Melaine FAVENNEC : un troubadour breton a levé l’ancre
Le compositeur, chanteur et musicien breton Melaine FAVENNEC a tiré sa révérence à l’âge de 76 ans le 13 juillet 1976. Natrif de Quimperlé, Melaine FAVENNEC a baigné dès son plus jeune âge dans la chanson traditionnelle bretonne grâce à son père. Il a de même appris la bombarde et le biniou avant de s’intéresser à la poésie de langue française, notamment celle du poète et philosophe Gaston Bachelard. Melaine s’est également investi dans le théâtre (il a co-fondé le Théâtre du Temps fort à Alençon en 1969) et s’est pris de passion pour la photographie. Sa carrière musicale a débuté dans les années 1970 au sein du groupe Dialoued ar Menez, qui a contribué au renouveau de la musique de fest-noz. Melaine y a surtout joué du violon de 1972 à 1975, avant de s’engager sur une voie plus personnelle en tant que chanteur et compositeur, avec son violon et sa guitare.
Dans les années 1970, Melaine FAVENNEC a participé à l’aventure pionnière de la coopérative Névénoé, fondée par Patrick Ewen et Gérard Delahaye, qui avaient mis en place un système d’achat par souscription pour réinvestir les fonds dans la création de nouveaux albums. Névénoé a ainsi contribué à faire connaître des disques de la chanteuse Annkrist, du chanteur Yvon Le Men, de la harpiste Kristen Noguès et des groupes Storlok et Kan Digor, de même que les deux premiers disques de Melaine FAVENNEC, Basse Danse (1976) et Chansons simples et Chants de longue haleine (1978), ainsi qu’un single inédit, Petit Garçon / Chante, chante (1977), jamais réédités sur un quelconque support. Dans le même temps, Melaine s’est produit sur scène avec son propre spectacle, faisant les premières parties de Bernard Lavilliers, Léo Ferré ou Archie Shepp.
Les années 1980 ont vu le passage de Melaine FAVENNEC passer à un échelon de distribution plus vaste, son album Au Secret Déluge (1982), ayant été signé par le label RCA Victor. Mais les musiques bretonnes et celtiques sont passés de mode, et deux autres albums de Melaine, pourtant joués sur scène, restent dans les tiroirs. Son spectacle le Sablier Horizontal rassemble néanmoins pas moins de soixante-dix musiciens d’horizons divers, du bagad au jazz en passant par la chorale.
C’est à cette même époque que Melaine FAVENNEC, désireux d’ouvrir ses horizons musicaux, devient directeur artistique du festival Jazz E Breizh avec le contrebassiste Henri Texier, au château de La Roche-Jagu.
Un autre spectacle, Intime in Time, mis en scène par Hervé Lelardoux et présenté au festival de Bourges en 1985, met en valeur le sens du geste et de la théâtralité de Melaine FAVENNEC, en plus de son ouverture musicale. Il obtient alors le prix de la SACEM et est considéré comme le précurseur d’une nouvelle tendance de la chanson, ce que confirment ses disques Melaine, paru sur Agone en 1987 et La Chambre sorti en 1991 chez Blue Silver.
Dans ses spectacles suivants, Melaine FAVENNEC n’hésite pas à mélanger les genres, dans un souci de reconstruire et de réinventer le patrimoine musical breton. Il est ainsi entouré d’un orchestre philharmonique pour son spectacle Trois = Plus, présenté aux Tombées de la nuit en 1989 et dirigé par Yvan Cassar et fait intervenir un bagad et une formation jazz, le Henri Texier Jazztet, pour une création aux Quarantièmes Rugissants en 1990. Trois ans plus tard, c’est un quatuor à cordes issu de l’Opéra de Paris, un orchestre de chambre et une quinzaine d’instrumentistes divers que Melaine FAVENNEC fait intervenir sur son album Présent d’Exil, publié par la structure Intime in Time et produit par Yvan Cassar.
L’époque des années 1990 est aussi celle où Melaine écrit des textes pour d’autres (Dan ar Braz, Gérard Delahaye), joue au théâtre et se lance dans le cinéma, jouant dans les moyens-métrages Brisures d’Abers de Chin Yan Wong et Jean-Louis Le Tacon, et Un Voyage Immobile de Christian Lejalé, et se met à dessiner et à peindre. De plus, il prête ses traits à un personnage de bande dessinée de François Bourgeon, Les Yeux d’étain de la ville glauque, de la série les Compagnons du crépuscule. Bourgeon rendra la politesse à Melaine FAVENNEC en réalisant les illustrations de pochette et de livret de son CD Hey ! Ho ! paru en 2005.
C’est en 1999 que Melaine FAVENNEC revient à la chanson en enregistrant le CD Nos îles, nos amours pour L’OZ Production avec un quatuor à cordes et le guitariste Dan ar Braz, qui assure également la direction artistique.
Enfin, 1999 est aussi l’année où Melaine FAVENNEC retrouve ses deux anciens complices de Névénoé Patrick Ewen et Gérard Delahaye pour former un groupe constitué de trois voix et de trois violons que l’on appellera commodément le trio EDF (initiales de leurs noms respectifs). Porté par ses concerts qui remportent l’adhésion du public, le trio Ewen / Delahaye / Favennec réalise entre 2003 et 2011 une première trilogie d’albums quasi conceptuelle, Kan Tri, Tri Men et Kan Tri Men, suivie du triptyque « routard » Route 66 (2014), Route 29 (2016) et En route pour la gloire ! (2019). Le trio a continué à se produire sur scène jusqu’en 2024.
Durant ces années consacrées à EDF, Melaine FAVENNEC n’en a pour autant complètement abandonné sa carrière soliste, puisqu’il a réalisé Hey ! Ho ! en 2005 avec Gérard Delahaye, Dominique Molard et Véronique Briel, et Émoi des mots en 2012, un disque dans lequel il interprète des textes du poète et peintre Max Jacob. Ce fut son dernier album.
Artiste complet, Melaine FAVENNEC laisse une œuvre singulière et plurielle qui a mûri dans l’ombre des grandes structures de production et de diffusion, y compris bretonnes, pour mieux préserver son originalité et sa liberté créatives. Melaine FAVENNEC était un artiste exigeant avec lui-même qui a travaillé son verbe avec beaucoup de circonspection, de même que ses mélodies, ses rythmes, sa musicalité en somme.
Mêlant la sophistication au ludique, le chant de Melaine FAVENNEC était unique sur la scène bretonne de langue française. Si la Terre de Bretagne fut la source de son inspiration, il a su aussi se propulser au-delà, dans ses lignes d’horizon maritimes, à la manière d’un troubadour / navigateur qui a su dépassé l’esprit de contestation de ses débuts pour façonner une œuvre qui parle plus positivement à l’intime, à l’humain, dans une optique quasi chamanique.
« Farewell » l’artiste. Nous adressons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Stéphane Fougère
Lire l’entretien avec le trio EDF réalisé par Frantz-Minh Raimbourg.
Site : https://melainefavennec.com/
