HAWKWIND – HAWKWIND 50 Live

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HAWKWIND – HAWKWIND 50 Live
(Cherry Red Records)

Viva HAWKWIND qui a fêté ses 50 ans d’existence ! Avouons qu’une telle longévité est remarquable ! Se sont écoulées ainsi cinq décennies dévouées au space-rock avec toujours l’infatigable et le très productif Dave BROCK, l’un des derniers grands héros de la musique, qui montra à Eric CLAPTON comment jouer de la guitare lorsqu’ils étaient gamins (pour plus de précisions, voir le livret sur la réédition de l’album de BROCK, Earthed to the Ground).

Après All Aboard the Skylark (la version double CD incluait aussi Acoustic Daze, 2019, Cherry Red Records), voici un double live qui permet de garder une trace sur disque de cette tournée qui s’est limitée comme d’habitude au Royaume-Uni (elle a débuté à la fin de l’année 2019, à Brighton pour finir au Royal Albert Hall de Londres). Nous constatons hélas avec un certain regret que le groupe ne passe toujours pas chez nous.

HAWKWIND est  ici constitué de trois piliers : Dave BROCK, Richard CHADWICK et le légendaire Tim BLAKE. S’ajoutent à ce trio cosmique Magnus Martin (chant, guitare, claviers) et Niall HONE (basse, synthé). En guest, le guitariste Phil CAMPBELL (MOTORHEAD, THE BASTARD SON) est venu apporter son soutien à ce quintet de l’espace sur quelques morceaux de bravoure  tels que The Watcher et Silver Machine.

C’est un live jubilatoire où la musique space et hard rock de HAWKWIND se déverse, telle une lave incandescente dans nos veines. Le son est vraiment pachydermique, un peu trop même, donnant l’impression que les instruments sont noyés parmi cet imposant amas sonore (la basse a parfois du mal à se distinguer). HAWKWIND déclenche un tsunami cosmique à coup de guitares électriques, de sonorités électroniques et de thérémine.

La setlist est un mélange de titres anciens, avec surtout les grands classiques de leur répertoire, et de quelques extraits de All Aboard the Skylark. De tels concerts pour un événement aussi mémorable posent cependant un problème épineux. Avec autant de disques au compteur,  il est logique que certains albums soient passés à la trappe et que des titres soient malheureusement écartés. Par exemple, pour les années 1970, il n’y a pas de titres provenant des albums Hall of the Mountain Grill (1974), Astounding Sounds Amazing Music (1976) ou P.X.R. 5 (1979). C’est plutôt dommage. De 1977 et l’album Quark, Strangeness and Charm (avec Robert CALVERT), nous avons tout de même le plaisir d’entendre Spirit of the Age, leur hymne au refrain inoubliable dans une version toujours dynamique.

Nous trouvons aussi sur le CD 2 des traces de Warrior on the Edge of Time (1975) avec Assault and Battery et Golden Void. De par leurs atmosphères plus épiques et progressives (claviers plus prononcés), nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que ces deux morceaux sont ici mal placés. En effet, cernés par Silver Machine et The Right to Decide, deux pièces au contraire très énergiques, ils brisent une certaine dynamique électrique et métallique. Il aurait donc été préférable de les placer autre part : sans doute en ouverture du concert ou alors au début du CD 2, juste après une chanson plus calme comme The Fantasy of Faldum. Cela aurait été plus judicieux afin de laisser le champ libre à un rock radical dès The Watcher et jusqu’à Master of the Universe.

Nous constatons que les années 1980 sont passées allègrement sous silence. Il n’y a pas de traces des albums Sonic Attack, Choose your Masques, Church of Hawkwind,  ou The Xenon Codex. Seul, le titre Motorway City, avec ces petites boucles électroniques tourbillonnantes, nous renvoie aux années 1979-1980 (Live Seventy Nine et le superbe Levitation).

En fait, la setlist propose plutôt des titres de la première époque représentée par le premier album Hawkwind (1970), In Search of Space (1971),  Doremi Fasol Latido (1972) sans oublier la chanson Silver Machine et Born to Go (voir Space Ritual et aussi la face B, présentée sous une version live, du 45t. Lord of Light en 1973). Toutes ces versions sont excellentes et montrent un groupe puissant, très rock qui atteint son apogée électrique avec le dévastateur Master of the Universe.

