ILITCH – Dark Summer
(IlitchMusic)
Ne cherchez pas Vladimir, l’ILITCH dont on parle est l’une des entités créées par Thierry MÜLLER, l’un de ces trésors cachés de l’Hexagone qui, depuis les années 1970, sévit dans les brèches ouvertes par le krautrock ou la cold wave, slalomant dans les sentiers défrichés par les HELDON, NURSE WITH WOUND et autres LEGENDARY PINK DOTS, que ce soit en solo ou en groupe (RUTH, CRASH…). ILITCH lui-même s’est décliné à travers les époques comme un projet solo ou une formation plus étoffée. Et c’est du reste encore le cas aujourd’hui puisqu’ILITCH a sorti un CD chez Beta-Lactam Ring Records, La Maïeutique de la quantique, dans lequel Thierry retrouve son frangin Patrick MÜLLER (L’ORCHESTRE INACHEVÉ, PUPUSSE & PATRACK…), Fred NIPI et Franq DE QUENGO (DRAGIBUS). Dark Summer voit en revanche Thierry MÜLLER officier seul, à la basse, à la guitare et aux samples.
Comme son titre l’indique, ce LP (au tirage limité à 250 exemplaires) draîne une série de climats bilieux et d’humeurs taciturnes accouchés en seulement une ou deux prises improvisées dans le vif d’un passage en creux que le musicien a semble-t-il traversé durant l’été 2006, comme en témoigne le synopsis mis en exergue : « Il y a des jours où tout vous échappe. Il y a des jours où le ciel n’en finit plus d’être gris… » Dark Summer peut se lire comme un moyen d’exorciser ce « bad karma ».
Le choix du support vinyl a permis à MÜLLER d’intégrer ces improvisations dans une structure narrative scindée en deux parties : il y a donc une « day side » et une « night side », et des titres de morceaux se répondent ou se complètent d’une face du disque à l’autre. MÜLLER égrène ses scarifications mentales en priorité à la guitare basse, qui développe ici une grammaire à base de distorsions et de « feedback » qui génère une palette atmosphérique aigrie, tendue, saillante, aux reliefs fortement contondants.
Et quand Monsieur ILITCH/MÜLLER prend la guitare, celle-ci agit comme un lance-flammes (Dark Summer Night). Quand la guitare et la basse unissent leurs cordes, ça donne aussi de petits bijoux aussi entêtants que lancinants, comme ce Diving in Girl’s Mind, dans lequel se fait entendre – c’est le seul moment sur ce disque – une voix, celle du troublant et troublé personnage de Laura Palmer, de Twin Peaks. Sur The Insoluble You, la guitare prend une tonalité plus lumineuse, au profit d’une tirade bluesy qui, une fois appuyée par un sample de batterie, gagne en intensité ascensionnelle, avant l’apaisement final.
L’été sombre touche à sa fin, et l’auditeur, ébahi et sidéré, n’en finit pas de chercher à en raviver les braises pernicieuses.
Stéphane Fougère
Site : https://ilitchmusic.com/
Page : https://ilitchmusic.bandcamp.com/album/dark-summer
(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°30 – mai 2011)