Peter HAMMILL – A Headlong Stretch (The Fie! Albums 1992-1996)

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Peter HAMMILL – A Headlong Stretch (The Fie! Albums 1992-1996)
(Esoteric Records)

Comme tous les gens de son âge (il est né en 1948), Peter HAMMILL s’adonne depuis quelques années au genre de sport cérébral appelé Puzzle (Jigsaw) avec une soudaine passion. En effet, depuis In Translation le dernier album du chanteur chez Fie! (Fie! 9141) en 2021, sillonné de reprises improbables de Gustav MALHER ou d’Astor PIAZZOLA qu’on pourrait qualifier de derniers et ultimes morceaux inédits ou de reprises non écrites par l’auteur, se sont accumulées pas mal de rééditions depuis que Peter HAMMILL a confié, semble t-il, définitivement l’entièreté de son catalogue chez Esoteric Records (filiale de Cherry Red qui réédite à tout va tout et parfois n’importe quoi).

En 2023, sont donc parus (réédités) chez Esoteric Antenna In a Foreign Town/Out of Water, tous deux auparavant parus en 1995 sur le catalogue Fie!, un peu remasterisés et sans inédits, suivis en 2024 d’Incoherence (paru en 2004) en version longue (Continuous Mix et the Songs) en double album également, tous trois faisant partie de ce puzzle de près de 40 pièces.

La production de Peter HAMMILL depuis 1992 s’est étendue exclusivement sur Fie! depuis le numéro 9101 jusqu’au 9141 avec quelques live très fournis (Union Chapel en 1997 et surtout Typical paru en 1999, chronique des concerts européens entre mars/avril et décembre 1992 sans aucune date française) ainsi qu’une sorte de best-of revisité intitulé The Thin Man Sings Ballads (en 2001) et donc pour plus de trente ans en exclusivité quasi exclusive, protéiforme et unique et définitive sur ce label.

Rappelons que Peter HAMMILL a en parallèle de sa carrière au sein de VAN DER GRAAF GENERATOR (VDGG) publié 9 albums solos chez Charisma dont le premier Fool’s Mate dès juillet 1971, sorte d’album en fausse formation VDGG (Pawn Hearts, le quatrième album date de la même époque) ou en sorte de best of/clin d’œil du groupe, car tous les musiciens sont là, bien avant la première séparation de 1972, afin, dit le chanteur, de faire passer des chansons plus courtes qui n’auraient pas convenu au répertoire du groupe.

S’en sont suivis la splendide et inégalable/inégalée trilogie en solo entre 1973 (Chameleon in the Shadow of the Night) et 1974 (The Silent Corner and the Empty Stage et In Camera) toujours chez Charisma et avec tous les musiciens de VDGG pour les deux premiers et quelques invités parsemés jusqu’à In Camera (Nic POTTER, Randy CALIFORNIA) lors du premier sommeil du groupe et avant leur renaissance avec Godbluff en 1975 et Still Life en 1976 (Charisma toujours).

Notre chanteur, n’en restant pas là et voulant poursuivre ses expériences (frasques) solitaires publie une œuvre parallèle en solo avec l’étonnant et extravagant album composite Nadir Big’s Chance en février 1975, suivi en avril 1977 de l’album Over qui marque en sous -texte un abandon de la fulgurance des albums précédents (la sauvegarde de sa santé mentale et la lugubre époque de la fin des seventies n’étaient plus au programme des poèmes hallucinés d’un ange aux yeux hagards, aux ailes et à la voix brûlées, retombé pour de bon sur terre (comme l’albatros) et en proie à la douleur de la séparation d’avec l’être aimé.

Un rythme de croisière s’installe en effet peu à peu et Peter HAMMILL, fidèle (certainement malgré lui) à Charisma se perd parfois, se retrouve, se promène en Europe lors de tournées solitaires et documentées après coup (Been Alone so Long – The Naked Songs Tour, enregistré à Bremen en 1985 sorti en 2024), se plonge dans un groupe de vieux amis intitulé The K GROUP (KAFKA ou Dino BUZZATI ne sont pas loin) avec Nic (Mozart) POTTER à la basse, John (Fury) ELLIS à la guitare, Guy (Brain) EVANS à la batterie et bien entendu Peter (K) HAMMILL piano/guitare/voix et sans le pourtant très très fidèle David JACKSON qu’on retrouvera (heureusement) plus tard et pour longtemps encore.