Les années 1990 sont également écartées avec la présence d’un seul titre : The Right to Decide est un extrait de Electric Tepee datant de 1992. C’est un disque excellent, quelque peu oublié et c’est une chanson représentative du son HAWKWIND (très rock avec une belle mélodie), qui a fait l’objet d’une nouvelle version plus longue sur Onward (2012). Il y a juste un petit problème.

Comme vous pourrez le constater, sur le disque original, cette chanson a été écrite par Dave BROCK et Alan DAVEY. Par contre, sur ce live (et aussi sur Onward après vérification), il n’y a que le nom de BROCK. Pourtant,  il s’agit bien de la même chanson ; nous reconnaissons la musique, la mélodie, le refrain et le texte. C’est assez incompréhensible, et la question qui se pose est la suivante : est-ce un oubli ou bien le nom de DAVEY a été volontairement enlevé pour ne pas reconnaître sa participation dans la composition de ce titre ? Sachez hélas que ce n’est pas un oubli de la part de BROCK. C’est bien triste d’apprendre cela.

Nous remarquons également que toute la période avec DAVEY n’est pas du tout représentée. Et pourtant, il est resté dans le groupe pendant de nombreuses années. Nous retrouvons son nom jusqu’à ce « dual disc » Take Me To Your Future en 2006. Pour le live Knights of Space (un live à l’Astoria de Londres en 2007 et sorti en 2008), il a été remplacé par Mr DIBS à la basse et au chant. Et depuis son départ de HAWKWIND, il faut bien admettre que ce n’est plus vraiment pareil. Son absence dans le groupe se fait lourdement ressentir, mais heureusement, il s’est lancé dans d’autres projets (HAWKESTREL réunissant des anciens membres de HAWKWIND et des invités comme William SHATNER). En guise d’info, Alan DAVEY et Paul RUDOLF travaillent actuellement sur un nouvel album des PINK FAIRIES.

De All Aboard the Skylark, le groupe joue cinq titres bien représentatifs de l’évolution de leur son qui n’a plus grand-chose à voir avec la folie chaotique de Space Ritual et de ces années avec Nik TURNER et Lemmy.

Avec HAWKWIND, il n’ y a plus de véritables surprises. Les albums s’enchaînent et se ressemblent tout en restant d’assez bonnes qualités. Ces nouvelles compositions sont certes écoutables et prennent même une nouvelle dimension grâce à la scène. Il y a de belles atmosphères prodiguées par le savoir-faire de Tim BLAKE et les guitares rageuses de BROCK et de Magnus MARTIN sur une section rythmique infaillible.

Flesh Fondue est le meilleur exemple. Cette pépite space-rock, signée BROCK, montre toute l’intensité sonore du groupe. À titre de comparaison, les deux chansons de Magnus MARTIN sont beaucoup moins tapageuses et restent des ballades au rock simple et mélodique avec quand même quelques beaux passages instrumentaux ou des changements radicaux d’ambiances (Last Man on Earth, The Fantasy of Faldum).

Il y a aussi ce trop court instrumental, In the Beginning, qui dévoile l’autre facette du groupe, qui est plus axée sur l’électronique, une musique de voyage, de rêve, de mélancolie féérique, rappelant d’anciennes pièces comme Wastelands of Sleep, Blue Shift et tant d’autres.

Même si dans leur discographie, il y a eu, par le passé, des live bien plus marquants, Hawkwind 50 fait plaisir à entendre. Les titres ne manquent pas de punch et montrent un groupe fidèle dans sa démarche et qui n’en a pas fini avec le space-rock ; pour les non connaisseurs, ce témoignage pourrait être une assez belle entrée en matière dans l’œuvre gigantesque de cette entité anglaise multiforme (elle a réunit en son sein une multitude de musiciens), qui sillonne les confins de l’espace sonore depuis un demi-siècle.

Sachez pour finir que leur tout nouveau disque studio enregistré pendant le confinement vient de sortir en septembre dernier. Il s’appelle Somnia et c’est un mélange de titres chantés aux ambiances variées (du rock au dub) et de pièces instrumentales atmosphériques, planantes et exotiques. Le trio BROCK – CHADWICK – MARTIN a délaissé les aliens et la science fiction pour s’intéresser ici au monde mystérieux du sommeil. Au final, c’est un album assez prévisible, un peu long et parfois inégal, avec un enchaînement de treize titres, entre compos travaillées et jams improvisés.

Cédrick Pesqué

Site : Hawkwind Mission Control     

Label : Cherry Red Records

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