Totó LA MOMPOSINA – Pacantó

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[La chanteuse et compositrice colombienne Totó LA MOMPOSINA est morte le 17 mai 2026 à l’âge de 85 ans des suites d’une maladie neurocognitive. Elle était considérée comme l’ambassadrice de la musique colombienne, ayant contribué à la préservation et à la diffusion internationale des rythmes traditionnels des Caraïbes colombiennes tels que la cumbia, le bullerengue, le mapalé, le chalupa… Son engagement pour les causes indigènes fut tout à la fois culturel, social et politique. Après avoir mené une carrière étalée sur une soixantaine d’années, Totó LA MOMPOSINA avait fait ses adieux à la scène en 2022, laissant un opulent héritage qui a eu une influence majeure. À titre d’hommage, nous publions une ancienne chronique de disque parue dans la revue ETHNOTEMPOS.]

Totó LA MOMPOSINA – Pacantó
(MTM/World Village)

Chanteuse et percussionniste, Totó LA MOMPOSINA (de son vrai nom Sonia Bazanta VIDES) est originaire de l’île de Mompós située au milieu du grand fleuve Magdalena, près de la côte atlantique en Colombie, île où se réfugiaient les esclaves africains qui s’échappaient de Cuba, favorisant ainsi le métissage de la population. Elle a commencé très jeune à parcourir les villages pour recueillir des informations et des témoignages sur la culture traditionnelle colombienne, dans le but d’étudier et de préserver cette culture, et est devenue – à l’instar de sa mère, Livia VIDES – danseuse et « cantadora » (chanteuse). Cantadora veut dire plus que simple chanteuse ; ce titre fait d’elle une « gardienne de la tradition ».

Depuis les années 1960, Totó LA MOMPOSINA poursuit avec son groupe Y SUS TAMBORES la mission que s’était donné sa mère, à savoir préserver et populariser l’identité culturelle afro-indigène de la côte caraïbe colombienne, notamment la musique de la région de la Mompósina (d’où son surnom), mêlant chants afro-colombiens, influences indigènes et rythmes caribéens : cumbia, bullerengue, porro, tambora, mapalé et chalupa. La musique de Totó LA MOMPOSINA est indissociable de son engagement politique et social, qui fait figure de résistance culturelle. Sa fierté afro-indigène s’affiche dans son style tant enjoué que sacré qui puise autant dans les rythmes ancestraux que dans les chants des « cantadoras », des femmes des villages. Sa notoriété lui a de fait permis de défendre les droits des communautés marginalisées de Colombie.

Le premier disque de Totó LA MOMPOSINA Y SUS TAMBORES destiné au public occidental est paru en 1984 chez Auvidis. (Cette signature sur un label français n’est pas anodine quand on sait qu’elle s’est exilée dans l’Hexagone dans les années 1970 en tant que réfugiée politique. Le soutien qu’elle a reçu en France lui a fait considérer celle-ci comme sa « seconde patrie ».)

Neuf ans plus tard, le label Real World publie l’album La Candela viva, qui lui ouvre une reconnaissance internationale. Cinq décennies après ses débuts, Totó LA MOMPOSINA est réputée comme la représentante de la musique traditionnelle colombienne dans le monde, ce qui ne l’empêche pas de continuer ses collectages, avec son groupe dont font partie certains de ses enfants et petits-enfants.

Originellement paru sur le label colombien MTM en 1989, Pacantó fait l’objet d’une réédition douze ans plus tard sur le label français World Village, de manière à le faire découvrir par un public plus large. Il est le fruit de trois années de travail sur les mélodies traditionnelles, de recherches sur leurs racines et leurs convergences avec les musiques africaines, cubaines…

L’instrumentation choisie est extrêmement diversifiée afin de tenir compte des métissages existant en Colombie. Ainsi accompagnent le chant de Totó LA MOMPOSINA de nombreuses percussions afro-cubaines dont les tambours, bongos et maracas, des cuivres, des gaitas (flûtes pré-colombiennes), des guitares acoustiques (introduites en Colombie par les conquistadores, mais dont l’origine est africaine) et les chœurs des musiciens, que l’on a hélas oublié de créditer dans les volets de ce CD digipack.

Morceaux traditionnels et compositions se côtoient, des mélodies à la flûte sont soutenues par de percussions tribales (Chambacú, Bozaa y Media…), et des influences afro-cubaines, espagnoles, africaines se font sentir, avec notamment une reprise d’un morceau guinéen (Mami Wata), qui fait entendre les voix de Djanka DIABATE et de Mama KEITA, originaires du Mali. De même, le guitariste congolais Papa « NOËL » NEDULE est invité sur Milé (El Hombre Borracho).

En prime, Totó LA MOMPOSINA a rédigé un texte très pertinent consacré à la création de cet album. «Nous avons essayé de consolider le mariage entre nos diverses familles musicales pour montrer que la vraie musique colombienne ne connaît ni contrainte, ni frontière, ni race, ni couleur.» Voilà qui résume bien la couleur, ou plutôt les couleurs de Pacantó ! Ce disque a connu une conception difficle, mais a su passer outre les larmes et la douleur (le propre fils de Totó, Marco VINICIO, en charge des arrangements, a dû quitter le groupe pour cause de maladie…), pour s’imposer comme une œuvre riche, forte et vivace à travers lequel respire un cœur d’une grande générosité, celui de Totó LA MOMPOSINA et de la culture qu’elle porte en étendard.

Sylvie Hamon et Stéphane Fougère

Site : https://www.totolamomposina.com/

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°9 – avril 2001,
et remaniée en 2026)

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