La Disparition de Peter PRINCIPLE : Stranger than Fiction, Faster than Light

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La Disparition de Peter PRINCIPLE

Stranger than Fiction, Faster than Light

17.07.2017 : Facebook s’ouvre sur un post intrigant d’Isabelle CORBISIER, auteur de l’indispensable Music for Vagabonds: The TUXEDOMOON Chronicles. Il contient une photo de la basse de Peter PRINCIPLE avec ces mots : « This morning this guitar waited for Peter in vain… ». Je ne comprends pas immédiatement le sens de ce commentaire mais, juste au-dessous, un autre post signé cette fois Blaine L. REININGER m’éclaire sans détour : « It is my very sad duty to inform the world that our colleague and brother, Peter PRINCIPLE, has left this world behind. He died this morning, July 17, 2017, apparently of natural causes. He was 63. We are all stunned ».

En lisant ces mots, je pense instantanément aux membres de TUXEDOMOON, réunis depuis quelques jours à Bruxelles pour répéter leur tournée 2017 (celle du 40e anniversaire du groupe) et travailler sur de nouvelles compositions dans le cadre amical et toujours bienveillant des fidèles Ateliers Claus. Je pense également à la « galaxie TUXEDOMOON » : proches, amis, famille. Je pense enfin à Bruce GEDULDIG, autre membre historique, disparu le 7 mars 2016.

J’aime profondément TUXEDOMOON. Ce texte manquera donc d’objectivité ; vous voilà prévenu(e)s.

Bien sûr, comme l’écrivent rapidement et sans nuance les professionnels de la critique musicale, « Peter PRINCIPLE était le bassiste de TUXEDOMOON ». Affirmation juste, mais très réductrice. Peter DACHERT PRINCIPLE était avant tout un immense artiste et un musicien d’exception : bassiste, guitariste et multi-instrumentiste bien sûr, mais également compositeur, arrangeur, producteur (SPRUNG AUS DEN WOLKEN, ISOLATION WARD, CENTRAL UNIT, MINIMAL COMPACT, le sublime Rive Gauche de MARINE en 1982 sur l’éphémère sous-label Crépuscule Section Française…). Il semblait réserver son jeu de basse principalement à TUXEDOMOON, mais il n’est pas rare de le voir créditer en tant que guitariste, voire percussionniste, sur certains albums de Niki MONO, Benjamin LEW, Steven BROWN, Blaine L. REININGER, MINIMAL MAN, SOFT VERDICT ou COMPLOT BRONSWICK. Enfin, signalons les projets new-yorkais plus récents : ZERO GRAVITY THINKERS et PLAN 23 avec, entre autres, Dok GREGORY.

Peter était également un collectionneur de disques et l’archiviste rigoureux des travaux de TUXEDOMOON. Les compilations Pinheads on the Move (1987), Unearthed – Lost Cords + Found Films (2007) et Appendix (2015) auraient-elles le même visage sans les archives sonores qu’il constituait et conservait au fil du temps ?

Son jeu de basse, unique, a marqué et influencé beaucoup de musiciens. Pour moi, mais je sais que je suis loin d’être le seul, Peter PRINCIPLE était un bassiste de génie. Il m’arrivait parfois de le fixer durant les concerts. Je me concentrais sur la ligne de basse au point de me laisser happer par le son et hypnotiser par la rigueur rythmique, implacable. Et lui, discret, hiératique et impérial, fixait le fond de la salle sans que rien ni personne ne puisse venir le perturber ou le distraire.

Aimer TUXEDOMOON, c’est aussi aimer ses membres et leurs nombreux albums solos. Ceux de Peter PRINCIPLE (quatre sous son nom – voir discographie en fin d’article), plus expérimentaux que certains projets des autres membres du groupe, sont des petits bijoux d’orfèvrerie musicale et mériteraient à eux-seuls un article complet. La matière sonore est tout à la fois dense et délicate, foisonnante et subtile. Ce sont les disques d’un amoureux des sons et d’un artisan de la musique. Le travail de mixage, de montage, d’assemblage, de superposition, de juxtaposition et d’expérimentation est constamment palpable. Peter était un sculpteur et un paysagiste sonore.

