VIOLONS BARBARES
Dans la gueule du loup !
Depuis une dizaine d’années, le trio VIOLONS BARBARES rôde et se rode de salles de concerts en scènes de festivals, livrant une musique à la croisée des chemins qui mènent d’un bout à l’autre de la Route de la soie, des paysages est-européens aux vastes espaces centre-asiatiques, non sans détours pittoresques et inattendus, histoire d’égarer un peu plus les auditeurs sur les routes d’un nomadisme musical forgé aux instruments acoustiques, mais impulsé par une énergie rock.
Les VIOLONS en question (et en action) sont une gadulka bulgare, malmenée par Dimitar GOUGOV (ELEKTRIK GEM, BOYA…), et une vièle morin-khuur mongole, triturée par Dandarvaanchig ENKHJARGAL – alias « ÉPI ». Entre ces deux instruments à cordes, Fabien GUYOT fait office de pivot rythmique avec sa batterie aux moult percussions du monde résolument BARBARES ! Aux cordes violonistes s’ajoutent également des cordes vocales aux effets grisants assurés par les trois larrons, que ce soit en mode polyphonique ou en mode diphonique. Des harmonies là encore BARBARES, comme il se doit !
Après avoir un temps tracé leur route en compagnie d’une autre manieur de cordes violonistes de renommée internationale en la personne de (feu) Didier LOCKWOOD, les VIOLONS BARBARES ont continué de frayer sur leurs chemins buissonniers entre chien et loup, loup qu’ils se sont mis à faire hurler avec leur troisième album, précisément nommé Wolf’s Cry, paru au printemps 2018 et chroniqué dans nos pages.
À l’occasion de leur venue à l’Espace Jemmapes – Scène du canal, à Paris, pour célébrer la sortie de leur nouveau CD, RYTHMES CROISÉS s’est entretenu avec ces étonnants « punks à loup » aux crocs incisifs qui déboulent au grand galop pour nous conter des histoires de nature, de danses, de boissons, de saisons et d’amour à coup d’archets âcres, de peaux bigarrées et de voix hautes ou profondes.
Entretien avec VIOLONS BARBARES
Vous avez sorti cette année votre troisième album en dix ans d’existence ; ça fait en moyenne un disque tous les trois ans. C’est une régularité à laquelle vous vous êtes imposés de tenir, ou simplement vous aviez du matériel de prêt ?
Dimitar GOUGOV : Rien n’était prêt en fait ! Il fallait vraiment qu’on se mette à travailler sur un nouvel album ! Il y avait encore un temps où on avait l’impression que le groupe pouvait continuer à exister en jouant toujours un peu la même chose, mais c’était une impression assez trompeuse. On devait quand même travailler régulièrement. Une partie des organisateurs ne s’intéressaient pas vraiment à de la nouveauté ; ils voulaient juste avoir un groupe hors du commun, ce que l’on représentait. On avait cette chance d’avoir cette particularité. Mais il ne fallait pas tomber dans le piège de ne pas faire de nouvelles choses. Donc on s’est dit qu’il fallait en faire. Et comme on a régulièrement des concerts, on a fait le choix de se bloquer du temps pour travailler et pour avancer sur un nouveau répertoire.
En plus, il y a eu le projet avec Didier LOCKWOOD. Ça nous a pris du temps pour le faire tourner, et malheureusement ça n’a pas abouti à un enregistrement, du fait de la disparition de Didier. On s’était dit qu’il fallait vraiment avancer sur notre projet, et que si on avait le temps on avancerait sur le projet avec Didier. Et juste au moment où notre album était prêt, Didier est mort.
Vous aviez travaillé un nouveau répertoire avec Didier LOCKWOOD ?
Dimitar : On avait créé un nouveau répertoire pour Didier, oui. Mais on s’est demandés ce qui se passerait si notre activité avec lui devait s’arrêter. Il fallait quand même qu’on avance sur notre propre répertoire en trio. Et finalement on a eu raison de le faire.
Un trio en cuisine
Le répertoire de Wolf’s Cry a apparemment été écrit et conçu par vous trois. Chacun a donc apporté quelque chose à chaque composition de l’album ?
Fabien GUYOT : Il a été écrit par nous trois, oui. On travaille vraiment comme en laboratoire. On a la chance d’habiter pas très loin les uns des autres. On se permet de prendre du temps de travail, on se soumet des idées qui peuvent être juste des embryons, ou des mélodies plus abouties. En tout cas, on prend réellement le temps de travailler à trois. Après, l’un ou l’autre – plus l’un que l’autre, du reste ! – va approfondir la forme d’un morceau. Mais sinon, c’est cuisiné à trois.
