CAMEL – Earthrise Live at the Marquee 1974

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CAMEL – Earthrise Live at the Marquee 1974
(Esoteric Recordings / Cherry Red Records)

Il existe de nombreux enregistrements de concerts qui n’ont pas servi à publier des albums live, mais qui ont été utilisés par les maisons de disques pour ajouter une plus-value (à l’usage des fans) aux faces B de 45 Tours ou de maxi-45 Tours, en proposant des versions live de tel ou tel morceau. Plus tard, à l’époque de l’apogée du CD (c’était il n’y a pas si longtemps…), ces mêmes enregistrements de concerts ont été utilisés pour fournir des « bonus tracks » aux rééditions CD remastérisées de tel ou tel album. C’est le cas de cette archive « live », qui propose l’enregistrement intégral d’un concert dont seulement quelques extraits ont été intégrés en bonus de versions remastérisées de trois albums du groupe qui nous occupe ici, CAMEL. Ce dernier n’est plus à présenter aux amateurs de ce rock des années 1970 dit progressif puisqu’il en fut l’un fers de lance.

CAMEL ne fut sans doute pas le plus célèbre ni le plus mythique des groupes de rock progressif. On peut même dire qu’il a plutôt été l’un de ces « seconds couteaux » qui a vécu dans l’ombre de ses augustes contemporains. Moins tarabiscoté que GENESIS, moins emphatique que YES, moins « egotrippé » qu’ELP, moins avant-gardiste que KING CRIMSON, moins symphonique que RENAISSANCE, moins pop que CARAVAN, le rock progressif de CAMEL n’a pas cherché à verser dans la plus extrême complexité dans son écriture, ni dans la virtuosité exacerbée dans son interprétation, mais s’est maintenu constamment sur cette ligne sinueuse entre les dunes de la sophistication et les oasis de la simplicité, privilégiant la mélodie et l’harmonie à la dissonance, ménageant dans ses compositions des passages fiévreux et des séquences pleines de douceur, combinant rock planant « floydien » et rock plus « heavy », avec quelques propensions jazzy, et même « groovy ».

De plus, CAMEL n’a pas eu la chance (ou la malchance, c’est selon) de se faire entendre auprès d’un plus grand public par l’entremise d’un tube qui lui aurait ouvert les portes de la reconnaissance et de l’introniser dans la grande histoire du rock. Il est vrai aussi que son répertoire faisait davantage la part belle aux compositions majoritairement instrumentales, voire complètement instrumentales, plutôt qu’aux pièces de format chanson, ce qui n’a pas dû faciliter sa diffusion sur les radios.

Mais en dépit d’un ou deux faux pas bien relatifs dus à une vaine (et donc éphémère) tentative de coller à l’air du temps dans les années 1980, CAMEL fait figure de groupe intègre auprès des amateurs d’un rock plus exigeant, et dont la production discographique est restée somme toute de très bon niveau au cours des cinquante années de sa carrière, même si celle-ci ne se poursuit qu’en pointillés ces dernières années par le biais de tournées et d’enregistrements live (le dernier album studio datant de 2002).

Sa longévité aura permis à CAMEL d’entrer dans le panthéon des groupes progressifs de référence, et sa contribution artistique a été mise en valeur par la sortie du méga-coffret de 27 CDs et 3 Blu-Ray Air Born, regroupant tous ses albums (remastérisés) parus sur MCA et Decca, soit de 1973 à 1984, plus quelques inédits studio et quelques captations de concerts. Ces dernières ont aussi fait l’objet d’une publication strictement digitale, The Live Recordings 1974 – 1977. C’est l’un de ces concerts que le très recommandable label Esoteric Recordings publie sous forme d’un double CD digipack, baptisé Earthrise, du nom de l’une des compositions de l’album Mirage, sans doute le plus populaire des disques de CAMEL, au moins à cause de sa fameuse illustration de pochette qui détourne celle d’une non moins célèbre affiche publicitaire d’une certaine marque de cigarettes…

Le concert ici restitué sur disque, enregistré au mythique Marquee Club de Londres le 30 octobre 1974, est contemporain de la sortie de Mirage, et sa captation a été faite durant la tournée de promotion de cet album et devait servir à promouvoir ensuite la tournée américaine du groupe ainsi qu’à renforcer la publicité autour de la sortie de Mirage en Europe. Cet enregistrement est important à plus d’un titre. D’abord parce qu’il permet d’entendre CAMEL lors de l’un de ses derniers concerts dans un club à taille humaine, vu qu’il jouera par la suite sur de plus grandes scènes. Il permet de plus de retrouver en live la formation originelle du groupe (assurément la plus célèbre), alors en pleine ascension, constituée du compositeur, guitariste, chanteur et flûtiste Andy LATIMER, du compositeur et claviériste Peter BARDENS, du bassiste Doug FERGUSON et du batteur-percussionniste Andy WARD.