Au sein de TUXEDOMOON, c’est une évidence, son travail aura été central et déterminant. Co-compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste, compagnon de route… Il suffit d’écouter 59 to 1, Jinx, Annuncialto, Desire ou The Waltz pour prendre la mesure de l’apport de Peter PRINCIPLE. Il avait rejoint le groupe à l’automne 1978 en entendant Steven BROWN et Blaine L. REININGER annoncer sur une radio locale qu’ils étaient à la recherche d’un bassiste. Sa première apparition discographique avec TUXEDOMOON sera le single Stranger – Love / No Hope sorti en 1979 sur Time Release Records. Sur ce disque, il ne signe pas encore « PRINCIPLE », mais Peter CARCINOGENIC, pseudonyme qu’il utilisait avec son précédent groupe. Il aura donc apposé sa marque durant 39 ans sur l’œuvre de TUXEDOMOON. Et avec une fidélité totale puisqu’il est constamment présent dans la discographie du groupe de 1979 à 2015 (dernier album en date Blue Velvet Revisited avec CULT WITH NO NAME sur Crammed Discs). Même constat pour les concerts, de 1978 à 2017, et cette ultime performance le 7 juillet à Lublin en Pologne, première date de la tournée européenne que le groupe entamait.

Mais alors quel avenir pour TUXEDOMOON sans Peter PRINCIPLE ? Il est beaucoup trop tôt pour le savoir et la réponse est en eux. Ce qui est sûr, c’est qu’en 40 ans d’existence, le groupe a toujours su se réinventer : le départ de Blaine L. REININGER et l’arrivée de Luc VAN LIESHOUT  (toujours via une annonce à la radio) en 1983, le départ de Winston TONG en 1985, le retour de Blaine L. REININGER en 1988, la disparition de Bruce GEDULDIG en 2016… Il faut désormais leur laisser du temps. Le groupe vient de perdre l’un de ses musiciens mais Blaine L. REININGER, Steven BROWN et Luc VAN LIESHOUT ont également, et surtout, perdu un ami et un frère. L’avenir de TUXEDOMOON reste donc à inventer, et nous pouvons leur faire confiance, in the name of talent.

Article : Philippe Perreaudin (PALO ALTO)
Photos : Stéphane Fougère
(concert TUXEDOMOON à La Cigale, à Paris, octobre 2007)

Merci à Isabelle Corbisier et à Blaine L. Reininger

 

Discographie Peter PRINCIPLE

Sedimental Journey, 1985 (Crammed Discs, Made To Measure Vol. 4)

Tone Poems, 1988 (Crammed Discs, Made To Measure Vol. 18)

Conjunction, 1990 (Les Temps Modernes, LTMCD 2306)

Idyllatry, 2005 (LTM, LTMCD 2441)

 

4 comments

  1. It has to do with love when there’s no hope

    Merci Philippe, je partagerai avec ma famille et mes amis. . .PP était aussi un DJ talentueux et moi maison manquera ses playlists.

  2. Pour ceux entre nous qui ne sont ni musiciens ni du tribu Tuxedomoon, pour qui Peter n’était qu’un ami, un proche connu pour la lueur espiègle dans ses yeux et la bonhomie dans sa voix tonitruante, c’est difficile de ressentir juste à quel point sa mort, pour nous une perte si personnelle, est aussi une perte artistique. Merci pour nous avoir offert si réfléchi un témoignage d’un frère ‘in artibus’. Tu nous as rendu un service.

  3. Merci à toi Philippe pour ce très beau texte, qui a été très apprécié de la « tribu » Tuxedomoon.
    Isabelle Corbisier

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