Sur le disque, il y a deux morceaux qui sont issus du répertoire créé avec Didier : Balkan Twist et Stravinsky Lost in the Desert. On avait à cœur de continuer à les jouer, et on a dû les réadapter parce qu’à la base il y avait nous et Didier, avec son violon fou et tous ses effets, et il y avait aussi le musicien chinois Guo GAN qui jouait du ehru.
Didier LOCKWOOD jouait plutôt en mode électro-acoustique alors que vous êtes plutôt en mode acoustique ; les morceaux ont donc été repensés, adaptés à une forme plus acoustique ?
Fabien : On les a adaptés à notre sauce. On est quand même dans la recherche d’un son puissant, tout en restant fidèles à notre acoustique. On a ces instruments qui sont vraiment traditionnels, acoustiques, et on essaye de pousser leurs limites. Et ces deux morceaux ont été tirés d’un répertoire sur lequel Didier utilisait des effets qui gonflaient le volume, qui saturaient, qui apportaient des basses… On a fait tout un travail de réinterprétation pour trouver une autre puissance, en fait.
Dimitar : Balkan Twist est le seul morceau sur l’album où figurent des invités, ce sont des membres du groupe qui s’appelait LA FANFARE EN PÉTARD, et qui répétait dans les mêmes locaux que nous, à Strasbourg Alsace Percussions. On les connaît de là, en fait. À un moment, j’ai pensé que, sur ce morceau, j’entendrais bien des cuivres. C’était déjà le cas à l’époque où je l’avais écrit pour notre projet avec Didier, sauf qu’on avait remplacé les cuivres par le violon de Didier, qui jouait la ligne de basse. Et du coup, quand on l’a réadapté avec nos invités, j’étais très content qu’un tuba puisse jouer une vraie ligne de basse, plus des cuivres. Je m’en suis donné à cœur joie à faire cet arrangement pour des cuivres !
C’est le seul morceau du disque sur lequel vous vous êtes offerts le luxe d’avoir des invités. Il n’y en a pas dans tout le reste de l’album. Votre idée première était donc plutôt de faire un disque qui fasse vraiment ressortir votre son en trio ?
Fabien : Exactement !
Dimitar : Il était important de revenir sur la formule à trois parce que c’est quand même le propos du groupe. Il pourrait y avoir des projets dans lesquels on collabore avec d’autres musiciens, mais il ne faut pas oublier d’où on est partis, et de quoi on est faits.
Un dirigeable dans la steppe
Y a-t-il dans cet album d’autres morceaux que vous aviez déjà commencé à jouer, à roder sur scène, ou sont-ils tous nés « hors scène » ?
Fabien : Hormis les deux tirés du répertoire avec Didier, non.
Dimitar : Le début de Wolf’s Cry, c’est quelque chose qu’on a fait une fois en balance. Souvent, quand on fait les balances, on sait plus ou moins quoi faire, on commence à faire différentes tournes pour s’amuser. Fab’ lance une rythmique, ÉPI lance un riff improvisé… En fait, il y a deux morceaux qui sont partis de ces moments de travail en balance, d’après-balance : Winter Dream, qui était une improvisation collective que j’ai enregistrée un jour , et pratiquement tout le morceau était l’enregistrement d’une improvisation, qu’on a ensuite légèrement retouchée pour que ça ressemble à un morceau. En fait, on a tous été étonnés de constater que ce qui est ressortit de ce qu’on jouait tous les trois au même moment était parfaitement exploitable. Quant au début de Wolf’s Cry, je l’avais aussi enregistré un jour. Je ne savais pas trop ce qu’on pouvait en faire, et ça s’est retrouvé comme l’introduction de ce morceau.
Ça sonne un peu LED ZEPPELIN, comme intro ! (rires)
Fabien : Ça fait plaisir, parce que ça fait partie de nos références. L’album No Quarter de PAGE et PLANT, avec un orchestre arabe et égyptien, fait partie du son de notre génération. On a grandi avec ces étapes-là. Quand on a envie d’avoir une « musique du monde », ou une « musique des mondes » un peu puissante, on a avec cet album l’exemple de rockers qui ont fait le trajet en sens inverse. Leur version de Kashmir était tellement belle, tellement magnifique !
Cette démarche-là vous a inspiré pour votre musique ?
Fabien : On ne se le dit pas, mais chacun est nourri de différents territoires musicaux et on a hérité de cela. Il y a plein de choses qui nous inspirent. On passe quand même beaucoup de temps ensemble dans les voyages, en dehors des répétitions et des concerts, et on se fait écouter plein de musiques. Ça va de Maria CALLAS à A-HA en passant par Boubacar TRAORÉ et BJÖRK ! C’est ce qui fait qu’au bout de dix ans on a un langage commun. On peut aller un peu partout, sur plein de territoires, ensemble.
Barbaro Tempo
Votre instrumentarium, c’est donc une vièle morin-khuur, une gadulka et un set de percussions assez coloré. Est-ce le même depuis le début ou des choses ont-elles été ajoutées ?
