UB*K – Arpenteurs des mondes

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UB*K – Arpenteurs des mondes
(Autoproduction)

Il y a des groupes qui cherchent à travers leur musique à faire voyager dans un monde, voire des mondes. Celui qui nous occupe ici se targue d’« arpenter » les mondes, en faisant peut-être allusion au roman de Daniel KEHLMANN, Les Arpenteurs du monde. Il serait donc moins question de faire rêver d’autres mondes que de prendre les mesures de ceux-ci, ou bien de les parcourir gaillardement. Compte tenu de l’inclusion dans le livret de ce CD d’une citation du poète Victor SEGALEN tirée de ses Conseils au bon voyageur, le terme « arpenteurs » serait plutôt à prendre dans son acception figurée. On imagine bien ces Arpenteurs des mondes aller sans trêve et sans repos à la recherche d’une vérité qui, comme chacun sait, ne se trouve pas au terme de leur quête, mais au sein même de celle-ci. Sauf qu’UB*K ne se contente pas d’enfiler les mondes comme d’autres les perles, il marche aussi à travers le temps !

Formé de trois musiciens issus d’univers musicaux différents, UB*K s’est créé en quatre années d’existence un univers sonore composite, dont ce CD est la résultante. Réalisé via un financement participatif sur la plateforme ulule, l’album Arpenteurs des mondes mêle les sons de la région altaïque de Sibérie à ceux du Moyen-Age occidental. Cela vous rend dubitatif ? Il suffit d’imaginer que les contrées méditerranéennes et sibériennes ait pu procéder à quelques échanges culturels… Tous les Marco POLO du monde pourront vous affirmer qu’il n’y a là-dedans rien qui sonne comme une aberration fantaisiste ou une incongruité hérétique.

L’organetto (orgue portatif) joué par KHRISTOWF fait route commune avec la vièle morin-khuur de BUJEE, reliant ainsi l’Italie ou la Sardaigne du XIVe siècle à la Mongolie éternelle… UTELO y ajoute ses percussions, piano à pouces, guimbarde, tambour, etc. Tous trois chantent également : chants de trouvères, chant longs de nomades mongols et chant de gorge se côtoient, le plurilinguisme est donc de rigueur, et occasionnellement on verse dans la polyphonie spatio-temporelle.

Sans vouloir nécessairement faire œuvre pédagogique ni étude scientifique, UB*K met en résonance le fait que l’organetto peut produire deux tons quand on appuie sur une de ses touches, de même que le chant diphonique mongol et touva (le « khöömei ») combine deux (voire plusieurs) sons (une note continue et des harmoniques). Et si la morin-khuur et le chant de gorge accentuent l’empreinte sibérienne, ils évoquent tout autant quelque rusticité médiévale… Où l’on voit comment deux entités culturelles géographiquement distantes se font finalement écho et parviennent à engendrer un espace de dialogue commun qui fonctionne fort bien.

L’univers de musiques « médiév’altaïques » d’UB*K fait montre d’une étrangeté fascinante et délicieusement envoûtante. On y danse en procession avec la lune comme avec des pirates en ombres chinoises à travers les cycles stellaires en agitant son mouchoir, et on refait les mondes en marchant inlassablement… Quittez donc vos gros sabots, enfilez vos bottes de sept lieues, et suivez UB*K dans son pèlerinage aux résonances lointaines…

Stéphane Fougère

Site : www.ubktrio.com

Page : https://ubktrio.bandcamp.com/album/arpenteurs-des-mondes

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