DEUTSCH AMERIKANISCHE FREUNDSCHAFT – Nur Noch Einer

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DEUTSCH AMERIKANISCHE FREUNDSCHAFT – Nur Noch Einer
(Grönland Records)

Toute histoire se finit dans les larmes. Et le dernier album de DAF en est l’exemple le plus vibrant. Nuch Nor Einer marque la fin d’une belle histoire, d’une collaboration intense et tourmentée entre le musicien Robert GÖRL et le chanteur Gabi DELGADO, décédé en mars 2020 d’une crise cardiaque. Cet  album marquait enfin leur retour après plusieurs années de silence discographique. Hélas, nous n’entendrons plus ce duo original et provocateur né en 1978 à Düsseldorf, figure marquante de la nouvelle vague allemande, de l’électro-punk, du mouvement EBM et d’une certaine pop motorik, ayant travaillé au cours des années 1980 avec le célèbre Conny PLANK (les albums Alles is Gut, Gold und Liebe, Für Immer).

DAF se caractérise par une alliance efficace entre la voix, les textes parfois provocants de DELGADO (souvenez-vous de Der Mussolini), la batterie et les séquences électroniques répétitives concoctées par GORL. Leur univers est à la fois rageur, drôle, émouvant et romantique, mais aussi très dansant et fortement sensuel.

Le son robotique des machines, le chant en allemand parfois en espagnol (DELGADO étant originaire de Cordoue, en Espagne), pourraient sans doute effrayer. Mais, DAF est synonyme de minimalisme et de beauté, d’amour et de dérision, mais également de lutte et de résistance face aux grandes puissances dîtes hégémoniques (il y a chez eux un très fort sentiment anti-impérialiste). Les chansons sont percutantes et flamboyantes, obscures et mystérieuses, soutenues par des musiques martiales, robotiques et motorik, mais elles savent aussi empruntées des chemins plus doux et apaisés voire parfois plus mélancoliques. Ils ont sorti de magnifiques albums, se sont malencontreusement perdus au milieu des années 1980 (l’album 1st Step to Heaven en 1986 est un désastre absolu de nullités !) et reviennent aujourd’hui avec un disque qui sonne comme le DAF que nous apprécions.  

En fait, il plane ici ce sentiment que leur l’histoire continue  tout bonnement après leur superbe album de 2003 (Fünfzehn Neue DAF Lieder), comme s’il n’y avait jamais eu d’arrêt dans le temps dans leur discographie. Nur noch Einer n’apporte rien de nouveau ; c’est du pur DAF, un retour en arrière affirmé et assumé ; mais, c’est tellement beau que nous pouvons le considérer déjà comme un classique à placer à côté des autres disques précédemment cités. Nous retrouvons leur style propre qui a tant marqué les trois albums parus entre 1980 et 1982, avec leurs sonorités particulières incluant uniquement batterie et sons électroniques. 

Avec DAF, point de guitares, s.v.p. ! Rappelons que DAF n’est pas une histoire de machines  faisant de la soupe électronique. Il y a réellement une grande richesse sonore dans cette musique minimaliste et répétitive. Et encore aujourd’hui, avec Nur Noch Einer, leurs chansons mettent en avant cette diversité dans les ambiances proposées. Nous avons des chansons rythmées, hypnotiques (Im Schatten, Kunstshoff), des hymnes sauvages, EBM (Gedanken Lesen, Wir sind Wild) et technoïdes (Loslassen). 

Une chanson comme Das Pur Pur Rot privilégie un rythme lent, sensuel et sexy, alors que les titres Du Bist so Zart et Ein Kind au dem Rattinger Hof délivrent des mélodies plus naïves, subtilement imprégnées d’un doux parfum d’insouciance, qui auraient sans doute convenu au groupe anglais DEPECHE MODE à ses débuts. Loslassen est très accrocheur et ultra-dansant avec ce rythme technoïde latino, bien plus entraînant que son successeur Neue Welt, assez quelconque, qui n’arrive pas vraiment à décoller et qui finit par tourner dans le vide. Kein Ausweg est lourd de menaces, telle une machine de guerre rampante. De même, Holland Road (avec ces sons au tout début rappelant étrangement The Robots de KRAFTWERK) et le titre éponyme qui clôt l’album, montrent le côté répétitif, inquiétant et sombre de DAF. 

Et enfin, ne terminons pas cette chronique sans dire un mot sur cette merveille intitulée Das Geschenk, que nous pouvons considérer comme l’ultime grande chanson du duo. Tout est magique dans ce titre : la voix de DELGADO est émouvante et la musique de GÖRL exprime toute la beauté de leur monde sonore.  Avec Das Geschenk, se dévoile le romantisme des machines et les larmes du chagrin. 

C’était tout simplement cela DAF : une vision artistique réduite à son minimum (comme SUICIDE), radicale et ayant atteint un sacré niveau de perfections électroniques. DAF für immer !

Cédrick Pesqué

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