Senem DIYICI QUARTET – Live !

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Senem DIYICI QUARTET – Live !
(Buda Musique)

Retracer le parcours musical de la chanteuse turque Senem DIYICI dans les limites d’une si modeste chronique serait une gageure. Retracer celui de son quartet le serait presque autant, mais la publication de cet album enregistré live est l’occasion de faire au moins un arrêt sur image, ou plutôt un arrêt sur le son, et en signaler toute la pertinence. Car autant le dire, cette musique-là est rare et, contrairement à d’autres, n’appartient qu’à son auteur. Sa personnalité est trop forte pour être confondue avec d’autres ou même pour être étouffée par une stigmatisation mercantile.

Oh ! Certes, on pourrait la situer quelque part entre le jazz et la world, imprégnée qu’elle est de modes turcs, de couleurs rythmiques orientales, d’harmonies occidentales, de propensions non dissimulées pour l’improvisation et d’une présence vocale proprement inouïe. Mais cette musique ne relève en rien d’un concept. Elle est l’émanation d’un regard sur les cultures mises en présence, regard nourri des expériences pour le moins éclectiques de chacun des membres du groupe, et à fortiori de son noyau dur incarné par le couple Senem DIYICI et Alain BLESING.

À lui seul, il incarne une parfaite fusion, mûrement réfléchie et profondément ressentie, des cultures moyen-orientales et occidentales. Il suffit de rappeler que leur histoire commune remonte à 1982, soit à l’époque où Senem s’est installée en France, après avoir sillonné la Turquie profonde (elle est originaire d’ Istanbul) pour s’approprier les cultures turques (kurde, arménienne…) et s’être fait un nom en tant que chanteuse traditionnelle experte dans les répertoires classique et populaire de musique ottomane, d’abord en Turquie puis en Allemagne.

Bardé d’un bagage musical déjà fort riche, entre rock progressif et jazz, le guitariste Alain BLESING encourage Senem DIYICI à frotter son héritage traditionnel aux possibilités infinies de la musique improvisée. Que ce soit en duo, en sextet ou en quartet, Senem DIYICI et Alain BLESING n’ont eu de cesse d’explorer les mille voies que la conjugaison de leurs savoirs leur ouvrait.

Créé en 1992, le Senem DIYICI QUARTET a déjà quatre albums à son actif et, surtout, un socle de complicité à la fois humaine et musicale qui n’a cessé de se consolider. À la voix cristalline, ondoyante et féline de Senem DIYICI, capable de scruter l’émotion la plus diaphane dans ses émouvantes mélopées, aux accords défricheurs des guitare électrique et acoustique et à la cura (instrument à cordes turc) d’Alain BLESING, Philippe BOTTA ajoute les sinueuses lignes éventées – finement serties auprès de plusieurs grands noms du jazz contemporain – de ses saxophones ténor et soprano et de ses flûtes.

Depuis les débuts du quartet, c’était l’Indien Ravy MAGNIFIQUE qui tenait les percussions ; il a cédé depuis quelque temps sa place à François VERLY, dont les interventions conjuguées à la batterie, aux tablas et aux bendirs renvoient les parfums nuancés des rythmiques orientales.

On peut s’étonner que le groupe ait attendu si longtemps pour enregistrer un disque dans les conditions du live, qui est pourtant le contexte privilégié de l’idiome jazz et des musiques traditionnelles orientales. Sans doute est-ce le temps qu’il a fallu au quartet pour s’assurer qu’il pouvait proposer une nouvelle galette numérique qui serait bien plus qu’un témoignage anecdotique et redondant.

À travers ce Live !, le Senem DIYICI QUARTET élargit encore les horizons de son répertoire et l’on peut goûter avec délectation le degré de raffinement, pourtant déjà haut placé à la base, atteint par des pièces d’anthologie comme Trabizon, Yemen Türküsu, A la Pinar ou le traditionnel Karanfil.

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Enfin, la présence de pièces inédites (dont une en bonus caché) renforce l’intérêt de ce disque, d’autant qu’elles élargissent le panorama sonore du quartet.

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Entre supplique intense, mélancolie éthérée, danse contemplative et fantaisie turbulente, la musique du Senem DIYICI QUARTET reconduit ses frissons par la pratique de l’improvisation et prouve dans ce Live ! sa faculté intrinsèque à redéployer ses respirations. Il ouvre nos esprits à des ailleurs dont les vibrations émotionnelles ne peuvent que résonner en nous.

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°18 – janvier 2006)

Label : www.budamusique.com

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