Fabien : Au tout début, avant qu’on ait un répertoire pleinement constitué, j’avais juste pris plusieurs percussions traditionnelles. Avec le premier album, on a créé un son qui m’a inspiré mes premières idées d’avoir un tambour grave, un bendir devant moi, des bongos, une darbouka… J’avais envie de pouvoir suivre toutes les couleurs proposées par la musique. Et ces derniers temps, ça ressemble vraiment à une batterie, mais une batterie ethnique, barbare, quoi !
C’est le son du groupe qui t’a encouragé à enrichir ton set…
Fabien : Oui, c’est ça ! C’est un instrumentarium qui répond aux besoins. Il nous faut un groove grave sur un morceau ? OK, je vois ce que je peux trouver. On a envie d’avoir des aigus qui tendent vers le Maghreb et vers l’Inde ; qu’est-ce qui pourrait coller ? C’est comme ça… Avec le challenge que ça tienne dans les valises quand même ! (rires)
ÉPI, est-ce que ton jeu à la morin-khuur a évolué avec le son que vous avez dans le groupe ?
ÉPI : Non, il n’a pas changé ! (rires) Avant VIOLONS BARBARES, j’ai joué en Allemagne avec plein de musiciens venant de différentes cultures, comme le harpiste Rudiger OPPERMANN, qui organisait un festival de « World Music » (NDLR : le Klangwelten Festival). J’ai découvert plein de rythmes variés et écouté des musiques d’Afrique (Tanzanie, Ouganda, Sénégal, Gambie, etc.), du Vietnam, d’Inde… Plein de musiques fabuleuses ! J’ai ainsi découvert plein de couleurs musicales.
C’est pourquoi je me sens à l’aise dans VIOLONS BARBARES. C’est une nouvelle création pour nous aussi parce que les arrangements sont superbes. Fabien joue non seulement comme un batteur de rock, mais il a aussi plein d’ornements colorés mêlés à des plans rock ou jazz… Il y a plein de nuances dans son jeu. Notre musique est donc très ornementée tout en étant conduite avec une énergie parfois très rock, simple, directe, et c’est superbe !
Joues-tu dans VIOLONS BARBARES avec le même niveau d’énergie que tu avais auparavant ?
ÉPI : Il est différent. On compose souvent de nouveaux morceaux, on arrange chaque pièce différemment, et on essaye plein de choses qu’on n’avait pas encore tentées avant, on discute beaucoup de ce qui fonctionne, de ce qui ne fonctionne pas, il y a un gros travail de « mixage ». pour le nouveau CD, on a essayé plein de choses pendant trois ans, et on en est très heureux !
Du terroir à l’horizon
As-tu composé des mélodies sur ce nouvel album ?
ÉPI : Euh… pas tant que ça ! (rires) Seulement Wolf’s Cry !
Il y a aussi une chanson mongole ?
ÉPI : Oui, Buuvein Duu ; c’est une chanson traditionnelle mongole, une berceuse en fait. Je l’ai arrangée avec Dimitar GOUGOV, le morin-khuur et la gadulka font de belles couleurs, de splendides harmonies.
Sur vos albums précédents, plusieurs morceaux étaient inspirés de thèmes traditionnels ; sur le nouveau, on pourrait dire que c’est avant tout un album de compositions, même s’il y a quand même quelques mélodies traditionnelles…
Dimitar : Il y en a un peu, oui. Il y a donc une chanson mongole (la berceuse), et la toute dernière, qui est un chant traditionnel bulgare. Quand ça commence, on ne sait pas trop où on est, dans un genre de « far east », avec le son du morin-khuur. Quant à l’arrangement vocal, on peut dire que c’est une polyphonie vocale. Mais en Bulgarie, il n’y a pas trop de polyphonies masculines ; il y a plutôt des voix de femmes. Donc pour cette chanson, je me suis inspiré des chants géorgiens. Je me suis rendu compte que c’est très différent d’écrire pour des voix d’hommes et des voix de femmes. Ça ne sonne pas pareil. Les voix d’hommes étant plus graves, on ne peut pas écrire de la même façon. Les voix de femmes sont beaucoup plus claires. Les voix d’hommes sont plus obscures.
Et par quoi est inspirée ta façon de chanter ?
Dimitar : En fait, j’ai placé ma voix dans le chant « lead » parce que le texte était en bulgare. Pour la prononciation, pour donner un côté terroir, je me suis mis en avant. Les deux autres voix sont des voix d’harmonie, et c’était plus difficile à traiter. Donc on ne s’est pas mis dans une composition complètement de type folklore imaginaire, c’est un chant traditionnel qui est harmonisé avec deux autres voix, à un moment il y a un peu de chant diphonique, quelques ritournelles instrumentales.
