FORETASTE – Happy End !

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FORETASTE – Happy End !
(Boredom Product)

Ceux et celles qui me suivent régulièrement dans mes chroniques doivent savoir à quel point j’ai un plaisir tout particulier à écouter les albums de FORETASTE que je reçois, à les chroniquer et à les réécouter encore souvent ensuite. C’est d’ailleurs vrai pour l’ensemble de ce qui émane du label marseillais BOREDOMproduct, admirablement dirigé par Member U-0176, dont, je tiens à le souligner, aucun des albums ne m’a jamais déçu. Mais que dire de ce nouvel opus de FORETASTE qu’est Happy End !, hein ? Que du bon, évidemment ! Il faut dire que FORETASTE, duo parisien formé de Créature_XY et Créature_XX, de leurs vrais prénoms Pierre et Sylvie, possède cette rare capacité à être aussi touchant dans certains de leurs titres que vigoureux dans d’autres ; les aspects émotionnel et énergique se mélangeant aussi dans d’autres titres selon des alchimies variées.

C’est ce côté de profonde humanité qui nous frappe d’abord, portée par la voix chaude et tendre de Sylvie, juste avant que nous nous rendions compte du boulot incroyable de Pierre derrière ses synthés. Malgré leur habillage intensément électronique, les chansons de FORETASTE s’intéressent avant tout aux hommes, aux femmes, à leurs souffrances, à leurs pensées intimes, à leurs espoirs souvent déçus et leurs amours compliquées et finalement si tristes avec un penchant assumé pour la noirceur. Sylvie l’exprime ainsi : « Nos chansons traduisent les états d’esprit par lesquels peuvent passer les gens à différents moments de la journée et nous avons développé le côté le plus sombre, le côté nocturne. » Et Pierre d’ajouter : « Nous parlons aussi de choses très simples qui nous compliquent la vie : l’amour la haine, la mort, les sentiment humains… »

Alors, à quoi ressemble ce tout nouvel album ? Bien sûr, Happy End ! étonne d’emblée avec sa couverture de pochette affichant un couple serein regardant sans broncher, main dans la main, une flamboyante collision cosmique entre deux astres pas si lointains. D’entrée de jeu, le ton est donné : rester zen et joyeux alors que tout s’écroule partout et que la fin est proche. L’album est par ailleurs doté d’un premier titre, Welcome, faisant en quelque sorte figure d’intro, et d’un dernier titre, Happy End !, faisant lui aussi figure d’outro. Comme si tout commencement appelait en toute logique une fin, inexorablement. Ce nouvel album est donc un tout, même si on peut bien sûr considérer chaque titre pour lui-même.

Pour ce qui est du style, FORETASTE ne se refait pas, bien au contraire. La rythmique des quatre premiers titres est particulièrement influencée par KRAFTWERK, aussi tranchante qu’efficace, tandis que la voix belle et émouvante de Sylvie flotte comme en apesanteur sur le flot syncopé du beat électronique. Cependant Pierre montre dans Dead Star et Pure Madness qu’il sait parfaitement et juste par lui-même créer des rythmiques très complexes, et assez bluffantes en vérité.

Pour le reste, ça sent bon l’armada de sampleurs mise au service, souvent d’une manière très impressionnante, avec un art consommé et un talent fou, et d’un séquenceur-roi tout puissant. Je me dois encore de mentionner la belle prestation vocale de JB LACASSAGNE, alias DEKAD, preuve qu’au sein des musiciens de BOREDOMproduct, l’amitié n’est pas un vain mot.

Ma conclusion sera simple et sans appel, Happy End ! est une nouvelle réussite, superbe, profonde et dense, de FORETASTE. Les fans seront vraiment à la fête, et même les autres. Et maintenant, comme nous le murmure avec tant de douceur Sylvie : « It’s time to say goodbye… »

10 questions à FORETASTE

1) Pour ceux et celles qui ne vous connaissent pas encore, pourriez-vous vous présenter ?

XY : Alors la version simple :
Creature_XX, c’est la fille qui chante, la voix de FORETASTE ; Creature_XY, c’est le garçon qui fait tout le reste.

