NIOU BARDOPHONES – Air de Rien
(Buda Musique)
Les NIOU BARDOPHONES se sont fait remarquer à maintes reprises sur des scènes en Bretagne, notamment au Festival Interceltique de Lorient, mais également à la clôture de l’édition 2003 du Festival de Bouche à Oreille de Parthenay, en Gâtine, où le choc sonore nous a fait oublier la canicule, ainsi qu’à la Maison pour Tous de Chatou dans les Yvelines (qui était alors jusqu’en 2004 l’un des principaux lieux de création de la région parisienne avant de voir sa programmation concerts honteusement supprimée). Le groupe est composé de musiciens ayant chacun une expérience dans la jazz et membres du BAGAD MEN HA TAN : Ronan Le GOURIEREC au saxophone baryton (qui officie dans L’OCCIDENTALE DE FANFARE, DOCTEUR NOZ, LES FRERES GOA-TECH et bien d’autres formations), Erwan KERAVEC aux cornemuses (membre lui aussi de L’OCCIDENTALE DE FANFARE), Guénolé KERAVEC à la bombarde et à la trélombarde (bombarde ténor), Pierre-Yves PROTHAIS et Pierre Le TOUX en alternance à la batterie, sur disque comme sur scène.
Les NIOU BARDOPHONES, dont le nom est une association de noms des principaux instruments de la formation, ont attendu que les années et les concerts fassent mûrir leur musique pour sortir enfin leur premier album, Air de Rien. C’est bien à un véritable choc qu’il faut s’attendre avec cet album qui, « l’air de rien », est en train de révolutionner tout un pan de la musique bretonne à sa manière, avec sa « musique traditionnelle imaginée » (quasiment tous les morceaux sont composés par les musiciens, plus particulièrement Ronan Le GOURIEREC et Erwan KERAVEC) et un nouveau son.
Les influences sont multiples : la tradition bretonne, le jazz, l’improvisation, le free-jazz et parfois des relents « trash ». Cornemuse, bombarde, saxophone et batterie ouvrent en fanfare ce disque, des cris déchirants de saxophone se font entendre, la mélodie de la cornemuse vient calmer l’ensemble avec en fond le bourdon de plus en plus menaçant du saxophone, la batterie, jazz, accentue la tension, avant un déluge de plaintes de la bombarde et du saxophones.
Voilà une danse que l’on n’est pas prêt d’oublier, avant un Carré Carcassien (!) qui n’arrondit pas les angles d’une musique aussi labyrinthique, où les cassures de rythmes, accélérations et ralentissements contrôlés sont de mise. La batterie ne se contente pas d’accompagner l’ensemble, mais fournit des ambiances variées grâce à son jeu très large allant du jazz aux percussions ethniques, notamment l’ouverture du sublime et envoûtant traditionnel turc revisité, Kutahya’nin Pinarlari et sur Longa, le morceau de l’album qui sonne le plus « jazz traditionnel ».
L’ensemble est résolument marqué par le free-jazz du plus haut vol et en déroutera plus d’un. Deux hommages figurent également sur cet album : Air de Rien du guitariste de flamenco Lorenzo RECIO et la reprise de Love Cry du compositeur et saxophoniste Albert AYLER qui a révolutionné (« traumatisé » dit-on même !) le jazz dans les années 1960.
À l’écoute de cet album novateur et très réussi, il est certain que les NIOU BARDOPHONES sont en train de traumatiser les fusions entre free-jazz et musique bretonne, et avec quel brio et… l’air de rien !
Sylvie Hamon
Site : www.geocities.com/ekeravec/niou_bardophones_braz.htm
Label : www.budamusique.com
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°17 – juin 2005)