C’est l’époque d’un détour solo pour deux albums chez Naïve records (label de son producteur/ami Gordon Troeller) Patience et Enter K sortis en 1982 et 1983 alors que Peter HAMMILL semble (enfin) se lasser de Charisma et fait des tentatives d’approches chez Virgin (nul n’est parfait il est vrai et pour lui l’époque n’est plus aussi faste ni furieuse).

Suivent donc, après une sorte de « Best-of », The Love Songs, en 1986 chez Charisma (en guise de solde de tous comptes et d’au revoir/adieu forever), une période lors de laquelle Peter HAMMILL se remet à l’ouvrage et publie régulièrement une série d’albums parfois prévisibles, parfois redondants, souvent interchangeables, toujours plus ou moins attendus et peu intimes, alors que nous avions laissé notre homme exsangue et nous avec dans sa chambre (In Camera) inatteignable et impénétrable.

Quatre albums qu’on aura décidément de la peine à réécouter et qui, dans l’immense coffret de 2025, montrent à quel point il y a eu des flamboyances, de la fulgurance et aussi une certaine déchéance de l’artiste chez Charisma alors que, chez Virgin, ne reste pas grand-chose hormis quelques morceaux perdus. Ces albums ont été d’ailleurs consciencieusement documentés par Pierre-Henri (PH) ALLAIN dans son livre Le Rock Indocile seul effort français à ce jour sur Peter HAMMILL et donc plaisant et utile à relire (pages 57 et suivantes).

Le label Virgin, pourtant, (peut-être pour se rattraper tout en restant beau joueur) sortira dans sa collection VU (Virgin Universal) en 1993 une compilation de deux CDs distincts (un « Calm » et un « Stormy ») de 35 morceaux (dont deux inédits) des albums solo de Peter HAMMILL de la période 71/86 : The Calm (Before the Storm) et The Storm (Before the Calm) dans laquelle la sélection des morceaux de l’époque Charisma l’emporte haut la main sur leurs petits amis pourtant plus nombreux de Virgin.

Après cette interlude, Peter HAMMILL (qui s’était évadé pour A Black Box chez S Type Records en 1980) ainsi que chez Foundry Records (qui accueillera également le K GROUP et un live intitulé The Margin, va se rapprocher de Enigma Records pour reprendre la main avec deux albums (cités plus haut) In a Foreign Town en 1988 et Out of Water en 1990, ainsi qu’un beau double album live paru en 1990, Room Temperature Live, enregistré lors de différents concerts en trio (PH, Stuart GORDON et Nic POTTER) aux États-Unis, Canada et Grande Bretagne avec Modern, de The Silent Corner & the Empty Stage) en finale très décoiffant.

C’est ainsi que nous abordons la période documentée par ce coffret des quatre albums chez Fie! Records en 1992. Tout d’abord, Peter HAMMILL explique que lorsqu’il a commencé à travailler sur l’album Fireships il sentait que sa relation avec le label Enigma touchait à sa fin et qu’il était temps qu’il réalise son vieux rêve, c’est-à-dire créer son propre label déclarant que : « c’était davantage pour des questions de fonctionnement et d’organisation, plutôt qu’une entreprise strictement « big time business » ajoutant malicieusement : « je me sentais plus capable de me sous promouvoir (under promoting myself) que n’importe qui sur cette planète. Fie! signifiant : « bah, enough of all that nonsense » et Fie! on You = Honte à toi; de plus le logo est une variation de la lettre grecque Phi/Fi stylisée, tout comme le logo de S-Type était un S plutôt gothique.

La création du label ainsi que les deux rééditions de Enter K et de Patience ont été l’occasion pour HAMMILL d’intégrer définitivement les studios Crescent à Bath (Terra Incognita) et la rencontre tout autant définitive avec David LORD, qui deviendra le producteur /partenaire /arrangeur /conseiller /complice (et un peu musicien sur scène) du chanteur, même si les deux ont longtemps continué à travailler et préparer les morceaux des albums de Peter HAMMILL séparément (chacun à un étage du studio).

Peter HAMMILL décide également que Fireships (mars 1992) sera le premier album d’une série « BeCalm » et sera accompagné de cinq musiciens (retour de David JACKSON aux saxes sur les quatre albums ainsi que Stuart GORDON au violon).

