LE TRIO JOUBRAN – The Long March
(Cooking Vinyl)
La forte imbrication de la poésie de Mahmoud DARWISH avec la musique du TRIO JOUBRAN est ici portée à son apogée puisque c’est le texte même du poème de Mahmoud DARWISH Le projet palestinien qui fournit la trame et les titres des pièces qui composent l’album The Long March. Co-compositeur posthume au sein du trio (Mahmoud DARWISH est mort à Houston en 2008) sa voix lui survit grâce, aussi, à cet album bien que les enregistrements précédents du trio y aient tour à tour puisé leur inspiration ou réalisé de magnifiques écrins pour sa poésie..
Ci-dessous le texte de Mahmoud DARWISH et, entre parenthèses et guillemets, les titres en anglais composants l’album, et issus de son poème.
Le projet palestinien
Un long moment doit s’écouler (« time must go by »)
Avant que notre présent ne devienne histoire,
Tout comme nous.
Nous ferons face à la longue marche, (« the long march »)
Mais, d’abord, nous défendrons les arbres que nous portons, (« the trees we wear »)
Nous défendrons la cloche de la nuit,
et la lune suspendue au-dessus de nos huttes. (« the hanging moon »)
Nous défendrons le cerf bondissant
Et l’argile de nos pots (« clay »)
Et les plumes d’aigle dans les ailes de nos dernières chansons. (« our final songs »)
Mais bientôt tu érigeras ton monde sur nos restes :
Tu vas paver les lieux sacrés
Pour ouvrir une route vers la lune satellite ;
C’est l’âge de l’industrie, (« the age of industry »)
L’âge du charbon fossile pour alimenter ta soif de bon vin.
Il y a les morts et les colonies,
Les morts et les bulldozers,
Les morts et les hôpitaux,
Il y a des écrans radar pour capturer les morts
Qui meurent plus d’une fois dans cette vie, (« more than once »)
Pour capturer les morts qui marchent après la mort,
Les morts qui élèvent la bête de la civilisation,
Les morts qui meurent pour porter la terre. (« carry the earth »)
Après la disparition des reliques,
Où, ô maître blanc, emmènes-tu mon peuple… et le tien ?
Le trio, composé de Samir, Wissam et Adnan, est accompagné par le percussionniste régulier du trio, Youssef HBEISCH et de Habib MEFTAH aux percussions, mais aussi de musiciens issus d’horizons moins habituels du trio puisqu’on y croise, Roger WATERS de PINK FLOYD au chant ainsi que Jess WOLFE et Holly LAESSIG. Les synthétiseurs sont tenus par Mocky et Vincent TAURELLE, lequel officie également comme pianiste. Safwan KENANI est au violon tandis que Sylvain BAROU intervient à la flûte et au duduk. Lucas HENRI, Adnan JOUBRAN et Karem NATAR ont collaboré aux arrangements de cordes joués par l’Orchestre Symphonique de Macédoine.
En ne renonçant à rien de leurs couleurs particulières, LE TRIO JOUBRAN élargit cependant ici considérablement sa palette sonore avec cet album au sein duquel son style tient toujours la place centrale certes,mais se dote, en outre, d’une dimension spatiale et poétique accrue, sensible et poignante, virtuose mais toute en retenue dont les albums précédents du trio étaient, déjà, annonciateurs.
Le trio déploie ici une aspiration à l’universalité en gardant pour référence leurs racines tellement ancrées dans leur culture et leur terre. Ancré certes, mais tourné vers un épanouissement qui dépasse son strict cadre culturel, le trio se fait l’écho, par ses choix thématiques, de l’universalité des luttes des peuples natifs qui revendiquent pour eux-mêmes et leur terre le respect et la dignité. A ce titre, on pourrait penser que le poème de Mahmoud DARWISH n’est pas si éloigné des discours tenus par SITTING BULL ou CRAZY HORSE devant les anglo-américains qui n’ont respecté aucun traité et ont massacré les leurs pour spolier les peuples « natifs » de leur terre sacrée.
Philippe Perrichon
Site : https://letriojoubran.com/fr/