Stereokimono

 

 STEREOKIMONO – Ki
(Iridea Records / Sublime Label)

Qui a dit que le rock progressif italien devait être circonscrit dans les «pastoralités» labyrinthiques des prestigieux groupes de référence BANCO, PFM et LE ORME (et par voie de conséquence les GENESIS, YES et autres ELP) ? C’est assurément un autre chemin qu’a choisi de fouler STEREOKIMONO, dont Ki est le premier CD. Ce trio, constitué de Cristina ATZORI à la batterie, Antonio SAVERI aux guitares électrique, acoustique et MIDI et Alessadro VITTORIO à la basse (les deux derniers assurant aussi les claviers), existe cependant depuis 1989, et a privilégié depuis lors les sessions et les prestations live. Il a néanmoins signé plusieurs démos, et sa première apparition discographique est consignée dans une compilation-hommage au regretté Demetrio STRATOS, l’extraordinaire chanteur d’AREA, intitulée Demetrialmente et parue en 2001 (Mellow Records). Cela suffit à dévoiler la propension de STEREOKIMONO pour un progressif instrumental  plus pointu, voire avant-gardiste. L’érudit prog’ n’aura aucun mal à reconnaître chez le trio bolognais l’influence d’un KING CRIMSON (période Red) mariée à celle d’un PINK FLOYD (époque Wish You Were Here) ou d’un GONG (un certain Daevid A. est remercié dans le – luxueux – digipack). Cette association est déjà en soi singulière, mais l’inspiration du groupe ne se cantonne nullement à ces trois pôles. STEREOKIMONO a le don de faire cohabiter ciselures mélodiques aisément mémorisables (non mais qu’est-ce que je raconte, moi ?!) et expérimentations sonores délurées (le spectre du Moonchild crimsonien rôde assurément au début d’une pièce comme L’Altra Marea...). Son enveloppe résolument rock ne vise toutefois pas la surenchère métallique et le «speed» rythmique, mais bien davantage l’accès à des paysages oniriques via des brèches plus ou moins saugrenues.

Car au-delà de ses renvois très marqués à d’augustes références, la musique de STEREOKIMONO  parvient à se trouver une identité propre de par son audace désinvolte, humoristique et iconoclaste dans sa façon d’assortir tous ses ingrédients. Apoteotico semble être le fruit d’un croisement pervers entre le rock «sérieusement» intransigeant du «Roi cramoisi» et le folklorisme euphorisant du «Gentil Géant» ; les planances cosmiques du «Flamand rose» absorbent quelque mirage proche-oriental dans Phileas Fogg  (ça rapelle OZRIC TENTACLES, que nous saluons bien !) ; la même saveur du Grand Est, dans le bien-nommé Istanbul Di Giorno, ne s’exhale qu’après une séquence sortie d’une BO de film d’horreur ; Per Vederlo Devi Chiudere Gli Occhi est introduit par une récitation en allemand sur fond de rayures vinyliques et se retrouve bientôt traversé d’«espagnolades mélodiques» ; sans oublier le court mais grinçant Concerto n° 1 Per Pianoforte E Sgabello... Ajoutez à ce programme halluciné des interrogations aussi métaphysiques que «ça fait quoi de se sentir être un moustique, un hippopotame, le frère de Chopin, l’Océan indien, etc.», et vous comprendrez que STEREOKIMONO se plaît à jouer les histrions lettrés qui distribue les rêveries comme d’autres les cartes sans chercher pour autant à jouer «gros». Voilà donc une agréable friandise apparemment sans conséquence spéciale, si ce n’est qu’on risque de se retrouver coincé en plein rêve au moment où la sonnerie du réveil retentit... C’est l’effet «psycophonic oblique rock» (sic)!

Sites web : www.stereokimono.com -
www.sublimelabel.com

S.F.

 

STEREOKIMONO – Primosfera
(Immaginifica)

Partons, si vous le vou­lez bien, en Italie, à Bologue plus exacte­ment. C’est là qu’est né ce fabuleux trio en 1989, et leur premier CD, Ki, a déjà eu les honneurs de TRAVER­SES il y a quelque temps. Toujours mené par Cristina ATZORI (batterie), Antonio SEVERI (guitare, claviers...) et Alessandro VITTORIO (basse, claviers, didgeri­doo...), STEREOKIMONO nous livre son nouvel opus, Primosfera, produit par Frantz de CIOC­CIO, le chanteur-batteur de PFM.

Les trois musiciens apprécient l’impro. Ils ont cette volonté de briser le schéma typique du prog traditionnel (les sont et les structures des 70’s). Prendre des risques, se renouveler et surprendre l’auditeur sont les principes clés de cette forma­tion, qui se distingue du néo-prog pompeux et passéiste sévissant de nos jours. Même si les allusions au passé, l’héritage laissé par d’illustres ancêtres tels que GENESIS, YES ou KING CRIMSON ne sont pas oubliés, ils ont su créer avec habileté, intelligence et humour un style propre qui pioche aussi bien dans l’électronique, l’avant-garde que dans le jazz ou la musique eth­nique. Le son mystérieux du didgeridoo sur Rosso di Luna (Red by the Moon), les cloches tibétaines sur Xetrov 5, et la présence de quel­ques saveurs orientales (La Soffitta Volante) apportent un plus aux compositions révélant un rock progressif instrumental mélodique, énergi­que (Salamandra), parfois complexe, et aux allu­res crimsoniennes évidentes (Onda Beta, Bahnhofstrasse, L’Uomo Nuvola font aussi bien penser à des albums comme Red qu’à la période avec BELEW).

A noter l’ajout d’un titre bonus à la suite du der­nier morceau, qui s’appelle Hommage au Temps perdu : c’est un collage expérimental composé de nombreux samples, où nous reconnaissons, par exemple, un passage de Phaedra (TANGE­RINE DREAM) ou la voix de Peter GABRIEL (Supper’s Ready avec GENESIS, ou Not One of Us en solo) ; un final plutôt ambient qui montre l’intérêt du groupe pour les sons étranges (per­ceptibles aussi sur l’intro de Onda Beta), caracté­ristiques des groupes allemands planants des 70’s.

Du bon progressif instrumental aujourd’hui ; que demander de plus ? STEREOKIMONO reste fidèle à son optique : faire une musique née de la rencontre de multiples horizons sonores, et favo­rable au rêve, destinée à l’âme et aux oreilles. Nous entrons dans l’univers unique du «psycho­phonic oblique rock».

Site Web : http://www.stereokimono.com/

Cédrick Pesque

Tous les produits
Pop, V.F., Jazz...
DVD

Recherche par mots clés


Retour page d'accueil de Traverses / Back to main page
Retour
liste chroniques / Back to Reviews list