XX : Mais si on développe un peu, de mémoire notre rencontre date de 2003 dans un café parisien…

XY : Exactement, nous nous y étions donné rendez-vous tous les deux suite à une petite annonce que j’avais passée. À l’époque je cherchais un ou une chanteuse pour réaliser quelques titres. Nous avons commencé par un premier EP auto-produit, quelques concerts, et on s’est dit que nous avions assez de matière pour écrire notre premier album, Beautiful Creatures. Comme tous les groupes qui se lancent on a commencé à chercher un label et on a contacté BOREDOMproduct, car on aimait beaucoup leurs productions. Ils nous ont ouvert la porte en nous demandant de revoir certaines choses sur l’album. Depuis nous avons eu la chance de faire plusieurs concerts un peu partout en Europe et nous sortons notre cinquième album studio.

XX : Nous sommes « un groupe », sans stéréotype. Cela renvoie presque à un autre monde, dans lequel le son primait sur l’image.

2) Comment devient-on FORETASTE au départ ? On se nourrit de quels genres de musiques, de quels musiciens ? Et comment fait- on ensuite pour acquérir une vraie identité bâtie au-delà de ses modèles ?

XX : On est forcément influencés par l’environnement dans lequel on évolue. Mon père écoutait ABBA, mais aussi des chanteurs américains. J’ai ensuite découvert les PET SHOP BOYS grâce à ma sœur et finalement, ado, j’étais plus rock tendance new-wave. Le cheminement vers une identité propre est long et très évolutif. Ceci-dit, je pense que les « modèles » ne disparaissent jamais totalement.

XY : Pour ma part j’ai largement profité des goûts musicaux de mes parents qui m’ont eu alors qu’ils n’étaient qu’adolescents, ils étaient fans de BOWIE, de PINK FLOYD et de KRAFTWERK. Je ne pouvais que bien tourner ! J’écoute vraiment beaucoup de choses différentes qui peuvent m’inspirer et il y a notamment des B.O. de films qui tournent en boucle chez moi depuis des années. J’imagine que c’est ce qui a créé mon identité.

3) Comment décrieriez-vous votre parcours musical, personnel et finalement discographique jusqu’à Happy End ! ?

XY : Au collège j’avais un prof de musique qui avait remarqué que je savais reconnaître les notes, à l’oreille juste en les entendant une seule fois. Je lui ai dit que je voulais faire de la musique et il m’a conseillé de foncer et de ne pas perdre mon temps à apprendre le solfège pour rester libre. J’ai trouvé ça génial de sa part. J’ai ensuite intégré plusieurs groupes et, très tôt, j’ai réalisé que ma vraie passion c’était la production et pas forcément de jouer du synthé. Quand on a commencé l’aventure FORETASTE, je n’avais aucune idée de là où ça nous mènerait ; en revanche j’avais deux exigences : il fallait privilégier la qualité, quitte à mettre quatre ans pour faire disque, et il fallait que chaque album sonne de manière différente.

XX : Mon parcours est plus irréfléchi. Ça a été de se nourrir de rencontres pour comprendre finalement où aller. Dans notre parcours discographique, il ressort qu’on privilégie l’ambiance, le ressenti plutôt que toute forme de complaisance.

4) Tous vos albums tournent autour d’un thème, d’un concept, n’est-ce pas ? Autour de quelle idée tourne Happy End ! ? Et pourquoi ?

XY : Oui c’est exactement ça, à chaque fois que l’on se pose la question de composer un nouvel album, on se creuse les méninges pour explorer un sujet qui nous inspire. Happy End ! parle de la fin de tout, d’une relation, d’une histoire et bien sûr de la fin de notre civilisation. Nous avions déjà largement exploité le thème de la fin du monde lors de nos deux précédents albums, Love on Demand et Space Echoes, mais quand on aime on ne compte pas !

XX : Potentiellement, c’est peut-être aussi la fin de FORETASTE, personne ne le sait encore, nous non plus d’ailleurs… Le « début » et la « fin » sont des concepts qui ne sont finalement pas concrets. Ils nous rassurent face à l’infini. Pourtant, on ne sait toujours pas d’où on vient… Essayer de le définir est donc une supercherie… et quitte à envisager une fin, autant la concevoir festive !

