Harold BUDD – Avalon Sutra
(Samadhi Sound, 2004 ; réédition Darla Records, 2014)
En voilà une pochette pleine de couleurs, toute en fleurs, noyée dans les oranges, le rose, le vert sur un fond de ciel bleu, un peu comme les calendriers de la poste. Les plus malins diront qu’il s’agit d’une pochette à contre-emploi par rapport à la pochette minimaliste et nocturne du maître et de l’aïeul du piano ambient. Mais ceux qui ont déjà été traversés par la lumière fulgurante de l’illumination, le samadhi, à force de réclusion et de méditation, à force de restriction et de concentration, avent que les ténèbres débouchent sur une vue aussi claire et enfantine du monde. Pas de malice donc dans cette jaquette, mais au contraire une grande perspicacité sur la nature finale de l’ambient, qui sous des dehors peu engageants promet le sourire de l’âme.
Et on peut dire que sur ce double CD cette promesse est largement tenue. En reprenant l’affaire sous un aspect moins lyrique, on pourra rappeler à nos plus jeunes lecteurs qu’Harold BUDD fut aux côtés de Brian ENO, dans les années 1970, l’un des fondateurs de l’ambient, se situant dans une filiation classico-contemporaine (Philip GLASS, mais avec un tempo et une quantité de notes divisés par 10), plutôt que dans une optique spatiale. Avec l’introduction de cette notion, toute impressionniste, de temps suspendu, il pose l’un des piliers théoriques du genre, s’éloignant des voyages imagés ou imaginaire de la progressive, ou des délires cosmiques des Allemands de l’époque.
Cette retenue ascétique dans le phrasé (amplement soutenue par une reverb’ de bon aloi) fera merveille jusqu’à la fin des années 1980. Après le superbe White Arcade, la musique du pianiste ne sera que redites ennuyeuses. Avec un concept technique aussi limité, la grâce (comme l’absence de grâce) se révèle tout de suite, d’évidence, j’aillais dire sans pitié.
La Bella Vista, en 2003, ne m’avait pas convaincu, et c’est sans enthousiasme particulier que je me mis à disséquer ce double CD. Le premier CD se compose de 14 titres courts où le piano d’Harold BUDD croise un saxophone et un orchestre de chambre. Par l’ambiance nostalgique et grisâtre, avec ses influences classiques, on pense d’emblée à de la musique sortie de ECM New Series (ceux qui aiment Ketil BJORNSTAD, Jan GARBAREK ou Garvin BRYARS y trouveront leur compte).
Bref, après l’écoute de ce CD qui se nomme Avalon Sutra, gai comme un cimetière breton au mois de décembre, vous mettez le second disque, le très bien nommé As Long as I Can Hold my Breath. Car là, vous retenez vraiment votre souffle. Il n’y a qu’un titre. S’il est mauvais, ce CD sera à mettre aux archives et Harold BUDD avec… définitivement. Tout se joue sur un titre, le dernier, quitte ou double. Et c’est double !
À nouveau, cette présence perdue traverse les espaces morts, à nouveau ce sourire de l’âme vient à vous. Le meilleur titre d’Harold BUDD depuis très longtemps a le bon goût d’être aussi le plus long. Contrairement à son nom, nous respirons de nouveau. As Long… ressemble un peu à En attendant Cousteau de JARRE (le titre le plus « buddien » du Français) mais où les nappes de synthé seraient remplacées par du violoncelle (joué par Akira RABELAIS). Quelques touches de piano d’une pure grâce viennent rehausser ces nappes.
À l’esthétique on devine que ce disque est traversé de part en part par l’Orient (les titres, l’aspect méditatif ; David SYLVIAN, grand dévôt de Mata Amritanada MAYI, s’occupe de la direction artistique ; le nom du label, Samadhisound), mais dans un contexte chrétien on aurait parlé de résurrection.
Héry
(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°17 – avril 2005)
Page : https://haroldbudd.bandcamp.com/album/avalon-sutra
Label : www.darla.com