De ce fait, le répertoire joué a tout du « best-of » des premières années de CAMEL : on y retrouve – et c’est assez logique – l’intégralité de l’album Mirage, plus trois pièces provenant du moins connu premier album éponyme, ainsi que trois pièces du futur album Music inspired by The Snow Goose jouées en avant-première (le disque ne sortira que l’année suivante) et deux pièces de Peter BARDENS, Ligging at Louis’ (jamais enregistrée en studio) et Homage to the God of Light, laquelle est issue de son album solo The Answer, Homage to the God of Light, qui servait de rappel lors des concerts de CAMEL à cette époque. Autant dire que les fans du groupe qui n’ont pas pu se payer l’onéreux coffret Air Born et qui préfèrent néanmoins le support physique à une sortie digitale seront ravis de cette publication en double CD de l’intégralité de ce concert marquant à plus d’un titre.

Certes, les premières années de scène de CAMEL nous étaient déjà connues par le biais d’autres archives live, les « official bootlegs » On the Road 1972 – paru en 1992 – et ’73 -‘ 75 Gods of Light paru en 2000, tous deux sur le propre label du groupe, Camel Productions. Mais ces archives ne circulent plus guère aujourd’hui et ne comprenaient pas de concerts complets. Earthrise Live at the Marquee 1974 comble fort heureusement cette lacune. Sa sortie était d’autant plus espérée que, ainsi que nous l’avons écrit, plusieurs extraits de ce concert avaient déjà été publiés dans les rééditions d’albums remastérisés publiées en 2002 : Homage to the God of Light a été inclus dans la réédition CD de Camel ; Supertwister, Mystic Queen et Arubaluba figuraient dans la réédition CD de Mirage, et Rhayader Goes to Town, The Snow Goose et Freefall se trouvaient dans la réédition CD de Music inspired by the Snow Goose. Et il ne faut pas oublier que les versions live de Ligging at Louis’ et de Lady Fantasy provenant de ce concert au Marquee Club figuraient au menu du premier double album live de CAMEL, baptisé A Live Record (explicite à défaut d’être original), paru en 1978 et compilé à partir de plusieurs concerts étalés entre 1974 et 1977.

En définitive, les trois quarts de ce concert ont déjà été rendus disponibles ici ou là sous forme de pièces détachées. Seuls les morceaux Nimrodel / The Procession / The White Rider, Six Ate, Earthrise et Sanctuary étaient restés inédits jusqu’à leur inclusion dans le coffret Air Born et dans ce double CD Earthrise, Live at the Marquee 1974, qui proposent enfin la restitution complète du puzzle, avec les pièces manquantes du dossier !

Bénéficiant d’une prise de son fort correcte (en dépit d’un léger effet de distance due sans doute à la résonance de la salle), la captation de ce concert a été mixée à partir des bandes master seize pistes par Steven W. TAYLER (à qui l’on doit les nouveaux mixages de plusieurs albums de CAMEL parus au cours de 2025) et permet de revivre ce moment hautement musical dans son intégrité et son intégralité, les pièces du répertoire ayant été remises dans l’ordre de leur exécution.

On y découvre un quartet bien soudé et assez fringant, aussi précis que jubilatoire dans son interprétation. Les envolées guitaristiques, ici enflammées, là plus caressantes, de LATIMER et les flux claviéristiques, tantôt telluriques, tantôt lunaires, de BARDENS sont propulsés par une section rythmique assez redoutable combinant la solide assise de FERGUSON à la basse et l’agilité époustouflante de FERGUSON à la batterie. Tous les morceaux sont interprétés de façon impeccable, avec ce supplément de dynamisme qu’offre le contexte live, et qui atteint son apogée lors des deux derniers morceaux, Lady Fantasy et Homage to the God of Light, lesquels offrent toute latitude aux solistes pour déployer leur fougue. Le Chameau a majestueusement roulé sa bosse, et le public ne s’y trompe pas.

Si ce concert avait jusqu’ici servi de bouche-trous à des rééditions d’albums, sa mise à disposition en support physique dans sa version complète lui permet, au-delà de son statut d’archive, de rejoindre la discographie classique de CAMEL, compte tenu de son excellence artistique. On souhaite que pareil traitement soit appliqué aux autres enregistrements de concerts de l’âge d’or de CAMEL inclus dans le coffret Air Born, comme le concert donné à l’Hammersmith Odeon en 1976 dans le cadre de la tournée de cet autre fleuron de la discographie « camelienne » qu’est Moonmadness, parmi d’autres exemples.

Stéphane Fougère

Page label : https://www.cherryred.co.uk/camel-earthrise-live-at-the-marquee-1974-2cd

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