[En hommage au compositeur et chanteur breton Manu LANN HUEL, disparu le 10 juin 2026 – voir notre article – nous remettons à disposition deux anciennes chroniques de disques publiées dans la revue ETHNOTEMPOS.]
Manu LANN HUEL – Île-Elle
(L’OZ Production)
Un nouvel album de Manu LANN HUEL est toujours une bonne nouvelle. Car s’il a participé à de nombreux spectacles, comme Concerto pour deux zarbs et deux voix bretonnes au festival les Tombées de la nuit en 1994, l’Ancien Bout du monde en hommage de Pierre-Jakez HELIAS, toujours au festival les Tombées de la nuit en 1996, et à des hommages à Léo FERRÉ, le barde Manu LANN HUEL s’est peu fait entendre sur disque. Cela dit, il semble avoir été plus prolifique dans les années 1990, puisque c’est là son troisième disque de la décennie, un record !
Sur le précédent, paru en 1993 chez Keltia Musique, il avait mis en musique et chanté des textes du poète René-Guy CADOU. Il a de plus participé avec d’autres artistes bretons à la peu glorieuse entreprise de « remixes-techno » de DAO DEZI, puis collaboré au spectacle Penn Ar Bed Brest 96 avec le pianiste Didier SQUIBAN, ainsi qu’au second volume de l’HÉRITAGE DES CELTES, pour lequel il a interprété Broella.
Île-Elle est un long poème peuplé de notes et de mots dédiés à la Bretagne, et plus particulièrement à ses îles et à la mer. On y retrouve quelques-uns des meilleurs musiciens bretons actuels, qui étaient déjà présents dans Brest 96 : Didier SQUIBAN au piano et à la direction artistique, Bernard LE DRÉAU au saxophone, Ronan LE BARS à l’uillean pipe, Alain TRÉVARIN à l’accordéon, Ludovic MESNIL et Gilles LE BIGOT aux guitares et Dominique MOLARD aux percussions.
Manu LANN HUEL chante, en breton et en français, la mer, les îles de Bretagne, mais aussi les femmes, la solitude, la folie. Les variations d’instruments et d’ambiances créées par la baguette magique de Didier SQUIBAN, qui comportent quelques touches jazzy apportées par le saxophone et le piano, ou qui sont influencées par des contrées plus lointaines grâce aux percussions (Sein, Le Grand Torrent), contribuent à mettre la voix rauque et chaleureuse de Manu LANN HUEL en valeur.
On retrouve avec plaisir deux très beaux titres déjà enregistrés en concert avec AN TOUR TAN, Enez Molenez et Les Amants de pierre (qui conte l’histoire de deux amants surpris par un druide et transformés en menhir), ainsi que de nouvelles compositions, dont plusieurs dédiées aux îles : Sein, Groix de Bois ! Groix de fer !, Île-Elle (île de Batz), qui sont aussi le prétexte pour publier les superbes photographies de Michel THERSIQUEL qui ornent le livret.
Deux reprises viennent compléter ce tableau : An Traezh (La Plage) de Graeme ALLWRIGHT, accompagné par le uillean pipe, et la Mémoire et la Mer du grand poète Léo FERRÉ, à qui Manu LANN HUEL voue une admiration sans borne, et qu’il interprète avec une rare émotion.
Nul doute que notre barde est en train, avec cet album remarquablement produit, de suivre les traces de son poète favori et maître.
Sylvie Hamon
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°4 – avril 1999, et légèrement remaniée en 2026)
Manu LANN HUEL chante Léo FERRÉ
(L’OZ Production)
Le 14 juillet 1993 disparaissait Léo FERRÉ, l’occasion pour plusieurs artistes et festivals de rendre hommage à ce grand poète qui nous manque. Il était légitime que Manu LANN HUEL réalise lui aussi un album à la mémoire de l’un de ses « maîtres ». En effet, il avait déjà mis en musique les textes de René-Guy CADOU, autre poète engagé, et chanté une émouvante reprise de La Mémoire et la Mer de FERRÉ sur son album Île-Elle.
Manu LANN HUEL a choisi pour cet album une ambiance plus sobre et intimiste, avec moins d’invités que sur le précédent. Il n’est accompagné ici que par Alain TRÉVARIN à l’accordéon et Didier SQUIBAN au piano et aux arrangements.
Parmi les morceaux choisis, on retrouve seulement quelques-uns des plus connus, C’est extra (joué à l’éccordéon par Alain TRÉVARIN), Avec le Temps, Est-ce ainsi que les hommes vivent.
Pour le reste, ce sont des poèmes plus rarement entendus sur les ondes. Ce choix est fort judicieux, car il présente une sélection de textes de Léo FERRÉ et des poètes qu’il a le plus interprétés : Louis ARAGON, Arthur RIMBAUD, Paul VERLAINE, Charles BAUDELAIRE, ainsi qu’un morceau d’un auteur trop méconnu, Jean-Roger CAUSSIMON, sur des musiques de Léo FERRÉ (excepté pour le final, une improvisation au piano de Didier SQUIBAN tout à fait dans le ton pour illustrer un « medley »).
La voix rauque, pleine de chaleur et de sentiments, de Manu LANN HUEL est peut-être celle qui convient le mieux pour chanter Léo FERRÉ désormais. Elle restitue à la perfection l’émotion de ses textes.
Sylvie Hamon
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°13 – septembre 2003)
