ENSEMBLE KABOUL – Nastaran
(Ethnomad / Arion)
Interdite pendant de nombreuses années en Afghanistan, la musique traditionnelle afghane n’en reste pas moins l’une des plus diversifiées. En effet, l’Afghanistan compte de nombreuses ethnies (Hazaras, Ouzbèkes, Pachtounes, Tadjikes, Turkmènes) et est situé près de pays dont la culture musicale est également très riche (Iran, Pakistan…). L’ENSEMBLE KABOUL, fondé en Suisse en 1995 avec l’aide des Ateliers d’ethnomusicologie, est l’un des gardiens de ses traditions musicales et de son évolution.
L’un de ses fondateurs, Hossein ARMAN, chanteur et compositeur autrefois réputé dans son pays, a été l’une des figures les plus importantes du renouveau du chant populaire afghan dans les années 1950 et 1960 et connaît un vaste répertoire de chants traditionnels qui sert de base au répertoire de l’ENSEMBLE KABOUL. Le groupe est composé de Hossein ARMAN aux chant, armonia, rubab et zang, de son fils, Khaled ARMAN (au rubab), qui a étudié la musique classique européenne et la guitare à Prague puis à Paris et également fondateur d’un groupe électro-ethno (KABUL WORKSHOP ORCHESTRA) avec un musicien traditionnel napolitain, et de son cousin Osman ARMAN, joueur de tulak, la flûte traversière afghane de bambou.
Autour d’eux sont venus se greffer l’Américain Paul GRANT au santour, qui enseigne les musiques indienne et iranienne à Genève, les Afghans Taher HAKAMI au chant et à l’armonia (petit harmonium), Ysuf MAHMOOD aux tablas et Ustad Malang NEDJRABI au zirbaghali (tambour afghan) qui accompagna jusqu’au début des années 1980 les musiciens afghans les plus illustres et donna de nombreux concerts solos dans le monde.
Le répertoire présenté sur Nastaran (« Églantine ») est en grande partie traditionnel, arrangé en majorité par Khaled ARMAN, à l’exception de deux de ses compositions personnelles (Sindhi Bhairavi, improvisation dédiée au grand maître du rubab Ustad Mohammad OMAR, et Khorshid guna-e man), d’un arrangement de Osman ARMAN (Mahali) et d’une improvisation en solo de Ustad Malang NEDJRABI (Zirbaghali solo).
Se succèdent harmonieusement instrumentaux et morceaux chantés en alternance par Hossein ARMAN et par Taher HAKAMI, la plupart des chants d’amour. Aux côtés de chants plaintifs et désespérés – «Les fleurs de mon souvenir ont séché dans les pages de mon livre, et chaque fleur me rappelle ton nom » (Khorshid guna-e man) ou « Hier soir comme une flûte je pleurais à cause de toi… » (Dishab ke tchu nai) – se croisent des chants de fêtes, des chants inspirés des bardes tadjikes, soutenus par des percussions virtuoses, des envolées de flûte aériennes et magiques, des influences des multiples ethnies qui vivaient autrefois en harmonie et en paix en Afghanistan.
Sylvie Hamon
Page label : https://arion-music.com/produit/nastaran-afghanistan/
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°9 – octobre 2001)