VIET VO DA HOUSE – Song Saigon
(Autoproduction)
Parallèlement à un développement industriel complètement azymuté, le Viet Nam connaît aussi une ouverture culturelle multi-directionnelle. Les centres névralgiques de cette agitation (Hanoï, Saigon…) voient naître des projets musicaux dans tous les styles ou presque. Musiques actuelles et musiques traditionnelles s’y côtoient avec une indifférence polie, mais parfois aussi elles se rencontrent, quitte à ce que ses rencontres soient poussées par des éléments quelque peu extérieurs. VIET VO DA HOUSE est une de ces formations un poil hybrides, pas totalement vietnamienne parce que dirigée par deux musiciens français, mais qui vivent quand même au Viet Nam et se passionnent pour sa culture protéiforme.
VIET VO DA HOUSE n’est donc pas au départ une entité à couleur « purement » locale, à moins de considérer que les guitares électriques et acoustiques et que les ordinateurs et leurs logiciels de traitements du son font partie de l’actuelle culture populaire vietnamienne, à défaut d’être attachés à sa culture traditionnelle. Celle-ci était cependant présente dans la proposition musicale électro-jazz-folk-rock de VIET VO DA HOUSE par le biais d’échantillons sonores, le temps pour Christian BOUAZIZ et Patrick GENUITE de rencontrer de vrais musiciens traditionnels locaux, ce qui s’est fait deux ans après l’acte de naissance du groupe (en 2002). Devenue plus vivante après avoir intégré cette dimension plus acoustique, la musique de VIET VO DA HOUSE s’est incarnée sur un premier album (Ve Nha, en 2006) qui n’a guère eu le temps de se matérialiser physiquement, mais qui est disponible digitalement.
Malgré des mouvements constants de personnel côté vietnamien, le groupe a assuré son existence par quelques concerts marquants ici et là (Saigon, Hue, Oslo, cherchez l’intrus…) mais n’avait plus donné signe de vie discographique depuis une dizaine d’années. Et, à la faveur d’une campagne de financement participatif réussie, VIET VO DA HOUSE a finalement sorti fin 2016 son second album, lui aussi disponible digitalement, mais qui existe aussi en support physique. Même si ce n’est plus la tendance, on aurait tort de se priver d’un tel objet, qui prend la forme d’un digipack classieux jouissant d’une pochette poétique à souhait, affichant clairement son orientation asiatique extrême-orientale. Pour un peu, on croirait affaire à un disque de musique traditionnelle. Et l’écoute de certains morceaux pourrait même confirmer cette impression. Mais en réalité, Song Saigon cherche surtout à illustrer la formidable myriade d’influences qui anime l’environnement culturel saïgonais, et dont le groupe se nourrit.
C’est à une collision culturelle peu commune qu’invite Song Saigon. Des thèmes traditionnels des régions Nord, Centre et Sud y sont revisités et alternent avec des compositions originales de Christian BOUAZIZ et Patrick GENUITE. Les guitares du premier et les programmations du second forment une matière première à consonance urbaine sur laquelle viennent se poser les flûtes pastorales de TRAN Khânh Tuong et Dinh Hà Phuong, le luth monocorde (dàn bâu) antique de DUONG Thai Bâo Hân, et les voix typées de NGUYEN Thi Thuy Linh et DOUNG Thuy Vân. L’album ballade l’auditeur entre pièces à orientation jazz secouées de grooves électro-house et séquences rêveuses et feutrées où la composante électro se fait plus ambient, épurée et spatiale ; langueur et frénésie au coude à coude…
Et surtout, Song Saigon témoigne de toute la dimension humaine à l’œuvre derrière le travail de composition par le biais des rencontres artistiques qui ont émaillé le parcours de VIET VO DA HOUSE. Le producteur et arrangeur de house français CATALAN FC (qui avait déjà produit le premier album) a ainsi mis son suave grain de sel dans La Marche et a radicalement remixé My Nhi.
La jeune prodige folk LÊ Cat Trong Ly et le bassiste Gene PEREZ (Louie VEGA & ELEMENTS OF LIFE) ont laissé leurs belles empreintes sur CDEVT (Ca dao em va toi), tandis que Ray LEMA a assuré la subtile programmation de batterie électronique et de synthétiseur sur la version « elektro » de Rainy Season Ballad, dont une version plus acoustique est également présentée. Enfin, le guitariste de renommée internationale NGUYEN Lê a posé ses notes de braise sur Ru Em. C’est une remarquable consécration, puisque son séminal album Tales of Viet Nam avait ni plus ni moins provoqué l’étincelle de la création de VIET VO DA HOUSE…
Tant pis si l’expression world music en est passée par tous les stades de galvaudage, car la musique à la fois plurielle et enracinée, résolument fusionnelle, de VIET VO DA HOUSE mérite ce qualificatif et lui offre même de nouvelles lettres de noblesse en se plaçant sur un terrain assurément mal connu (qui aurait pu penser, vu de loin, que du Viet Nam naîtrait pareil projet musical ?). Il serait en tout cas hautement souhaitable qu’un diffuseur permette à cet opus de montrer son visage physique tant sur la toile que dans les bacs des disquaires encore vivants. (si possible avant dix ans… ), et que des programmateurs fassent jouer VIET VO DA HOUSE au grand complet sur les scènes françaises…
Stéphane Fougère
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