Conrad SCHNITZLER – Conditions of the Gas Giant
(Bureau B)
Voici peut-être une bonne entrée en matière dans l’œuvre prolifique de Conrad SCHNITZLER, à la fois pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce musicien allemand, fondateur de KLUSTER avec MOEBIUS et ROEDELIUS et ceux qui n’ont jamais osé franchir le pas avec ses travaux en solo qui peuvent s’avérer assez difficiles à l’écoute. Ce document était à l’origine paru en1988 sous la forme d’une cassette sur le label américain Bird O’ Pray (BC-045), spécialisé plutôt dans le garage et le punk. Le fait d’ imaginer ce document au milieu d’un tel catalogue est une chose assez drôle. Cette K7 devait être perçue comme un pur ovni.
Cet enregistrement était introuvable pendant de longues années. Mais depuis le mois d’août dernier, il est disponible pour la première fois via le label Bureau B sous différents formats (LP, CD…). Enregistré dans le studio de SCHNITZLER à Berlin, il contient deux parties intitulées (The Northern Hemisphere). Various Conditions of Moisture on Aldebaran 7 et (The Southern Hemisphere). Curious Convection Currents of the Gaz Giant, soit au total douze compositions que nous classerons aisément dans la catégorie « musique électronique expérimentale et contemporaine d’origine allemande ».
Ce sont principalement des pièces courtes, entre deux et cinq minutes, fortement imagées : le premier morceau, Condition I, plante immédiatement un décor particulier qui va s’aventurer vers des zones soniques singulières, tourbillonnantes ; ce disque est un mélange d’électronique et de musique contemporaine, de bidouillages sonores, de rythmes tribaux (Condition 5, Current 3), d’ambiances étranges et drôles à la fois, de mélodies robotiques et saccadées, de boucles venant d’une autre galaxie.
Avec SCHNITZLER, la science fiction n’est jamais très loin ; c’était un genre qu’il affectionnait beaucoup comme l’indiquent les notes du livret rédigées par un de ses amis, Matt HOWARTH, illustrateur connu dans le milieu des comics et qui aura aussi réalisé certaines de ses pochettes de disques.
À l’époque de ces enregistrements, le projet des deux artistes était de mettre en relation la musique de Conrad avec les nuages aux couleurs variées d’une planète géante gazeuse. Et bien, quel programme me direz-vous ! Mais surtout, ne vous attendez pas à voir de drôles de petits nuages en écoutant ce disque ou alors, si c’est le cas, consultez un « spécialiste en nuages » au plus vite.
Ces petites escapades électroniques sont tout simplement de parfaits soundscapes imprégnés d’un dynamisme surprenant (serait-ce la musique idéale pour une space party du futur ?) et d’une originalité hors du temps.
Tel un « chant des étoiles » halluciné, c’est une musique vraiment pas comme les autres que vous découvrirez ici (et vous ne trouverez pas de liens avec TD, KS ou n’importe quel autre exemple de musique dite planante). À dire vrai, c’est quelque chose d’unique ; elle pourrait parfois trouver quelques rares similitudes avec un album comme Spur of the Moment de Peter HAMMILL avec Guy EVANS… Mais là, vous l’aurez compris, c’est vraiment pour essayer de se faire une idée rapide de ce disque (et, avouons aussi, parce que nous n’avons pas trouver d’autres disques comparables).
C’est finalement du SCHNITZLER pur et dur, en totale connexion avec son vaste univers ! Il propose un album intriguant, restant tout de même assez mélodique si nous le comparons à d’autres disques inécoutables, y compris pour des fans inconditionnels (pour mémoire, l’album de 1987, Congratulacion, ressorti en 2014 sur le même label, ou d’autres disques encore plus obscurs et difficilement trouvables).
Il reste un parfait exemple d’un certain minimalisme moderne, coloré, abstrait et virevoltant.
Cédrick Pesqué
Label : www.bureau-b.com/