Il m’a semblé que le chant diphonique n’était utilisé qu’avec parcimonie ici et là…
Dimitar : Dans cette chanson, c’est moi qui l’entendait ainsi. Mais dans d’autres, l’intégration a été plus… spontanée. C’est assez drôle parce que des fois, ÉPI s’installe en studio devant le micro, il écoute le morceau et commence à chanter sur des passages où on n’avait pas prévu de chant. ÉPI, c’est une personne « du moment » en fait ; il écoute, il réagit. Et des fois, ça se passe à merveille. Il y a beaucoup de choses que nous avons gardées qui n’étaient pas vraiment préparées.
Chacun a des méthodes de travail qui sont très différentes. Moi, je suis plutôt pour bien préparer des choses, y réfléchir, je vais tourner trente-six fois autour pour les peaufiner, je prépare une partition et je note qui va jouer quoi. Fabien arrive « je vais vous chanter les choses, vous allez les jouer ». Et ÉPI arrive, il écoute et il joue, essaye trente mille choses, trois minutes plus tard il ne se souvient plus de ce qu’il a joué… Par bonheur, j’enregistre tout, et après je dis « ÉPI, tu vas rejouer ça à ce moment-là ! » « Ah oui, j’ai fait ça, moi ? Ah ! mais c’était bien ! » Et voilà. Ça nous permet d’avancer tout en étant très différents dans le processus de travail.
Du reste, en ce qui concerne les chants, vu que chacun d’entre vous s’y met, on a souvent l’impression que chacun s’est approprié la langue de l’autre…
Fabien : Sur les compositions chantées, souvent ce sont des airs qui nous viennent, mais ni Dimitar ni moi ne sommes chanteurs. On peut être choristes, on peut prendre des chants, mais ce n’est pas encore dans notre pratique. On n’est pas chanteurs solistes au départ. Souvent, on propose des thématiques, des airs à ÉPI qui, lui, avec son expérience de chanteur, retravaille la mélodie, la réinterprète en tant que chanteur et, surtout, il pose des textes en mongol, dans sa langue, et après il nous les fait travailler. Il nous retransmet ça et nous, ça nous intéresse beaucoup parce qu’on aime bien aussi la musicalité de la langue mongole. Il nous transmets aussi le sens, par la même occasion. Et on retrouve cela dans la manière de travailler. On joue beaucoup en France, est-ce qu’on va pour autant chanter en français ? Ben non, ça ne colle pas forcément. En bulgare ? Oui, mais pas que… Du coup, il y a des textes mongols. ÉPI prend un vrai plaisir à proposer des mots et à jouer avec, donc ça se passe comme ça…
Les mots viennent-ils après la musique, ou avant ?
Fabien: En général, après.
C’est la musique qui inspire les mots ?
Fabien : Voilà. On propose à ÉPI, et on lui demande où ça l’emmène. Il nous propose des textes et nous parle ensuite de l’idée et après on continue l’arrangement du morceau avec ces notions-là. Il y a plusieurs étapes…
De vin, de punk et de bière
Quels sont les thèmes abordés dans les chansons ? Je crois que le morceau éponyme évoque un sujet écologique. Qui a écrit cela ?
Fabien : Wolf’s Cry, c’est l’exemple même du morceau qui a été amené au départ par Dimitar et qui a été démonté par le groupe (rires). C’est arrivé comme le disait Dimitar lors d’une balance.
Dimitar : En fait, l’idée de la balance est arrivée à la fin. On s’est dit : « Mais comment va-t-on commencer ce morceau ? » On était à deux jours de l’enregistrement du disque, et j’ai retrouvé dans mon téléphone la captation d’une balance. J’ai dit : « Et si on commençait avec ça ? » On avait déjà travaillé le morceau. Un jour, on s’était enfermés dans un théâtre à Thonon-les-Bains ; j’étais au piano, j’ai retrouvé des enregistrements où je faisais une ligne de basse, Fabien était aux percussions, ÉPI chantait et dansait à côté, il improvisait sur le grill… J’ai enregistré plein de choses, et après, pendant la balance, on a essayé plein de choses que j’ai également enregistrées. On a gardé un chant qui était très fort, à un moment ÉPI s’est mis à chanter « pianissimo », et on l’a gardé pour la fin. Je me suis dit qu’il fallait vraiment finir ce morceau pianissimo. Je ne l’ai pas inventé, c’est lui qui l’avait fait.
Et de quoi parle le texte ?
