RHÙN – Evil Erbèz
(Baboon Fish / Soleil Zeuhl)
En mars 2024, soit une décennie et six mois après son premier festival (voir notre article), le vaillant label Soleil Zeuhl a remis le couvert en organisant son second festival dédié aux musiques apparentées de près ou d’encore plus près (à moins que ce soit de moins loin) à celle que Christian VANDER a « démiurgiquement » imposé à la face de la planète Terre et de sa race maudite plus de cinquante ans auparavant. En 2013, la mise en place d’un pareil rassemblement événementiel consacré à des univers sonores généralement et magistralement tenus à l’écart de toute promotion et médiatisation au-delà du bouche à oreille dans le cercle d’initiés tenait de la gageure. En 2024, rien n’ayant changé sous le soleil – fut-il zeuhl – le pari était encore plus risqué.
Mais la seconde édition du festival Soleil Zeuhl a bel et bien eut lieu, miraculeusement au même endroit où s’était tenue la première édition, soit le Zèbre de Belleville, à Paris. Tout marginal qu’il fut, l’événement a tout de même attiré une bonne louchée de public hexagonal, mais aussi plusieurs électrons libres émanant du voisinage européen (Allemagne, Norvège, Suède, Belgique, Pays-Bas, Finlande, Royaume-Uni, Estonie), et même une poignée d’irréductibles globe-trotters provenant des États-Unis, d’Israël et du Canada ! Tous ces joyeux fêlés acquis corps et âme à la cause étaient là, fin prêts…
En ce stade antique (ouais, euh… à condition de faire preuve d’imagination !) ils sont venus pour le dernier rendez-vous… pardon : pour ce second rendez-vous décennial qui s’est étalé sur deux soirées (chacune programmant deux formations musicales), précédées – un hasard n’arrivant jamais zeuhl… euh : seul – d’un autre concert susceptible d’intéresser le même public dudit festival, car co-produit par le label Soleil Zeuhl. Bref, du 6 au 8 mars 2024, la Muzik Zeuhl retentit au Zèbre, et le groupe RHÙN faisait partie des heureux élus de la programmation. Et à juste titre il faut bien le dire.
On avait jadis connu RHÙN, mené par le Captain FLAPATTAK, comme une « fanfare du chaos » sur son premier album Ïh, paru en 2013. Puis vint le silence… La fanfare avait-elle sombré dans son propre chaos ? Toujours est-il qu’une décennie plus tard, RHÙN est « revenu, est revenu, est revenu de l’univers » sous la forme d’un « kommandoh »… pardon, d’un sextet qui a réalisé un nouvel album, Tozïh, paru sur le label Baboon Fish, créé par le batteur Pierre LEBOUTEILLIER, alter-ego terrestre du Captain FLAPATTAK. Ce concert au Zèbre de Belleville offrit l’occasion à RHÙN de célébrer la naissance de sa nouvelle formation, réduite au passage à un « qùïhntêt » dont le son d’ensemble (batterie, basse, guitare, violon et claviers) n’était pas sans évoquer celui du MAGMA de Könhtarkösz ou du Hhaï Live, donc très ancré dans un héritage zeuhl (qui l’eut cru ?) qui a fait ses preuves et qui ne peut que capter derechef l’attention des amateurs.
En dépit de ses sérieuses affinités avec le kommandoh kobaïen des origines, RHÙN cultive un univers zeuhl bien à lui, mariant une orientation jazz-rock-fusion à des inclinations « zeuhl mëtaahl », avec des incrustations subreptices d’autres influences, ici gonguesques, ici zappaesques, ici soft-machiniennes. En grande partie instrumentale, la musique de RHÙN intègre aussi des vocaux (strictement mâles) s’exprimant dans un langage bien à lui, le « xikùèh », variante dialectale même pas déguisée du « kobaïen zenträhl ». Ajoutez-y un sens de la « dark fantaisie » apocalyptique pince-sans-rire où émergent du noir le plus profond les ombres d’un LOVECRAFT et d’un BURROUGHS, et un goût pour les sautes d’humeur fantasques qui le rapprochent d’un KOENJI HYAKKEI ou d’un CORIMA, et vous avez la photo dans le cadre.
L’album Tözih étant paru six mois auparavant, c’est en toute logique que les trois pièces qui le constituent furent jouées à ce concert, Sédalg Rhëvé / Ygahpoporhtna Lrig et Eripme Cirtcele inaugurant le menu, et la pièce montée Ehmët Um Rhët Sam servant de copieux dessert. Au beau milieu, le public eut la surprise de savourer en exclusivité deux nouvelles pièces, Henc et Theus Amstrad (toute ressemblance, etc.), provenant d’un nouvel album, Tozzos, qui, par le plus grand des hasards fortuits, sortait le jour même du concert ! Comme les auditeurs sagaces l’auront deviné, Tözih et Tozzos forment un diptyque. Et pour ne rien gâcher, RHÙN joua même deux compositions non encore enregistrées, Remoost et Swodnïw Eht, mais qui le seront peut-être « dans dix ans » (sic) ! Souhaitons juste que le chaos mondial ne se produise pas avant…
Il y avait donc matière à publier une « arkhïw » discographique de cette performance live, histoire de montrer que cette musique a eu – au moins une fois – l’occasion d’être interprétée sur scène. C’est ce dont s’acquitte Evil Erbez, dont la belle qualité d’enregistrement en fait également une idoine carte de visite au monde parallèle de RHÙN à l’usage des Terriens qui n’ont pu honorer leur convocation. Et ils le méritent bien.
Stéphane Fougère
Page : https://rhunmusic.bandcamp.com/album/evil-erbez
PS : RHÙN a lancé une collecte destinée à financer l’édition vinyle de ses deux albums studios Tozïh et Tozzos en un seul double album (comme pensé à l’origine). Pour en savoir plus et tendre votre obole, veuillez vous rendre ici : https://fr.ulule.com/rhun-tozih-tozzo/
