Gamelan of Central Java : vol. XII – Pangkur One // vol. XIII – Pangkur Two

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Gamelan of Central Java : vol. XII – Pangkur One //
Gamelan of Central Java : vol. XIII – Pangkur Two
(Dunya / Felmay)

Le producteur et musicien de gamelan John Noise MANIS est décidément un stakhanoviste de la production discographique puisqu’on trouve ses travaux sur trois labels différents : Arion, Lyrichord et Dunya/Felmay. C’est sur celui-ci que sont publiés ces deux nouveaux volumes de la série Gamelan of Central Java, qui totalise de ce fait 13 volumes à ce jour et n’est pas prête de s’arrêter.

Les volumes 12 et 13 traitent en fait du même sujet, révélant chacun les diverses formes que peut prendre une pièce de gamelan javanais nommée Pangkur, témoignant ainsi de sa fluidité et de sa versatilité. Pangkur prend ses racines dans la poésie chantée javanaise appelée « tembang macapat » (prononcez « matchapat »), un genre déjà couvert par un précédent volume de la série créée par John Noise MANIS, le vol. IX – Songs of Wisdom and Love.

Comprenant une douzaine de systèmes de versification – chacun correspondant à une structure musicale donnée – le macapat est le support le plus répandu d’une œuvre musicale et a été conçu pour être chanté selon certaines règles stylistiques d’après lesquelles modes et intonations sont exécutés selon un rythme libre. Comme dans d’autres genres de composition, le chant tient donc une place essentielle dans Pangkur, laquelle a été conçue selon un processus de restructuration de mélodies pré-existantes provenant de la poésie chantée macapat.

En ce sens, Pangkur est liée à d’autres formes musicales de gamelan, notamment des danses de cour comme Ladrang, Ketawang ou Palaran. Elle peut être jouée de diverses façons, aussi bien dans le mode « pelog » que le mode « slendro », et peut évoquer plein de climats non seulement d’une version à une autre, mais aussi au sein d’une même version. Si cette caractéristique est en fait commune à toutes pièces de gamelan, Pangkur est sans doute celle qui l’élève à son plus haut niveau. C’est ce que cherche en tout cas à démontrer ces deux CD.

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Le premier contient quatre versions de Ladrang Pangkur dont les différences tiennent au système d’accord, au mode choisi et aux arrangements. Elles sont exécutées par deux larges ensembles de gamelan, l’un issu de l’Institut des Arts de Surakarta, l’autre étant un gamelan professionnel de Yogyakarta.

Le second CD propose six autres versions de Pangkur, lesquelles sont exécutées par un ensemble plus réduit, un « gamelan klenèngan », sorte d’orchestre de musique de chambre, ainsi que par un « gadhon », autre forme de gamelan allégé.

Tous deux comprennent, outre le chant féminin et masculin, des instruments comme les gendèr barung et panerus (carillons de gongs), un gambang (sorte de xylophone), un rebab (vièle), un suling (flûte), un kenong (gong), un gong et un kendhang (percussion). Chaque Pangkur est de plus précédée par sa mélodie-racine en version macapat, interprétée donc « a capella ».

C’est sans doute cette différence de tons entre les deux types de formation enregistrées (gamelans larges et gamelans « de chambre ») qui a décidé de la publication des versions en deux CD vendus séparément plutôt qu’en un coffret double CD.

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Les deux disques sont accompagnés par un copieux livret rédigé par un musicien et professeur faisant figure d’autorité en la matière, Bapak SUMARSAM. Ce dernier analyse chaque pièce avec force détails et subtilités terminologiques (tout est rédigé en anglais, bien sûr), achevant de donner à ces parutions une vocation didactique qui sera surtout compréhensible par les mélomanes spécialistes de la musique classique javanaise et autres chercheurs universitaires. Les autres se contenteront de humer l’arrière-goût de paradis capiteux qui se dégage des vertus rassérénantes des musiques de gamelan de Java-Centre, et des avatars de Pangkur en particulier.

Stéphane Fougère

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Site : www.gamelan.to

Label : www.felmay.it

Distribution : www.orkhestra.fr

(Chronique originale publiée dans ETHNOTEMPOS en 2010)

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