MOSCOW ART TRIO – Music

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MOSCOW ART TRIO – Music
(JARO Medien GmbH)

Encore trop méconnu en France, le pianiste ukrainien Mikhail (ou Misha) ALPERIN peut se vanter d’avoir, avec une effronterie tranquille, procédé à des combinaisons musicales qui se moquent éperdument des barrages stylistiques. Il a ainsi donné naissance, en 1980, au premier  quartet de jazz moldave, et sa rencontre, plus tard, avec le corniste Arkady SHILKLOPER, membre de l’Orchestre philharmonique de Moscou, a engendré un opus remarqué sur le label indépendant ECM, Waves of Sorrow (1989). (ALPERIN a depuis récidivé sur le même label en 1997 avec North Story, et en 1999 avec First Impression, en compagnie de John SURMAN.)

En 1992, avec Folk Dreams, le duo se transforma en trio, suite à l’intégration du chanteur et clarinettiste russe Sergey STAROSTIN, dont l’intérêt pour les folklores nordiques lui valut d’enregistrer avec la chanteuse sami (lapone) Mari BOINE, qu’on ne présente plus. Le désormais dénommé MOSCOW ART TRIO fit alors sensation avec son album Prayer (1994) paru en France chez Silex : dans cet opus, en effet, le trio, dans sa perspective de mixité des domaines jazz, folk et contemporain, se fit accompagner par un ensemble vocal russe et un groupe folk de la république de Touva, avec ses chants de gorge transcendentaux. L’expérience fut bientôt poursuivie avec le groupe touvain HUUN-HUUR-TU et le chœur bulgare ANGELITE, pour deux albums audacieux et incantatoires, Fly Fly my Sadness et Mountain Tale.

Avec ce nouvel album au titre paresseux, Music, le MOSCOW ART TRIO a incontestablement mis un frein à sa folie des grandeurs orchestrales et vocales, puisqu’il officie cette fois en toute intimité, mais n’a pas pour autant réfréné ses envies de concilier folklore et modernité, avec le tact et l’intelligence nécessaires à cet exercice. Dans une atmosphère très « musique de chambre », ALPERIN au piano, mélodica et claviola, SHILKLOPER au cor anglais et cor harmonique et STAROSTIN au chant, clarinettes et instruments à anche du pays esquissent des reliefs impressionnistes portés par des mouvements amples. Le trio s’est de plus adjoint les services d’un percussionniste norvégien, Hans-Kristian KJOS SØRENSEN, lui aussi habitué à concilier jazz, classique et rock.

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Ses interventions, sporadiques, donnent plus d’assise terrestre à la musique du MOSCOW ART TRIO, sans jamais l’enfermer dans un moule strict et figé. Si la plupart des compositions sont profondément imprégnées de chansons folkloriques russes, ALPERIN a tenu également à témoigner de son attachement pour la musique norvégienne à travers deux morceaux, Den endelause et Jeg er norsk i dag, dont le climat, empreint de quiétude et de retenue, contraste avec le caractère dissipé et tortueux de Wild Village Dance et Almost Unisons.

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D’aucun trouvera peut-être solennel le style du MOSCOW ART TRIO, mais il privilégie cependant la nuance et la délicatesse, et sait aussi se faire mutin à l’occasion. Nul doute qu’il décontenancera les oreilles formées aux repères trop évidents.

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°4 – avril 1999)

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