Bonnie Prince BILLY – We are Together Again

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Bonnie Prince BILLY – We are Together Again
(Domino Records)

Après la relative et douloureuse déception de l’album Purple Bird paru au début de 2025, Bonnie Prince BILLY s’est remis au travail en reprenant quelques morceaux laissés de côté lors de l’enregistrement du précédent album, mais cette fois au studio End of an Ear (hello Robert W. !) avec un autre producteur (le même que celui qui a concocté le joli Hear the Children Sing paru chez No Quarter en 2023 au même endroit), pour trancher d’avec l’expérience trop Nashville, trop country flamboyante un peu protéiforme et dispersée (qui ne lui va pas du tout et qui semble même l’ennuyer et nous avec) orchestrée par David FERGUSON, tâcheron discipliné, pas terriblement inventif et bien dans les rails de ce Purple Bird.

Pour ce nouvel opus (le 31e ?) Bonnie Prince BILLY a réuni une pléiade de musiciens beaucoup moins requins, qui d’ailleurs l’accompagnent en tournée ainsi que le frère Ned OLDHAM qui revient au bout de 20 ans pour le chant et la basse. Bonnie Prince BILLY clame d’ailleurs que cet album a été symboliquement enregistré au plus près de la rivière Ohio, revenant aux sources de There is no one What will Take Care of You, premier album des PALACE BROTHERS en 1993.

Retour aux sources donc, retour de Catherine IRWIN (sur Hey Little) qui accompagnait le chanteur sur l’album Ease Down the Road en 2001, celui de Sheep et du coq polychrome, retour à la simplicité et au dépouillement des accompagnements, des mélodies et des préoccupations du chanteur qui cherche à revenir à cet étrange folk baroque, mâtiné d’américana, à l’instar de certains morceaux de DONOVAN, mais avec plus de mélancolie, un peu de noirceur et davantage de lassitude, marques de fabrique de cet éternel insatisfait qui le montre de façon doucereuse et un peu naïve en écrivant des chansons aux paroles crues et aux guitares discrètes et enveloppantes.

L’album s’ouvre et se ferme sur deux variations du presque même morceau (Why is the Lion et Bride of the Lion), paroles presque similaires, structure plus acoustique pour le morceau de fin, avec une série de questions sur la peur, la lenteur, comme s’il y avait à la fois de l’ombre et de la lumière en un secret mélange des deux côtés de ce Ying et ce Yang qui sont une des entrées de l’univers de Bonnie Prince BILLY, chanteur luxuriant et modeste à la fois, généreux et intime, puissamment habité et ne cachant pas ses inquiétudes sur le monde et sur sa place à lui au milieu de tout ça.

En effet, le chanteur, qui garde toujours un peu de fragilité dans la voix hésitante et au bout des lèvres, est de plus en plus émerveillé par les mystères du monde, par la joie que lui procurent ses enfants et par une forme d’espoir qui transpire dans les chansons de cet album qui semblerait mineur à la première écoute. Il n’abandonne rien de ses anciennes peurs et de ses anciens tourments et semble toujours rester en équilibre sans tomber ou sombrer dans le pathos (Strange Trouble) et ses mots qui tournent autour d’une profonde angoisse existentielle.

Sa sagesse est simple et authentique mais en mode décalé ce qui donne à ses morceaux (de bravoure) des dimensions politiques (They Keep Trying to Find You) et des reprises spirituelles (comme la version nouvelle de Horses de Sally TIMMS, ses envolées de cordes et ses violons magnifiques, qui fait défiler plusieurs saisons en moins de cinq minutes et ouvre le cœur du disque, constitué d’humbles morceaux de bravoure (Everybody’s Got a Friend Named Joe, Vietnam Sunshine et Hey Little), agrémentés de chœurs dignes de ceux de Leonard COHEN et des instrumentations qu’on pourrait aisément coller à des bandes originales de films « on the road ».

Cet album peut aussi se voir comme un complément ou un prolongement de ses deux précédents albums studio, ou une façon de nous dire que quelles que soient les familles musicales (country et autres) qu’il explore, le chanteur a une vision si complexe et idéalisée qu’il peut dépasser tous les genres. Il a d’ailleurs joué et invité tant d’autres musiciens autour de lui, qu’il est comme le noyau central (from Kentucky) de toute la musique indépendante all over the world.

Et puis il ne faut pas mésestimer ces dix morceaux pas si légers et pas du tout anodins parce qu’ils sont tous animés par une même passion pour la vie. OLDHAM exhorte son auditeur à vivre ardemment, à voir la lumière plutôt que l’obscurité. « Come on in, the water’s fine », déclare-t-il, mais peut-être avec moins de poids qu’il ne l’aurait chanté il y a 15 ou 20 ans. Il y a une qualité sans réserve dans ses performances, même lorsqu’il réfléchit à des questions impossibles comme son attitude face aux difficultés ou à la souffrance de vivre. Ses chansons laissent parfois des questions sans réponses, mais OLDHAM poursuit sa route vers une sorte d’épiphanie qui semble avoir mis des années à se révéler et à se perfectionner au fil des collaborations et de ses albums solo.

Alors pourquoi encenser We are Together Again plutôt que n’importe quel autre disque de Bonnie “Prince” BILLY (tous également différents de ceux de Will OLDHAM bien entendu) depuis une bonne quinzaine d’années ? Qu’est-ce qui différencie ce nouvel album de l’ex-PALACE BROTHERS au point d’en faire son œuvre la plus enthousiasmante depuis au moins Letting Go (2006) ou Lie Down in the Light (2008), synthèses de ses multiples facettes ?.

Cet album n’est pas non plus le chef-d’œuvre attendu et ne clôture pas vraiment l’étape de la voie sans issue de The Purple Bird ; il est comme un message envoyé par un chanteur insatiable, toujours insatisfait, mais qui a envie de nous séduire encore, de nous rappeler aux choses essentielles de (sa) la vie (le cœur mal dessiné des lyrics intérieurs), avec sa pochette luxuriante, et au beau milieu la touche orange-rousse du petit singe arboricole et grégaire d’Amérique du Sud qu’on appelle le tamarin-lion ou le lion doré (Why is the lion ?) et qui cache un vrai lion à l’intérieur de l’album et donc un clone de Bonnie Prince BILLY, faux lion doux comme un agneau (sheep), rugissant à sa manière de vénérable sage aux yeux mi-clos (ou cachés derrière ses lunettes de soleil), et son profil écorniflé par les cicatrices de sa vie de vieux bandit.

Xavier Béal

Site : https://bonnieprincebilly.com/

Page : https://bonnieprincebilly.bandcamp.com/album/we-are-together-again

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