ÉPI : Voilà une très bonne question ! Quand on a terminé la musique, Dimitar a demandé : « Quel texte va-t-on mettre là-dessus ? » Il a fallu que j’y réfléchisse… Je me suis souvenu que, lors d’une tournée dans la région de Bordeaux, on était passés par ces collines entièrement remplies de vignes. Et il m’a semblé que toute la nature environnante était monopolisée par la culture, en l’occurrence la culture du raisin pour le vin. Je me suis dit : « C’est incroyable tous ces espaces de culture fruitière, façonnés par la main de l’homme, mais on a laissé aucune place pour la vie sauvage ! » Moi, forcément, ça m’a ramené à mes grands espaces de steppe… J’ai pensé à l’écosystème… Ça m’a paru incroyable qu’on en soit arrivés là, à confisquer ces terrains à la vie sauvage. On laisse quoi à nos enfants ? Des collines remplies de vignes ? Ou est-ce qu’on leur laisse toute la nature qui va autour, avec nous, toute la chaîne… ? Voilà ce qui a inspiré la chanson Wolf’s Cry.
Je vois aussi qu’un morceau évoque le printemps, et qu’un autre parle de l’hiver. C’est une thématique cyclique ?
Fabien : En effet, il y a Spring Punk et Winter Dream… Hommage à VIVALDI ! (rires)
Dimitar : Pour Spring Punk, le titre est arrivé un peu après. D’abord j’ai fait la musique. J’avais très envie d’un morceau qui joue fort, qui joue rapide, très énergique. Après, j’ai laissé à ÉPI le choix des paroles, mais j’avais envie que le titre donne une direction, donc je me suis un peu imposé dans le choix du titre du morceau. Je voulais que ça parle du punk, et ÉPI voulait que ça parle du printemps. J’ai dit : « Super ! Ça va parler du « punk du printemps » ! »
Fabien : Un punk fleuri, quoi ! (rires)
Sinon, il y a aussi Uitgar… C’est une composition de Fabien apparemment.
Fabien : C’est ma proposition dans le sens où j’ai vraiment amené la mélodie, la matière brute de travail. Après, ça a été largement réapproprié par le trio. Dimitar a ajouté un petit riff, ÉPI a fait un énorme travail sur les voix. En fait c’est une composition particulière parce qu’elle s’ouvre : elle part d’une mélodie lente, elle s’ouvre progressivement pour aller sur un rythme plus galopant et ensuite elle se referme à nouveau sur quelque chose de lent. Ça aurait été plus juste de la créditer comme composition collective parce qu’il y a des ajouts, des idées mélodiques de Dimitar, de grandes envolées vocales d’ÉPI. Mais au départ, elle vient de moi. (rires)
(Une serveuse arrive avec des bières.)
Dimitar : Santé, monsieur !
Santé !
Tout le monde : Santé !
Alors justement, le chant à boire qui ouvre Wolf’s Cry est en quelle langue ?
Fabien : Krushovitsa, c’est du bulgare !
Parce qu’il démarre l’album sur des chapeaux de roue quand même ! Ce n’est pas du punk, mais presque… (rires)
Fabien : C’est venu un jour où on était en répétition. On a fait tourner une rythmique, celle du morceau, évoquant un peu les Balkans. On s’est dit : « Tiens, ça marche ! » Et je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai commencé à faire semblant de chanter comme un maître du TARAF DE HAIDOUKS où de je ne sais où… C’était vraiment le truc détendu, pour délirer, en faisant n’importe quoi…
Dimitar : Et j’ai enregistré !
Fabien : Dimitar a enregistré et il est venu plus tard me dire « Ben, ce que t’as fait, bon.. on ne garde pas les paroles – je parlais de machine à laver, ou je ne sais plus quoi ! (rires) – mais la mélodie, ça l’fait ! » Je lui ai dit : « Non, c’est pas possible ! Quand même pas ! Tu blagues ? » « Non, non, ce n’est pas une blague, c’est bon, on y va ! » Du coup, après, c’est devenu Krushovitsa !
Dimitar : Depuis cinq ans, j’avais envie de faire un chant bulgare, je ne savais pas s’il devait être traditionnel ou si ça devait être une composition. On ne l’avait pas fait dans le deuxième album, et je me suis dit : « Tiens, si on essayait cette rythmique-là sur cette chanson ? » On a tourné un peu, Fabien s’est mis à chanter ce qui lui venait et j’ai dit : « Mais c’est super ! On va faire un mix avec les deux morceaux ! » Il y avait une démarche créatrice de Fabien, même s’il ne s’en est pas rendu compte, et c’était super ! C’est grâce à son improvisation qu’on a fait une nouvelle chanson, et pas juste une reprise d’une chanson qui existait, qui s’est avérée être une composition d’une dame qui était encore en vie, que j’ai réussi à retrouver et que j’ai contactée. Elle s’appelle Nadejda BRALKOVA.
Clichés de tournées
Dans le livret de votre dernier CD, plusieurs morceaux sont illustrés par une photo. Qui donc figure sur celle de Krushovitsa ?
