Christian VANDER QUARTET – Concert Rennes 2002

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Christian VANDER QUARTET – Concert Rennes 2002
(ACEL)

Regardez bien attentivement le design graphique de cette pochette de disque, son recto, son verso comme sa tranche. Pour un peu, on jurerait que cet album a été publié par le légendaire label américain Impulse! créé au début des années 1960. Sauf que… L’enregistrement qui nous occupe ici date de 2002, donc bien postérieur à la cessation d’activité dudit label dirigé par Creed TAYLOR puis Bob THIELE jusqu’en 1979. Il s’agit bien sûr d’un hommage, en l’occurrence très appuyé, mais qui fait sens quand on sait qu’Impulse! est connu pour avoir été « la maison que (COL)TRANE a fondée », tant on trouve dans son catalogue les œuvres phares et pionnières du saxophoniste noir américain, et que le répertoire de ce CD publié par le label français ACEL – fondé par Jean-Jacques LECA – est entièrement dévolu au répertoire coltranien. Rien de très étonnant quand on connaît l’admiration sans bornes que voue Christian VANDER à l’œuvre de John COLTRANE.

Plus qu’une influence, COLTRANE est pour VANDER une source intarissable d’inspiration, un guide tant musical que spirituel, et dont la musique nourrit et abreuve en retour sa verve créatrice, que ce soit de manière explicite dans OFFERING, ou de manière implicite chez MAGMA. Pour alimenter ces deux piliers, Christian VANDER s’octroie la permission de revenir à sa source favorite et de puiser directement dans l’œuvre coltranienne, que ce soit avec son trio – formé de Emmanuel BORGHI et de Philippe DARDELLE, et auteur de deux albums studio dans les années 1990, Jour après jour et 65 ! –, ou avec son quartet, dont le Live au Sunset capté en 1999 constitue la seule trace discographique. Le quartet était alors constitué d’Emmanuel BORGHI, de Emmanuel GRIMONPREZ et de Yannick RIEU. (On peut de même ajouter à cette liste l’impressionnant album Bienvenue du groupe WELCOME qui réunit les formations de Christian VANDER et de Simon GOUBERT, plus Michel GRAILLIER sorti en 1996). 

Nous retrouvons donc ici le CHRISTIAN VANDER QUARTET trois ans plus tard, à l’occasion d’un concert donné à la Salle de la Cité à Rennes, lors d’une soirée à laquelle étaient également programmés le Simon GOUBERT QUARTET et les groupes ONE SHOT et AD VITAM, autrement dit une affiche « familiale » fort goûteuse. C’était une époque plutôt active pour le quartet puisque ce concert avait été précédé de deux dates au Triton (Les Lilas) et a été suivi en avril de plusieurs dates en France. Il y a loin à parler de tournée nationale, et encore moins mondiale, mais comparé à la disette scénique à laquelle les formations jazz de Christian VANDER font face de manière régulière (la faute au manque d’intérêt ou à l’ignorance des programmateurs de salles), son agenda était en ce printemps 2002 pas si mal rempli.

À cette époque, si on retrouvait toujours le pianiste Emmanuel BORGHI et le contrebassiste Emmanuel GRIMONPREZ aux côtés de Christian VANDER, le poste de saxophoniste était cette fois dévolu à Éric PROST, dont le jeu au ténor et au soprano fait montre d’une totale adhésion à la nécessité intérieure qui anime le quartet, à savoir celle d’une interprétation aussi incandescente que transcendante, littéralement habitée et éminemment vibrante, qui s’apparente à une véritable entreprise de forage de la matière musicale générée par John COLTRANE et son quartet dit « classique », de manière à en raviver la pâte et le grain sonores. Éric PROST est imbibé de cette possession coltranienne au même titre que ses comparses, Emmanuel BORGHI déployant une plantureuse ferveur pianistique aux accents « mccoytyneresques », Emmanuel GRIMONPREZ ancrant et faisant résonner sa contrebasse à l’instar d’un Jimmy GARRISON, et bien entendu Christian VANDER, dont le foisonnement de couleurs et l’amplitude de mouvement à la batterie n’ont rien à envier à ceux d’Elvin JONES.

Il arrive que la restitution d’une performance live sur disque en fasse perdre sa force intrinsèque. Ce n’est pas le cas de cet enregistrement que l’on doit à Olier ARNAUD et qui, nonobstant ses « menus défauts techniques » (sic), parvient à « réfléchir » la bouillonnante substance vibratoire consacrée par le quartet lors de cette soirée à Rennes, qui fait montre d’une grâce fusionnelle à toute épreuve.

Certes, l’album ouvre sur une interprétation de My Favorite Things privée de ses premières minutes, donnant l’impression que la personne qui a effectué l’enregistrement était arrivée en retard au concert, mais l’époustouflante flambée énergique du quartet nous happe d’emblée et ne nous lâche plus jusqu’au bout.

Et à l’autre bout, justement, les dernières minutes de Crescent manquent sur l’enregistrement, comme s’il avait fallu quitter la salle pour ne pas rater le dernier bus…

De ce My Favorite Things tout en panache à ce Crescent recueilli en passant par un élégant I Want to Talk About You, une Transition pétillante, un Equinox ombrageux et des Impressions fulgurantes étirées par un mémorable solo de batterie de Christian VANDER, c’est un torrent d’énergie passionnelle qui coule sans discontinuer durant les 69 minutes de cet enregistrement sauvé de l’oubli et de la poussière par Jean-Jacques LECA.

Alors soit, le concert n’est pas restitué dans son intégralité (il aurait sans doute fallu un double CD), il doit manquer quelques morceaux à l’appel (Naïma, The Promise et Lonnie’s Lament figuraient aussi au répertoire joué par le quartet durant ces dates du printemps 2002), mais ce document est d’ores et déjà inestimable, et pas seulement pour son côté « historique », mais bel et bien parce qu’il exhume un moment de vie scénique intense et sans concession dont la charge vibratoire transcende toutes considérations techniques, esthétiques, et fait la nique aux productions léchées bien pensantes.

Ce soir-là, à la Salle de la Cité de Rennes, il y avait de la sueur rythmique, de la transpiration harmonique, de la secousse mélodique, de l’improvisation volcanique, de la tension sonique, que la photo de couverture, réalisée par Georges PIGANAU (de même que les autres photos du livret), – et qui montre Master VANDER en pleine action – restitue dans sa beauté explosante-fixe. Il se dégage de cet enregistrement un certain sens de la foi vandérienne dont la quête du « cri » nous projette dans ces « mondes totalement différents » auxquels, selon Christian VANDER, « John COLTRANE et Elvin JONES nous ont amenés » (sic).

Stéphane Fougère

PS : Ce disque est dédié à la mémoire d’Evelyne CERMOLACCE, une passionnée de l’œuvre de Christian VANDER qui avait beaucoup travaillé, avec exigence, pertinence et intransigeance, à sa mise en valeur, notamment à travers sa revue Ascension. À vie, à mort, et après.

Page label : https://acelproductions.com/index.php/les-dernieres-sorties/

 

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