Joji HIROTA & Pete LOCKETT – Taiko to Tabla

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Joji HIROTA & Pete LOCKETT – Taiko to Tabla
(ARC / DOM)

« Du taiko au tabla » : ça pourrait être le titre d’une thèse scientifico-universitaire destinée à nous faire croire qu’il y a un lien de cause à effet généalogique entre les deux percussions, l’une étant l’excroissance de l’autre ou l’autre la déliquescence de l’un, au choix. Pas vraiment, en fait. Mis à part qu’elles sont toutes deux d’origine asiatique, on ne peut décemment relever une parenté entre le tambour de temple nippon et l’instrument classique de la musique hindoustani (Nord de l’Inde). Cela ne doit pas les empêcher de se rencontrer à la faveur d’une expérience transculturelle telle que Taiko to Tabla.

Le joueur de taiko, c’est en l’occurrence Joji HIROTA, percussionniste japonais renommé que nous avons déjà évoqué dans nos pages à l’occasion de son album solo paru en 1999 sur Real World, The Gate, et qui est principalement connu en France à travers le groupe TRISAN (auteur d’un disque sur Real World en 1993), qui incluait le claviériste irlandais Pól BRENNAN et le flûtiste chinois Guo YUE, avec qui HIROTA a également enregistré Red Ribbon (Riverboat, 1994).

Le joueur de tabla n’est autre que Pete LOCKETT, qui joue d’un peu de toutes les percussions, qu’elles viennent du Nord comme du Sud de l’Inde, du Moyen-Orient, du Brésil, de Cuba, d’Irlande, d’Afrique de l’Ouest, et tant d’autres encore. La liste des personnalités artistiques avec lesquelles il a tourné ou enregistré est consignée dans le livret du CD (et sur le site Web du bonhomme), et c’est peu dire que ce type-là est sollicité à l’extrême, sans parler de son projet parallèle à Taiko to Tabla, Network of Sparks (avec rien moins que l’immense batteur Bill BRUFORD sur le premier album) !

Cette rencontre entre ces deux sommités de la percussion n’en est pas à son premier coup d’essai. Un disque live enregistré au festival de Bruges est paru en 1998 sur Zoku-EMI. Celui qui nous occupe a été enregistré en studio et présente de nouvelles compositions. Qu’on se rassure, Taiko to Tabla n’a rien d’une compétition rythmique entre deux « bêtes » qui « se donnent à fond » chronomètre en main. La course aux décibels n’est pas non plus au programme, car ce qui importe à Joji HIROTA et à Pete LOCKETT est surtout de confectionner des paysages rythmiques mettant en valeur les timbres et la mélodicité des instruments.

Certaines compositions s’appuient sur des thèmes traditionnels (japonais, indiens…), et l’intérêt de Taiko to Tabla est la façon dont il redéfinit la dynamique intrinsèque de ces thèmes et leur procure de nouveaux horizons par une interaction percussive faisant intervenir des instruments étrangers à leur tradition. Du reste, non contents de déballer une myriade de percussions (tambour sur cadre, djembé, bongo, dumbek, crécelle, bol, en plus du taiko et du tabla), les deux musiciens intègrent également la flûte de bambou japonaise – c’était un peu prévisible quand même, Joji étant aussi un excellent joueur de shakuhachi…) – le piano à pouce, le synthétiseur, et même le réveille-matin de Pete LOCKETT ! La voix n’est pas non plus absente, soit sous forme de chant dévotionnel japonais, soit sous forme d’onomatopées rythmiques indiennes.

L’exploration sonore de HIROTA et de LOCKETT en passe donc par toutes les tonalités possibles et imaginables, qu’elles soient sonnantes, claquantes, trébuchantes, ou caressantes, allant parfois jusqu’aux lisières du silence. La fascination est constante, et on aura compris qu’il ne reste plus aux programmateurs qu’à se bouger sérieusement pour qu’on puisse un jour voir ça sur scène en France, nom de nom !

Sites :
www.jojihirota.com
www.petelockett.com

Stéphane Fougère
(chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°15 – septembre 2004)

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