BODH’AKTAN – De temps et de vents

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BODH’AKTAN – De temps et de vents
(Go-Musique inc./Believe Digital, Coop Breizh)

En 2016, votre webzine RYTHMES CROISÉS se faisait l’écho de l’énergie communicative qui irriguait le cinquième album, éponyme, du groupe québécois BODH’AKTAN. Trois ans et de nombreuses tournées mondiales plus tard, ce septet à fortes connotations irlandaises n’a en rien perdu de sa niaque : il occupe toujours le devant de la scène grâce à ses chansons de mer électriques propres à réveiller les morts, et à nouveau écrites en langue française (l’album de 2018, Ride out the Storm, était anglophone). Pour appréhender la puissance de jeu de ces sept musiciens, faisons connaissance avec leur instrumentarium, remarquablement enregistré par Alexandre RICHARD, l’un des membres du groupe, mixé avec grand art par Raphaël MALENFANT, et masterisé au quart de poil par Yannick SAINT-AMAND : un opus réalisé, on le voit, avec oreille et doigté.

Alain BARRIAULT reste présent aux guitares et au chant, tout comme Luc BOURGEOIS, le sonneur du groupe (cornemuse, flûte) quand il ne gratte ni ne chante. La section rythmique est assurée par Benoît CLAVEAU (basse, chant), et par Eric GOUSY à la batterie (+ chant). Si vous êtes suffisamment attentif, vous percevrez le très joli travail d’Alexandre RICHARD (voir ci-dessus) au bouzouki (+ guitares, chant) et les aussi indispensables que sympathiques violon de Marc-Etienne RICHARD et accordéon de Eric TANGUAY, tous deux se joignant aux chœurs virils (ben oui, duchesse, c’est d’ la chanson d’ marins) sur les refrains entraînants et entêtants. Quant à André BRUNET, il a été invité à jouer le violon de Set béquate, avec le talent qu’on lui connaît.

Cela serait peu d’évoquer la virtuosité de tous ces musiciens si elle n’étayait qu’une simple démonstration ; mais elle est au service d’une véritable inventivité de composition qui joue des coudes parmi les formations celtiques, affirmant ce son original et populaire qui caractérise BODH’AKTAN. Garder son inventivité sans perdre son identité n’est pas à la portée de tous. Ce puits de ressources défie avec succès le difficile renouvellement d’un album l’autre et d’une scène à l’autre (surtout si l’on modifie une pièce ou plusieurs en concert). Pari gagné !

Ainsi, les textes, par exemple, se démarquent-ils des clichés habituels du genre pour laisser venir la poésie (L’Orage), mais aussi la satire (sérieuse de L’Amer – le trop fier -, ou comique, de Capitaine Deux-Cennes, qui évoque un marin d’eau douce) tout en conservant la dynamique d’un orchestre festif. Quant à la sixième pièce, à mi-course de cet album, elle se présente comme un slow, interrompant la frénésie sonore pour laisser place à une chanson d’amour de l’ancien temps (Le Jardinier du couvent), élégante et raffinée comme celle d’un troubadour.

Frénésie, vous avez dit « frénésie » ? Mais quelle « frénésie » ?

Celle de la musique irlandaise, bien sûr, caractérisée par ses mélodies, ses rythmes, ses contre-temps ensorcelants et par ses sons si caractéristiques : le tin whistle (petite flûte), le violon et le bouzouki, omniprésents, rehaussés par les touches appropriées de cornemuse et d’accordéon. Le tout se présente habituellement sous une forme acoustique (comme chez THE POGUES). Mais ici, la tradition est chapeautée par les instruments électriques du rock : batterie, guitares et basse électriques font de ce groupe une formation au son puissant destinée à chasser toute mélancolie, celle qui nous fait associer le glaçon dans le verre à moitié vide à l’iceberg du Titanic « on the rocks ». La vitalité qui anime ces sept musiciens gagne l’auditeur en un quart de croche et le spectateur plus rapidement encore, la gigue québécoise entraînant en une folle farandole des passagers qui n’attendent qu’être un peu bousculés pour attraper la main qui se tend.

Alors, en attendant de (re)voir BODH’AKTAN sur scène, fermez les écoutilles, larguez les amarres, ouvrez grand les hublots au vent d’ouest, et en avant pour une virée cinglante qui vous (re)donnera la saveur et l’ivresse de la fête en pleine mer, même si elle est imaginaire !

Mescalito

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