci n’est pas un chef-d’œuvre
(surtout dû au chant de Mark SEELIG et à sa flûte
parfois trop légère), Wachuma’s Waves
contenait des moments de grande puissance et surtout à ce
jour, jamais on n’avait pu entendre des percussions aussi bien
enregistrées. Au niveau de la définition du son des
percussions, un bond vient d’être fait et il y aura un avant
et un après Wachuma’s Waves.
Mantram
reprend les meilleurs éléments de Wachuma’s
Waves et en expurge les mauvais (Mark SEELIG n’y chante
qu’en chant harmonique, qui se confond avec les autres
fréquences du synthé et du didgeridoo, et sa flûte
a gagné en profondeur et en majesté). L’album,
sans faille, sans moment faible, n’est pas particulièrement
marqué par l’Inde (bien qu’on reconnaisse parfois du
tampura, joué par Stefin GORDON) ni par le Tibet malgré
le titre (Mantram ou parole, formule de puissance sacrée)
ou la pochette où l’on reconnaît le fameux «Om
mani padme hum» tibétain, ainsi que les lettres «Ma»
et «Dam» de l’alphabet tibétain. Cette
connection se retrouve évidemment à un niveau, non
pas formel, mais purement spirituel, certainement facilitée
par le peyotl (qui figure au centre du mandala de la pochette). En
effet, certains méditants, dans certaines pratiques (on
pense au thögal tibétain) font littéralement
apparaître des visions kaleïdoscopiques de plus en plus
complexes. Leur degré de complexité et de
coloration indiquant au pratiquant son degré d’avancement.
Nul doute que la voix du désert californien constitue plus
qu’une première approche des choses de l’esprit pour
un auditeur attentif.
On
peut dire que le trio SEELIG-METCALF-ROACH dégage autant de
grâce et de puissance que dix ans auparavant le trio
REYES-SAIZ-ROACH. C’est tout dire !
Site Web :
http://www.steveroach.com/
Héry
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