Dimitar : La grand-mère que j’ai prise en photo, c’est la voisine de ma sœur de Bulgarie. Ma sœur habite une maison dans un village à 25 km de Varna. Un jour, au mois d’octobre, elle était là à promener ses poules devant sa maison, et elle m’a dit « Non, ne me prend pas en photo comme ça, je suis mal habillée ! ». Elle a levé la main pour me dire ça, et je l’ai prise en photo à ce moment-là. Du coup, elle s’est retrouvée dans le livret ! Quand Fabien a vu la photo, il a dit « OK ! Krushovitsa ! » J’ai dit : « Bon, OK, ce sera le titre, allez hop ! »
Fabien : La boucle était bouclée.
Il y a une photo assez impressionnante, celle qui est censée illustrer Buuvein Duu. On a l’impression qu’un fantôme s’est invité sur la photo. Il y a un montage ?
Dimitar : Il n’y a pas de montage. Je l’ai prise lorsqu’on était à Vilnius. La plupart des photos, je les ai prises quand on était en tournée…
Fabien : Là aussi c’est parti d’une blague !
Dimitar : Ah oui ! C’était avec l’organisateur du concert à Vilnius. Comme c’était un coin très éloigné de la France et qu’il n’avait pas trop le budget pour nous faire jouer, je lui ai dit pour blaguer : « D’accord, on accepte de venir jouer chez vous pour ce cachet-là, mais j’espère au moins que tu nous amèneras dans un sauna ! » (rires) Et lui, il a organisé ça ! Il m’a dit : « J’ai un copain qui a un sauna près de Vilnius, à vingt kilomètres, je vous emmène ! » Et sur la photo, on voit les enfants du propriétaire de la maison. Comme il n’y avait pas beaucoup de lumière, j’ai fait une pose longue qui a duré presque une seconde, le temps pour la fille de partir pendant la photo. Du coup, elle est devenue transparente !
Ce n’est pas un fantôme, donc…
Fabien : Non, mais elle apparaît comme un fantôme.
Dimitar : Pour la photo de Balkan Twist, je me suis dit : « Tiens, si je mettais des photos un peu intemporelles dans le livret ? » Je voulais mettre une photo des joueurs de la fanfare, et j’ai remarqué qu’il y avait quand même un grand contraste entre les photos intemporelles et les photos très concrètes, dans le studio, et j’ai eu envie de faire autre chose. Un jour que je n’arrivais pas à dormir, j’ai pensé : « Mais qu’est-ce que je vais mettre comme photo, pour ce morceau ? Pourquoi ne pas mettre tous les cuivres dans une brouette ? » Balkan Twist… Qu’est-ce qui peut identifier les Balkans, en fait ? Ben, les saucisses ! Donc j’ai accroché des saucisses qui sèchent avec les cuivres !
Il y a d’autres aliments sur une autre photo, celle qui illustre Psychedelic Karsilama…
Dimitar : C’est des pastèques du marché de Chisinau, en Moldavie.
Il y a évidemment de la neige pour Winter Dream…
Dimitar : C’est un paysage d’Autriche, du Tyrol.
Pour Spring Punk, vous avez carrément choisi une photo de plage !
Dimitar : Sur cette photo de plage, c’est Fabien et ÉPI qui marchent au loin, au bord de la Méditerranée…
Fabien : On était en tournée. C’était à côté de Perpignan.
Ah oui ? Ça fait vraiment « bout du monde » sur la photo ! Sinon Stravinsky Lost in the Desert est illustré par un cavalier… apparemment perdu dans une plaine !
Dimitar : Cette photo a été prise au Maroc : c’est un jeune cavalier – il avait peut-être quinze ans – qui traverse sur son cheval un lac sec, où il n’y avait plus d’eau…
Et la toute dernière photo, celle pour Priviknal Si E Nikola ?
Dimitar : Il n’y a pas beaucoup de chanson d’amour dans cet album, et comme ça parle d’une bien-aimée, je voyais bien une fille prise en photo sur une route, mais c’était compliqué. On arrivait à la fin de la préparation du disque, il fallait que je donne toutes mes photos, je n’avais pas le temps… et je me suis demandé « qui vais-je prendre en photo ? ». Et finalement, j’ai pris en photo ma baby-sitter bulgare. Il y avait un endroit pas loin, à 100m de sa maison, où je voulais la prendre en photo. C’était au mois de janvier, je lui ai dit que j’allais essayer de faire vite pour ne pas qu’elle prenne froid dans la rue ! (rires)
Fabien : Pour un mois de janvier, elle n’est pas très habillée…
Le Sacre du désert
Au fait, pourquoi STRAVINSKY s’est-il perdu dans le désert ?
