HUONG Thanh & Nguyên LÊ – Fragile Beauty

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HUONG Thanh & Nguyên LÊ – Fragile Beauty
(ACT Music)

Onze ans après nous avoir livré leurs premières « histoires du Viêtnam », la chanteuse HUONG Thanh et le guitariste-producteur Nguyên LÊ nous livrent déjà leur quatrième carnet de routes dans ce Viêtnam simultanément traditionnel et métissé, enraciné et fantasmé, qu’ils ont eu à cœur de nous faire partager. Leur travail a beau être aujourd’hui plus familier aux amateurs de world music intelligente et raffinée, les espaces sonores et vocaux qu’ils dispensent préservent toujours ce je ne sais quoi d’étrangeté « ufologique », peut-être parce que, justement, ils se situent en permanence sur cette fine et impalpable frontière entre la source traditionnelle et la projection mondialisante.

En conviant sur leurs albums de multiples artistes d’horizons différents, HUONG et LÊ ont fait du Viêtnam une Terre d’accueil musicale, et Fragile Beauty ne fait qu’en confirmer le caractère convivial et la fibre imaginative. L’album déroule avec élégance son lot d’arrangements aussi millimétrés qu’imprévisibles, décorant le répertoire vietnamien d’harmonies jazzy et de patterns rythmiques africains, les phrasés voluptueux de HUONG Thanh constituant l’assise terrestre (en même temps qu’ils dessinent une belle tranche de rêve), tandis que les idées fécondes de Nguyên LÊ traquent dans ces mélodies traditionnelles la moindre brèche susceptible de les ouvrir à d’autres possibles…

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Les participations du trompettiste Paolo FRESU, du pianiste Dominique BORKER, du contrebassiste Renaud GARCIA-FONS, du bassiste « fretless » Etienne MBAPPÉ sont désormais familières, pour ne pas dire attendues. Et bien sûr, la touche vietnamienne traditionnelle est encore assurée par Hao NHIÊN, avec ses indispensables cithare « dàn tranh », monocorde « dàn bau » et flûtes de bambou.

Bien que marchant sur les lignes raffinées déjà tracées par ses prédécesseurs, Fragile Beauty se projette aussi sur d’autres voies, et donne à entendre encore d’autres sons… Ly Chieu Chieu (Crépuscule au balcon de l’Ouest) étonne par son traitement électro, tandis qu’une audacieuse section basse/batterie (MBAPPE/ZIAD) anime Ly Cay Mon (Le Pont des Hirondelles).

Mais la grande nouveauté de ce disque est sans conteste la collaboration de la Japonaise Mieko MIYAZAKI, dont le koto s’impose et résonne dans plusieurs pièces, mais pas toujours comme on l’attend. Entendez par là que cet auguste instrument à cordes n’est pas tant mis à contribution pour accentuer l’horizon asiatique du contexte ou une quelconque « traditionalité » que pour confondre encore davantage les croisements entre les mondes, alors qu’il papillonne en compagnie de la guitare électrique de LÊ, des vents et des percussions, qui prolifèrent comme à l’accoutumée.

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Cela dit, si abondance de biens ne nuit pas, il faut aussi savoir se rationner pour ne point souffrir de trop d’embonpoint. Là où, le succès aidant, certains artistes en profiteraient pour – ou seraient poussés à – inviter à leur table encore plus de monde, HUONG Thanh et Nguyen LÊ ont opté ici pour la juste mesure, de manière à privilégier les dialogues de fond aux brouhahas de surface. Ainsi certaines pièces se distinguent par leur épure.

Sur Ly Chim Quyên (Fidélité) et Làu Ngung-Bich (Le Pavillon de l’azur cristallisé), HUONG Thanh ne voyage (et fait voyager) qu’en compagnie de la guitare de Nguyen LÊ et du koto de Mieko MIYAZAKI, comme trois complices portés par les mêmes frissons d’absolu. Ly Nam Canh (Les Cinq Veilles de la nuit) allège la pesanteur nocturne avec ses seuls gongs, carillons (Alex TRAN), trompette (Paolo FRESU) et guitare fretless (Nguyên LÊ) ; et dans Ho Mai Go Cong (Go Cong Blues), HUONG Thanh cultive l’oarystis vespéral avec le seul Renaud GARCIA-FONS.

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De chansons populaires en poésies romantiques et en chants de travail, Fragile Beauty se déploie entre suspensions et ondulations, à travers des paysages de forêts solitaires et profondes, de montagnes hautes et lointaines, d’eaux et de vents, que viennent parcourir des hirondelles conciliantes comme autant de traces de l’impermanence et de l’éphémère, ces séductrices marottes bouddhistes. Le message de HUONG Thanh et de Nguyên LÊ n’a jamais été aussi solide que lorsqu’il rend compte de la « fragilité » des beautés terrestres.

Stéphane Fougère
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°36 – novembre/décembre 2007)

Site : www.nguyen-le.com

Label : www.actmusic.com

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