LES RAMONEURS DE MENHIRS – Tan ar bobl
(Coop Breizh)
Présents dans le paysage musical breton depuis presque une décennie, LES RAMONEURS DE MENHIRS officient dans un genre que l’on qualifie de punk celtique. Si ce genre est très populaire et attirent en grand nombre les amateurs en Europe, ou encore outre-Atlantique, il reste relativement discret en France. Même en Bretagne, rares sont les formations qui s’y essaient. LES RAMONEURS DE MENHIRS font donc toujours office de précurseur.
Ce nouveau CD, le troisième, marque une étape dans la vie du groupe. Il voit en effet l’arrivée d’un nouveau chanteur principal, Gwenaël KERE. Les sonneurs Éric GORCE et Richard BEVILLON (bombardes, biniou, chant) et l’ancien BERURIERS NOIRS, Loran, devenu Lor’ann de Bretagne (guitare, boites à rythmes, chant) sont eux toujours bien présents. Ce changement se produit, si l’on peut dire, dans la douceur car le son et le style des RAMONEURS sont toujours bien présents et les auditeurs ne s’en trouveront nullement désorientés.
Le titre de l’opus, Tan ar bobl, signifie Le chant du peuple. C’est bien là le message que souhaite transmettre le groupe en soutenant les opprimés (Pussy Riotal, clin d’œil au célèbre collectif féministe russe) ou les communautés (Azawad dieub, en faveur du peuple touareg) sans tomber dans le communautarisme, mais au contraire en favorisant l’échange, le mélange des langues et des cultures, dans une certaine.
Les reprises de Viva la révolution, du groupe punk britannique THE ADDICTS ou Ni veway, chant révolutionnaire berbère, emprunté à Lounis AÏT MENGUELLET, dans lequel est incluse la mélodie E kreiz an noz de Youenn GWERNIG, s’inscrivent avec justesse dans cette démarche.
Pour bien montrer le lien entre les deux formations, deux titres des BERURIERS NOIRS, réadaptés pour l’occasion, trouvent ici leur place sans aucune incongruité, Ibrahim, en hommage au peuple palestinien pour lequel une partie en breton a été rajoutée et Makhnovtchina en soutien au peuple ukrainien.
La musique dégage toujours autant d’énergie. La rythmique est soutenue par le couple biniou-bombarde, rappelant ainsi que, même si cette musique prend différentes couleurs et quitte parfois les rives bretonnes, elle ne s’en éloigne jamais vraiment. Les mélodies font d’ailleurs souvent référence à des thèmes de danses (gavotte, rond pagan, laridé) réorchestrés à la sauce RAMONEURS. Le groupe se produit du reste aussi bien en concert qu’en fest-noz. Pour renforcer cette imprégnation traditionnelle et le lien intergénérationnel, Louise EBREL, fille et héritière d’Eugenie GOADEC, une des mythiques SŒURS GOADEC, vient à nouveau donner de la voix sur Ar we’enn-avalow et Ar paotr disoursi.
Comme pour accentuer l’engagement du groupe, la pochette de l’album et le livret dépliant, richement illustré, se situent dans la même approche idéologique que le contenu de l’album.
Le CD a pris son temps pour arriver, mais il ne déçoit pas. LES RAMONEURS DE MENHIRS démontrent qu’ils ont su rester cohérents et conserver leur esprit de révolte. En ce moment, cela est salutaire.
Site : www.ramoneursdemenhirs.fr
Didier LeGoff