Fabien : L’idée était de jouer avec des accents faisant référence à ceux, incroyables, qui ouvrent le Sacre du Printemps. J’ai toujours été admiratif de la façon dont STRAVINSKY a réussi à planter un décor puissant avec juste des impacts. Depuis toujours, dans mes groupes, j’aime travailler la force d’un impact. Après, le morceau débouche sur une mélodie un petit peu orientale. Au départ, c’est du STRAVINSKY et finalement il se retrouve dans le désert, le morceau est très, très énervé, ça s’en va très loin avec ÉPI qui a encore trouvé des voix folles. Voilà comment STRAVINSKY s’est perdu dans le désert ! (rires) C’est comme un cri au fond du désert…
Du coup, ça fait deux morceaux inspirés par le printemps… (rires)
Fabien : Il y a ce côté très, très rythmique. On utilise les archets de manière brute. C’est quand même un barbare, STRAVINSKY ! Ce n’est pas pour rien si, le soir de la première du Sacre du Printemps, il a provoqué une telle réaction dans le public quand même ! Il semblerait que les sièges s’en souviennent ! (rires)
Danse avec le loup
Actuellement, sur scène, vous jouez donc tout le répertoire de Wolf’s Cry ?
Fabien : Oui, oui, c’est vraiment l’essentiel du répertoire. Il y a en plus deux/trois rappels de ce que l’on a fait avant, des rappels du deuxième album, et un petit peu du premier pour jalonner le concert… On aime bien nous aussi rester en contact avec ce qui nous a construit.
Avez-vous retravaillé les anciens morceaux ?
Fabien : Non, ils sont très bien comme ça. Mais ça pourrait nous arriver. On s’est déjà adaptés à certaines scènes. Par exemple, ça nous est arrivés de nous retrouver dans des festivals vraiment rock. On s’est dit : « Notre musique a une certaine énergie certes, mais on ne peut pas dire qu’on est capables de tenir une heure et demie à un niveau qui passe au-dessus d’un public rock. » On a donc fait appel à tout notre répertoire, on a cherché en arrière, on a regardé sur chaque album ce qui peut nous servir de plus énergique. Dans ce cas, on a un peu rebossé les choses pour s’adapter.
Pour moi, l’une des caractéristiques de ce groupe est de pouvoir se produire… j’imagine au HellFest, par exemple, tout comme au Théâtre de la Ville, à un contexte plus « world music ». On en est capables, et surtout on en a très, très envie, de ces choses-là. Quand je disais qu’on passe beaucoup de temps en bagnole à se faire écouter des musiques, on se rend compte vraiment de tout ce qu’il y a à notre portée. On n’est pas des spécialistes, mais il y a un appétit énorme pour tout ça ! On va aller vers de la musique ultra-puissante, avec des riffs, ça nous fait plaisir, on a envie de le faire, on peut y aller.
En même temps, on a aussi envie de cette musique absolument acoustique, qui respire, avec de grands espaces. C’est ça qui est passionnant ; pour nous le territoire est complètement ouvert, on ne s’interdit rien. En ce moment, on songe à faire des concerts acoustiques aussi. On est allés assez loin dans la production, on a des ingénieurs du son qui travaillent avec nous de manière très poussée, le son du groupe est très produit, très interprété. On a envie d’une version acoustique, où l’on peut « recoller » avec nos instruments, la gadulka, le morin-khuur, juste faire entendre les cordes et les voix, une percussion, un zarb, quelque chose…
Il fut un temps où vous jouiez un morceau de HENDRIX. Vous est-il arrivé de le jouer devant un public rock?
Fabien : Oui, ils en sont ravis ! Et pas forcément que le public rock.
Le concert classique qu’on peut avoir, c’est celui des centres culturels en France, trois cents/quatre cents personnes, la génération dans la salle va de vingt ans à soixante ans, et tous reconnaissent Purple Haze…
Pour être juste, la reprise de Purple Haze est de nous et est en même temps inspirée de KRONOS QUARTET. À la naissance du groupe, on avait nos morceaux traditionnels qu’on a remontés, et un jour j’ai ramené un disque du KRONOS QUARTET qui contenait une reprise de Purple Haze. On s’est dit : « Tiens, c’est vraiment chouette, cette idée ! » On l’a utilisée comme une espèce de rampe de lancement. Ces gens ont fait ça avec des cordes, où est-ce que ça peut nous emmener ? Je pense que ça nous aidés à décoller. On s’est servis de l’expérience d’un groupe comme le KRONOS QUARTET, qu’on a nous aussi réinterprété. C’est comme si on avait mis une autre sauce par-dessus leurs variations à eux. Au milieu de nos sources traditionnelles d’inspiration, il y a ces choses-là ! Ce quatuor à cordes a fait tellement de choses, il nous a servi de terreau pour faire pousser d’autres choses.