L’album suivant, The Noise (mars 1993), sera lui le premier de la série « A Loud » avec un batteur (Manny ELIAS) qu’on retrouvera sur les deux albums suivants. The Noise se voudra peut-être rappeler un Rikki Nadir avec moins de bandes analogiques et plus de « sampling » et de « sequencing », et se verra porté davantage à une version live concrétisée par une longue tournée à travers l’Europe jusqu’en Argentine avec les musiciens disponibles. L’album There Goes the Daylight, enregistré à Londres le 29 avril 1993, témoignera en live de cette force du quatuor sans claviers et sans sax très électrique.

Le troisième album du coffre, Roaring Forties (septembre 1994), scelle l’abandon des séries (BeCalm/A Loud) même si les premiers morceaux auraient pu se ranger dans la série des A Loud, et se lance dans une longue pièce : A Headlong Stretch, de plus de 19 minutes (la longue suite précédente avait été Flight en 1980 sur A Black Box). Renouant des morceaux avec introduction et découpages agrémentés de styles musicaux différents (hétéroclites), HAMMILL décrit l’ensemble comme une sorte d’odyssée ou un voyage allant du dehors vers le dedans (de l’âme de PH), Your Tall Ship Home clôturant après coup les huit parties.

L’album sera l’occasion d’une longue tournée avec le retour de David JACKSON en remplacement de Nic POTTER et donc sans bassiste, mais avec Stuart GORDON au violon, le PH QUARTET (Manny ELIAS aux drums) sillonnera l’Europe, allant jusqu’en Sibérie (et à Budapest avec Iggy POP sur la même affiche), HAMMILL déclarant que le morceau central des concerts était bien A Headlong Stretch, mais en version plus musclée que la version studio. Cette tournée sera suivie d’une autre en 1996, qui se révélera également être la dernière en version groupe pour Peter HAMMILL, en tous cas jusqu’à la reformation de VDGG en 2005.

On arrive donc à X My Heart (mars 1996), dernier album du coffret immaculé (pochette à oublier) et Peter HAMMILL semble avoir gardé la présence efficace de son Quartet et le retour à l’ouvrage pour de bon de David JACKSON aux cuivres.

X My Heart (voulant dire « Cross my Heart plutôt que « X Marks the Spot »), décline les chansons « zen hymns like » du chanteur, avec A Better Time chanté en ouverture a cappella et relégué en toute fin de l’album en version multi-tracks avec arrangements orchestraux de Stuart GORDON.

Les chansons suivantes laissent parfois la place au quartet (Amnesiac), mais on sent que Peter HAMMILL est en train de passer (de dépasser) un cap qu’il gardera longtemps pour les albums suivants : Everyone You Hold (1997), This (1998) et None of the Above (2000), soit une mainmise de plus en plus solitaire et solennelle tournant malheureusement souvent sur elle-même avec une ribambelle de morceaux qui ne réitéreront jamais les apaisements des chansons de Fireships, sa mélancolie et sa pochette d’eau et de feu, digne des jardins abandonnés et des fleurs trop sèches (« through the grief, through the pain, our flowers need each other’s rain » dans Forsaken Gardens, sur l’album The Silent Corner & The Empty Stage en 1974) de ce docteur Doom perdu et à moitié englouti dans son Atlantide (Terra Incognita) en fabricant inlassable de son gigantesque puzzle pour encore des années au bord de tous ses précipices.

Ce coffret est la suite de plusieurs autres en noir et blanc (PNO, GTR, VOX BOX, 2012 Fie! 9135 (7 CDs, 80 morceaux dont 46 différents live en versions « What if… »), puis Not Yet, Not Now, 2019, Fie! 9140  (8 CDs, 100 morceaux + titres cachés, à noter pas un seul concert en France), ainsi que le gigantesque coffret des années Charisma/Virgin de 2025, sans oublier l’autre gros coffret VDGG The Charisma Years (17 CDs de 2021, en tout blanc également).

Peter HAMMILL l’insatiable, l’insatisfait, l’infatigable, l’indocile, l’inclassable, l’incorrigible, l’indéfendable, l’intransigeant, l’insupportable ? ou peut-être ce sont nous, les fans (parfois infantiles), qui ne sont/seront jamais rassasiés.

À suivre donc ? Et comme disait Gérard MANSET, autre grand efflanqué : « il voyage en solitaire et nul ne l’oblige à se taire ».

Xavier Béal
(spécial dédicaces à Antoine L et Frédéric S)

Page label : https://www.cherryred.co.uk/peter-hammill-a-headlong-stretch-the-fie-albums-1992-1996-4cd-box-set

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