5) Cet album a donc un début, Welcome, et une fin, Happy End ! Est-ce donc un album en quelque sorte scénarisé, ou s’agit-il encore d’autre chose ?

XY : Le morceau Happy End ! était en effet prévu pour clôturer l’album et c’est BOREDOMproduct qui a eu l’idée de placer Welcome au début. Ce qui est assez amusant c’est qu’au départ les démos de l’album étaient plutôt joyeuses, je me souviens même d’avoir alerté XX sur le sujet !

XX : Absolument ! Et je n’étais pas emballée par cette idée. Cela variait trop de nos précédents albums. J’étais vraiment effrayée de devoir chanter sur des morceaux joyeux. Finalement, en écoutant, j’ai réalisé que « joyeux » devait plutôt se traduire par « bienveillant » ou « protecteur ».

6) Pourriez-vous approfondir une ou deux chansons afin que nous puissions mieux comprendre ce que vous y avez mis personnellement et/ou musicalement dedans ?

XY : On va te vendre du rêve et de la joie de vivre tu vas voir : Lost for Seven Years raconte l’histoire d’une personne qui est partie pendant sept ans. Le concept du morceau c’est que l’on ne sait pas trop si cette personne était dans le coma ou en dépression pendant toutes ces années-là.

XX : Run parle d’une femme battue qui n’arrive pas à briser ses chaînes alors que tout le monde lui ordonne de fuir. Bref que des trucs tristes qui méritent vraiment un Happy End !

7) Au fond, quel est le socle « inspirationnel » constant et vital de FORETASTE, et ce qui en fait peut-être un groupe différent des autres ?

XX : Évoquer des situations de vie les plus inconfortables les unes que les autres demeure notre signature.

XY : Le fil rouge, c’est de mettre des émotions dans tous nos morceaux quitte à parfois exagérer. Le but c’est d’avoir un rendu presque cinématographique où chacun peut se faire son propre film en écoutant notre musique. Je ne sais pas si ça fait de nous un groupe différent des autres, mais en tous cas c’est ça la touche FORETASTE.

8) Bon, on ne va pas éluder ce sujet : Happy End ! parle de la fin… C’est angoissant, la fin ? Peut-être la vôtre ou celle du monde ? Ou juste un truc logique terminant ce qui fut autrefois un début ? Dites-nous. N’y a-t-il pas après toute fin un renouveau, une renaissance ?

XY : Oui qu’on le veuille ou non, tout a une fin. Il faut juste intégrer le concept de la fin quand on commence quelque chose. Mais je sais que nous ne sommes pas forcément d’accord sur ce sujet avec XX. Disons que je suis juste très curieux et que j’aimerais bien voir à quoi ressemblerait la fin du monde.

XX : Pour moi, c’est l’inverse ; la fin est angoissante, mais n’existe pas et on doit sans cesse déconstruire cette idée, à chaque instant, pour atteindre un certain détachement. Les visions différentes de chacun face à ce concept le rendent fascinant.

9) Parlez-nous maintenant de votre avenir. Déjà des projets dans le futur ?

XY : Pas facile en ce moment de se projeter, on aimerait évidemment, comme tout le monde, que les concerts reprennent pour que l’on puisse faire découvrir notre musique en live, et à titre personnel je travaille sur un deuxième album pour mon projet solo Creature_XY et la suite de THE OVERLOOKERS avec mon camarade de Dekad.

XX : Le contexte actuel m’empêche de trouver du temps mais, idéalement, j’aimerais m’investir davantage musicalement. Apprendre à jouer du theremin par exemple. Je trouve que c’est l’instrument le plus cool au monde !

10) Que voudriez-vous encore ajouter, préciser ou clamer en guise de conclusion ou de message final ?

XX : Nous espérons que l’album résonnera en ceux qui l’écouteront et nous avons hâte de le faire découvrir sur scène.

XY : Bon courage, gardez le moral, tout ça est bientôt fini !

Chronique et entretien réalisés par Frédéric Gerchambeau

Pages : https://www.facebook.com/foretastemusic

https://boredomproduct.bandcamp.com/album/happy-end

Label : https://www.boredomproduct.fr/

 

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