Quand on perçoit avec ces groupes que des choses sont possibles, d’avoir ces quelques preuves possibles, ça fait du bien ! Ces artistes ont posé des jalons qui permettent à tout le monde de s’élever, de se décider à prendre ce petit tremplin pour voir ce qu’il y a derrière…
Cultures en déplacement
Entre vos inspirations d’Europe de l’Est et celles du « Grand Est », il y a un réservoir énorme. Vous pouvez tirer du côté balkanique, ou du côté oriental, et même extrême-oriental…
Fabien : On s’est vite rendu compte que, sur le deuxième album, le groupe était vraiment sur une progression, on construisait notre récit. On avait abordé plusieurs morceaux kazakhs. De notre point de vue, le Kazakhstan, c’était un peu comme la Mongolie ! Assez rapidement,on s’est rendus compte que ÉPI, ça lui parlait, ça lui faisait très envie, mais par contre ce n’était pas du tout sa culture. Alors que pour nous c’était pareil ! C’étaient des nomades qui jouent sur des instruments qui ont un peu la même forme. Et finalement, en jouant ces morceaux, c’était comme des lieux, des points de rendez-vous qui étaient très intéressants parce que personne n’était chez soi ! Chacun était en déplacement par rapport à sa culture, à ses repères et à sa pratique musicale. Maintenant, on se pousse de plus en plus dans le jeu et dans le chant. ÉPI nous amène vraiment cette capacité à chanter à trois, je pense que ça aide à construire un son de groupe très homogène et fort.
C’est donc une musique véritablement nomade !
Fabien : Complètement!
L’Afrique ne vous a pas encore tentée ?
Fabien : Si ! Rien qu’avec Stravinsky Lost in the Desert, on est dans des rythmiques un peu arabes, mais qui confinent au monde du désert, on atteint autre chose… Ce qui ne nous a pas encore inspiré, c’est le monde latino. On en est encore loin. Mais rien n’est exclu avec ce groupe ! (rires)
Une esthétique nomade
Pour les prochains concerts, vous serez seulement à trois ?
Fabien : À quatre ! On est un trio, mais on est aussi quartet avec notre ingénieur du son. C’est notre interprète ! C’est vraiment lui qui interprète comment doit sonner la musique de VIOLONS BARBARES. Demain, ce sera Matthieu PELLETIER, qui a enregistré tous nos albums. Pour nous, c’est quelque chose d’essentiel. On ne fait pas un concert VIOLONS BARBARES sans quelqu’un qui nous connaît… On a trois ingénieurs du son, même quatre, une équipe en fait, et c’est pour nous quelque chose qui est indissociable de la qualité d’arrangement de la musique. C’est vraiment un interprète sonore de notre musique qui va savoir comment doser les choses, comment les colorer. On sera trois, mais en fait on sera quatre ! (rires)
Avez-vous l’impression, après dix ans passés sur les routes, que vous captez toujours un nouveau public ?
Dimitar : Il y a toujours un petit peu de nouveau public. Et il y a aussi des gens qui font 200/300 km pour nous voir. Il n’est pas rare de retrouver des gens qui viennent nous voir après les concerts et qui disent avoir fait 3 ou 4 heures de route pour venir! Des fois, c’est vraiment étonnant !
Après, il y a eu une période, quand on jouait avec Didier LOCKWOOD, où il y a eu un phénomène de découverte. Beaucoup de gens venaient pour Didier parce qu’il était connu, et quand ils nous ont vus et écoutés, ils ont fait une découverte. Certains sont venus nous voir après les concerts pour nous dire qu’ils étaient contents d’avoir découvert notre musique. Dans deux jours, on va jouer à Bouguenais, près de Nantes. Là, on avait déjà joué avec Didier, et je suis sûr qu’il y aura des gens qui nous ont découverts avec LOCKWOOD et qui vont revenir juste pour nous voir nous trois.
Fabien : On a la chance d’avoir une esthétique qui traverse tous les styles. On s’est retrouvés aux Vielles Charrues, au Paléo, à Jazz sous les Pommiers, aux Musiques sacrées à Fez, à un festival de rock en Allemagne. Tant que les programmateurs ne sont pas trop frileux pour le faire, nous on est très heureux… Comme je le disais tout à l’heure, ce qu’on espère dans notre travail, c’est aussi de s’adapter en permanence à l’énergie du lieu. Donc les publics se renouvellent, déjà par rapport aux artistes, mais tant que les programmateurs le veulent bien. C’est vrai que ce n’est pas facile d’organiser un événement et de se dire « mon public a plutôt envie de ça, mais est-ce que je le tente sur autre chose ? ». Nous, on a un peu tout expérimenté en matière de publics, on a connu des contextes hyper différents, et on a je pense cette capacité à s’adapter, et un plaisir à s’adapter.
ÉPI : Allez, c’est l’heure de manger, maintenant !
Entretien et photos réalisés par Stéphane Fougère
Site : https://violonsbarbares.com/
DISCOGRAPHIE VIOLONS BARBARES
Violons Barbares (2010, Collectif L’Assoce Pikante)
Saulem Ai (2013, World Village)
Wolf’s Cry (2018, Violons Barbares)